"Le numérique progresse rapidement, même s'il reste encore à faire"

Par 24 mai 2013
Gilles Babinet

Une bonne culture scientifique, des infrastructures de qualité. Mais une prise en compte pas toujours à la hauteur. La transition numérique est à poursuivre et parfaire, rappelle le "Digital Champion" Gilles Babinet.

L'Atelier a rencontré Gilles Babinet, serial entrepreneur et premier président du Conseil National numérique, à l'occasion du Printemps Numérique de Compiègne suite à la conférence Transition numérique, pour une économie 2.0.

L’Atelier : Où en est selon vous la France dans sa transition vers le numérique ?

Gilles Babinet : La problématique de la numérisation est une question à laquelle il est extrêmement difficile de répondre. La France est un pays qui possède une bonne culture scientifique, et ce socle de compétences se traduit par un certain nombre de facteurs étonnants. Cela peut expliquer le nombre de startups élevé ou encore le fort taux d’applications mobiles développées sur le territoire français : le pays se situe comme deuxième fabricant d’applications après les Etats-Unis d’Amérique. Le numérique lui-même est soutenu par une infrastructure de qualité grâce à un fournisseur tel que Free, l’un des moins chers d’Europe si ce n’est du monde entier.

A l’inverse, plusieurs indicateurs montrent un certain retard de la France. La perception du numérique sur le territoire français s’est beaucoup transformée au cours de ces dernières années. On ne le considérait que par le scope d’Hadopi il y a quelques années, et aujourd’hui, le numérique est devenu un outil de compétitivité. Des exemples plus factuels pourraient illustrer mon propos : on peut songer au fait que l’Etat dépense moins que la moyenne statistique de l’OCDE, l’Organisation de Coopération et de Développement Economique, dans l’informatique. Des secteurs comme ceux de la santé ou de l’éducation pourraient, eux, connaître de plus larges développements et, de manière générale, la stratification de la décision politique rend toute mesure difficile à mettre en œuvre. Le numérique progresse rapidement, mais il reste encore à faire avant que la France n’ait complètement achevé sa transition numérique.

Vous citez les secteurs de la santé et de l’éducation comme des domaines où le numérique pourrait jouer un rôle majeur. Quelles mesures seraient à y apporter ?

Je suis un fervent défenseur d’un remodelage des protocoles éducatifs en France. Je pense que, de ce point de vue, les pays émergents auraient beaucoup d’enseignements à apporter à un pays comme la France. Ces territoires possèdent peu de moyens numériques, une infrastructure considérablement atténuée par rapport à celle que nous possédons mais leurs résultats sont tout aussi efficaces que les moyens traditionnels que nous utilisons en Europe, sinon plus. Dans le secteur de l’éducation en France, il faut donc entièrement changer le protocole éducatif en France et prendre en compte la dimension interactive et numérique. La mise en place de processus individuels, via le numérique, via une tablette, va bénéficier aux enfants. Ces dispositifs vont passer plus de temps avec les élèves que ne peut humainement le faire un professeur.

Vous notiez par ailleurs au cours de la conférence "Transition Numérique, pour une économie 2.0", que le numérique possède une très forte capacité à créer des emplois…

En effet. La création d’emplois est extrêmement bien répartie en France dans ce secteur, partagée tant entre les grands groupes économiques que les petites entreprises et les startups. Il existe un anglicisme pour traduire cette réalité : pervasif. Il s’agit d’une création d’emplois qui se diffuse et se ramifie à tous les niveaux du secteur. C’est pour cela qu’il est compliqué de mesurer l’impact du numérique. Là encore, les groupes doivent eux aussi prendre des mesures, et j’insère dans l’Etat comme l’un de ces groupes. L’ensemble des institutions régaliennes, la Justice, l’Education, la Défense doivent bénéficier du numérique. La guerre électronique ou la numérisation des archives de la Justice sont des jalons importants. Le potentiel de création d’emplois est donc très important au court et moyen terme mais, pour ce qui est du long terme, nul n’est capable d’affirmer de quoi sera-t-il composé.

 

Mentions légales © L’Atelier BNP Paribas