"Le numérique est le poumon de l’entreprise"

Par 10 mai 2013 2 commentaires
Jeanne Bordeau

Avec l’arrivée du digital, le langage s’est complètement métamorphosé. Jeanne Bordeau, styliste en langage, recommande aux dirigeants d’entreprises de prendre conscience de cette révolution linguistique au plus vite.

Interview de Jeanne Bordeau, rencontrée à l’occasion de la sortie de son Manifeste intitulé « Le langage des dirigeants : une métamorphose ». Jeanne Bordeau est fondatrice et Directrice du bureau de style en langage, l’Institut de la qualité de l’expression, qui réalise des missions d’audit et de créations en langage pour de grandes entreprises mais aussi des PME.

L’Atelier : En quoi le digital a-t-il impacté la communication des entreprises ?

Jeanne Bordeau : Le numérique a libéré la parole. Car jusqu’en 1995-2000, la parole était plaquée. Le langage du digital est une composition qui possède des tempos différents. Auparavant, les dirigeants avaient une parole d’autorité. Mais on est passé d’un langage d’autorité à un langage d’échange. Et c’est ce partage de l’information qui a tué l’image de « petit chef » que l’on connaissait jusqu’alors.

On observe maintenant un encombrement : tout le monde veut parler dans l’entreprise, que ce soit son dirigeant, son directeur du développement durable ou encore son directeur de la communication. Pourtant, la solution réside dans le fait de communiquer moins, mais surtout, de communiquer mieux et juste. Le numérique est désormais le poumon de l’entreprise. En effet, la communication n’appartient plus à un seul homme mais à l’entité de l’entreprise.

Le langage interne est lui aussi libre : le collaborateur peut à présent dire ce qu’il ressent, les témoignages sont de plus en plus naturels. Le numérique a créé une fluidité. Avant tout était décomposé tandis que maintenant chaque collaborateur devient story-teller.

Les entreprises sont-elles en train de réagir à ces changements ?

J’avais déjà remarqué, il y a une dizaine d’années, que le digital changerait tout. Et cela ne fait que débuter. Ce qui s’est passé est l’inverse de ce que tout le monde pensait : aujourd’hui on n’écrit pas moins, au contraire, on écrit plus et on montre plus. Nous n’avons pas encore trouvé l’écriture multimédia : à ce jour, la langue web est encore caricaturale et monotone. Mais les entreprises bougent en ce sens. Les dirigeants d’entreprises doivent en fait endosser le rôle de rédacteur en chef et fixer la ligne éditoriale de leur groupe. Il faut parler moins et parler mieux. Utiliser une langue moins monocorde, sincère et claire. Les entreprises doivent signer leur manière de parler et écrire et raconter une histoire sans se raconter d’histoire. Les consommateurs iront vers ces marques responsables.

Le story-telling représente-t-il la nouvelle stratégie de communication ?

On assiste à un développement de contenu de marque. Le digital a créé des temps de conversation : les marques vont maintenant se raconter et raconter leur histoire. Prenons l’exemple de Bobbi Brown, créatrice de la marque américaine éponyme de maquillage. Dans l’objectif de transmettre, la marque a créé des tutoriels vidéos, disponibles sur son site Internet, mais pas seulement. Elle raconte son histoire. Car le client doit être placé dans une histoire. La multitude de technologie dont les entreprises disposent permet cela. C’est fabuleux ce qui arrive, les entreprises peuvent être porteuses de rêve. A l’instar d’une chartre graphique, les entreprises doivent se créer une chartre sémantique, respectée en externe et en interne. Il ne faut pas vouloir tout rendre trop sophistiqué mais vouloir transmettre. Le planner stratégique en langage est un compositeur, qui a une signature sémantique.

Comment se créé cette signature sémantique ?

Tout d’abord, la réalisation d’un diagnostique linguistique de l’entreprise, selon ce que nous voyons et entendons à son sujet est nécessaire. Puis nous reportons notre expertise auprès de l’entreprise, en mettant en lumière les atouts et les problèmes de la langue qu’elle utilise. L’objectif est de repérer les perles et les pépites qui peuvent être présentes et les mettre en avant. Nous établissons une grille de langage afin que les entreprises comprennent leur grammaire linguistique, qui est différente dans toutes les entreprises. En effet, le discours mené par l’Oréal n’est pas le même que celui que suit une PME, par exemple. Nous procédons également à l’analyse des écrits de la relation client et des collaborateurs. Le résultat de ces analyses amène à une chartre sémantique unique, propre à l’entreprise, sur laquelle elle peut se reposer pour communiquer, en interne et en externe.

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2 Commentaires

Bonjour,
L'article est intéressant. Un seul regret cependant : quelques fautes d'orthographe comme "diagnostique"(vs diagnostic), "chartre sémantique" ( vs charte sémantique)...

Cordialement,

Soumis par Sarah Gaillard (non vérifié) - le 13 mai 2013 à 09h52

Bonjour Dominique
Je lis cet article dans lequel je retrouve la sève de mes préconisations et conseils que j'applique lorsque je vends et pratique le rédactionnel repensé
"up to date"
Au plaisir de vous revoir
Christian Husson - ADEQUATE au diapason des Richesses Humaines

Soumis par dfuss - le 13 mai 2013 à 10h03

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