L’optimisation du partage de vélos, nécessaire à une smart city plus écologique ?

Par 14 avril 2015 4 commentaires
Le système de vélos partagés

A Paris, le nombre d'utilisateurs de Vélib' pourrait augmenter si des ajustements en matière d'agencement du réseau étaient entrepris. Un véritable challenge quand on sait l’impact écologique que cela pourrait avoir.

Depuis deux semaines, Paris essuie une vague de pics de pollution. Circulation alternée ou encore limitation de vitesse, les autorités avancent des mesures d'urgence. Mais ce contexte de crise ne replacerait-il pas sous les projecteurs une problématique de fond, le développement des alternatives au transport automobile de la capitale ? Anne Hidalgo soumettait au Conseil du 9 février dernier, son  plan antipollution d'ici 2020. On y évoque notamment les possibles remboursements d'un abonnement découverte Autolib', du Pass Navigo et même de l'abonnement Vélib' pour les personnes ayant cédé leur véhicule polluant.

Et si les élus ainsi que la direction générale de JCDecaux, partenaire de ce dernier ne tarissent pas d'éloges pour en souligner le succès -- les Vélib’ seraient utilisés par « plus de 10 % de la population parisienne », selon les propos de Jean-Charles Decaux, co-directeur général de l'entreprise -- on pourrait tout de même s'interroger sur l'optimisation des vélos en libre-service à Paris. Les utilisateurs y ont-ils recours aussi souvent qu'ils le pourraient ? Et si non, quelles en sont les raisons ? C’est le sujet de l’étude* menée par des chercheurs de l'Université de Chicago et de l'INSEAD, qui entend montrer qu'il est possible de faire augmenter le nombre d'adeptes du Vélib' sans pour autant investir dans des vélos et stations supplémentaires mais en axant sur une meilleure accessibilité et disponibilité. Après avoir fait beaucoup parlé de lui, le système des vélos partagés doit être optimisé, expliquent les auteurs de l'étude.

plan du réseau vélib paris

              Plan du réseau Vélib' centré sur le 8ème arrondissement de Paris, en violet les stations

Améliorer l'agencement du réseau de vélos partagés

Tout serait donc une question d'agencement du réseau. Les chercheurs ont observé pendant 4 mois le système de partage de vélos parisien. Pourquoi s'intéresser aux Vélib' ? Parce qu'aux côtés du Bycycklen de Copenhague et des Ecobici de Mexico, ils constituent un des systèmes les plus anciens (créé en 2007) et les plus étendus du monde (1257 stations).

Sur une période de 4 mois, les chercheurs ont passé 349 stations Velib’ au peigne fin toutes les deux minutes, soit un total de 22 millions de données traitées sur le vif.

Ce sont en particulier le degré d'accessibilité (combien temps une personne doit marcher pour trouver une station Vélib'), les effets de cette accessibilité sur l'utilisateur ainsi que la disponibilité des vélos (probabilité de trouver un vélo) qui ont constitué l'objet de leur analyse. Les co-auteurs de l'étude décrient d'ailleurs l'absence d'analyses basées sur ces critères, pourtant clés dans l'expérience utilisateur : « Il n'y a aucune analyse rigoureuse qui se penche sur les aspects opérationnels, comme la localisation de stations, et sur ce qui motive les gens à chercher ou éviter de louer un vélo lorsqu'ils se rendent sur leur lieu de travail » explique Elena Belavina, chercheuse à l'Université de Chicago. Et les résultats de leur analyse de données indiquent qu'une réduction de 10 % de la distance à parcourir pour rejoindre la station la plus proche peut augmenter le nombre de personnes utilisant le système de 6,7 % alors qu'une hausse de 10 % de la disponibilité des vélos, est à même d'entraîner un saut de 12 % dans le nombre d'utilisateurs. Et toujours selon les auteurs de l'étude, en jouant sur l'amélioration de ces deux critères, accessibilité et disponibilité, le Vélib' pourrait voir son nombre de cyclistes-adeptes augmenter de 29,4 %.

Vélos partagés

                                    Le système de vélos partagés de Barcelone

Les start-up au service de la prédiction des comportements de mobilité urbaine

Au printemps 2013, JCDecaux a rendu publiques les données (situation de bornes, disponibilités de vélos) qu'elle détenait sur le système Vélib', espérant ainsi donner envie à des entrepreneurs de rendre l'expérience utilisateur plus agréable. « la nouvelle accessibilité de ces informations […] permettra la création de nouveaux sites web ou de nouvelles applications mobiles pour une promotion renouvelée de ce mode de déplacement doux », expliquait à l'époque Albert Asséraf, directeur de la stratégie JCDecaux dans un communiqué de presse . Les start-up sont nombreuses depuis quelques années à lancer des projets qui gravitent autour du partage de vélos. Qu'il s'agisse de pouvoir connaître la distance jusqu'à la prochaine station de vélos, grâce à la réalité augmentée, sous forme de projection sur le sol en temps réel avec SmartWalk ou d'anticiper les comportements de mobilité urbaine grâce à l'analyse prédictive avec qucit, les initiatives de digital mobility, concernant le partage de vélos en particulier, sont nombreuses. Pour les auteurs de l'étude, les fournisseurs et opérateurs de vélos en libre service pour les municipalités ne se penchent pas sur la véritable problématique : « Une des raisons pour les lesquelles les gens n'utilisent pas le système de vélos partagés autant qu'ils le pourraient est que les opérateurs se concentrent sur le design des vélos et la technologie qui les compose » explique Elena Belvina. Les systèmes de partage de vélos ont le potentiel de révolutionner les transports urbains mais cela passe certainement par des ajustements en ce qui concerne l'agencement du réseau.

* Etude intitulée « Bike-Share : accessiblity-availability » menée par des chercheurs de l'Université de Chicago Booth School of Business et de l'INSEAD.

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4 Commentaires

Et surtout le principal problème est le fait qu'on n'arrive pas à rendre les vélos parce que les bornes sont pleines, y compris les autres bornes des alentours, surtout en banlieue. Du coup les trajets sont plus longs que si on les faisait à pied !!!! Ce problème s'accroit en période de beau temps . Donc maintenant, quand je dois e^tre à l"heure à un rendez vous j'ai arr
êté de prendre des velib

Soumis par Laurence Malençon (non vérifié) - le 15 avril 2015 à 10h07

Bonjour, il y a aussi le problème des stations vides. Allez donc trouver un vélo vers montrouge Sud vers 9h00 ou vers midi ou vers 19h00 ou le dimanche... Moi, j'ai essayé plusieurs fois et repris ma voiture
Ensuite dès que l'on s'éloigne de Paris et périphérie immédiate, il n'y a aucune station

Soumis par Jean Hervé Rohmer (non vérifié) - le 15 avril 2015 à 11h13

Un point très important jamais abordé : le coût.

D'après Frédéric Héran*, le vélo en libre-service (VLS) est facturé aux municipalités entre… 2.500 et 4.000€ par an par vélo. Oui, c'est très cher.

Vu le prix et les problèmes que ce système pose (dégradations, vols, difficulté pour trouver/rendre un vélo), on comprend que des villes ont renoncé à en déployer ou sont passés au vélo en location longue durée (VLD)… voire la solution la plus simple : mettre l'argent dans les **infrastructures** afin que les gens puissent utiliser leur propre vélo en sécurité (pistes cyclables permettant de rouler hors du flux motorisés et des piétons, arceaux nombreux pour attacher son vélo voire parkings sécurisés**).

Incidemment, il n'existe quasiment pas de système de VLS/VLD aux Pays-Bas et au Danemark. En revanche, ces pays, contrairement au reste de l'Europe, ont vraiment pris le vélo au sérieux.

Mais comme la France regorge de pétrole, on va continuer à considérer le vélo comme un mode de déplacement du prolot ou du bobo*** (on n'est pas à une contradiction près).

* http://clerse.univ-lille1.fr/spip.php?article161
** http://www.cyclehoop.com/products/bike-lockers-2/
*** © Olivier Razemon

Soumis par Votrenom (non vérifié) - le 15 avril 2015 à 12h28

Entièrement d'accord avec Laurence. Et je suis d'ailleurs surpris qu'aucune étude n'en parle vraiment : c'est la difficulté à rendre le vélo après utilisation qui m'empêche de le prendre systématiquement pour mes courts déplacements urbains.
Un système comme pour Autolib, où on réserve son stationnement à l'avance lors de la réservation du véhicule, serait un vrai progrès.

Soumis par eddytrottoir - le 16 avril 2015 à 13h21

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