Organiser "l'oxygénation des managers"

Par 18 février 2013 9 commentaires
Jean Courcelle-Labrousse

Aujourd'hui, l'innovation est essentielle pour une entreprise dans un objectif de croissance et de différenciation. Et pour pouvoir innover, il faudrait tout simplement commencer par être convaincu de l'innovation en elle-même et de ses bienfaits et... l'organiser.

Interview de Jean Courcelle-Labrousse, consultant chez Sterwen, cabinet français indépendant 
de conseil en management.

L'Atelier: Actuellement, quels sont les freins à l’innovation?

Jean Courcelle-Labrousse: Au niveau de l’entreprise, et particulièrement dans le secteur bancaire, l’innovation peut être freinée à cause de l’humeur du moment, à savoir la rationalisation, à la baisse des coûts et à la conformité règlementaire. L’objectif actuel est la conformation, notamment dans le secteur des banques et de la finance. Il est important de différencier innovation continue et innovation de rupture. Pour cette dernière, cela dépasse le stade de l’individu et place l’entreprise et son ADN comme acteur majeur : elle suppose un programme accompagné d’un investissement. Concernant l’innovation continue, le frein se trouve très souvent au sein même de l’équipe, les managers ne reconnaissant pas toujours la capacité d’innovation de leurs collègues.

Comment faire naître le déclic de l’innovation?

Il est vrai que certaines personnes sont plus sujettes à innover que d’autres. L’innovation fonctionne grâce un cercle vertueux. Si un employé suggère à plusieurs reprises des idées, qui ne sont ni retenues ni valorisées, il se lassera et retournera à l’application habituelle de ses tâches. Le prérequis à l’innovation est d’être convaincu de l’innovation. Les entreprises doivent pour cela organiser l’oxygénation des managers : pour innover, ils ont besoin d’aller voir ce qui se passe ailleurs, de se rendre à des cercles d’innovation, de rencontrer des personnes qui vivent l’innovation au quotidien. Changer d’horizon permet de faire naître les idées.

Quel outil peut-on mettre en place à l’intérieur de l’entreprise pour favoriser l’innovation ?

On peut mettre l’accent sur les réseaux sociaux d’entreprise, qui favorisent l’innovation grâce à la mise en relation des employés. Les employés, qui ne se connaissent pas forcément entre eux, vont communiquer et échanger sur un sujet donné pendant une période donnée. Actuellement, les jeunes restent plus ouverts à l’utilisation de cet outil. Cet outil est révolutionnaire puisqu’il n’y a pas de hiérarchie : le "pouvoir"appartient à celui qui transmet l’information. Mais attention, l’outil ne fait pas tout : il faut d’abord convaincre de la nécessité d’innover et susciter l’envie de ces usages nouveaux.

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9 Commentaires

Les managers freinent l'innovation ? L'article indique :
- l'innovation repose sur les idées des employés
- l'innovation nécessite que les managers soit oxygénés afin d'être attentif aux idées des employés

Le rôle des managers est de plus en plus obscur ! Cet article les positionnent clairement en tant que "freins à l'innovation", comme des personnes incapables d'écouter les bonnes idées de leur subordonnés. Certes beaucoup de chose peuvent être mise en oeuvre pour faciliter l'innovation au sein d'une entreprise ... mais considérer que les managers sont malades et leur proposer de prendre l'air me semble bien manquer de sérieux :(

Soumis par ocarbone - le 19 février 2013 à 09h19

Il n’y a pas de hiérarchie sur les réseaux sociaux d'entreprise : c'est FAUX !!!

L'absence de hiérarchie est un argument que l'on met en avant du grand public, argument qui séduit le coté "rebelle" de notre intellect. Mais il suffit de s'attarder sur les plaquettes de présentation des RS d'entreprises pour voir de suite qu'on les distingue des outils publics par la présence d'une fonctionnalité "Hierarchie" (permettant de désigner ses collègues et ses managers et de générer ainsi un organigramme) :)

Je suis aussi interpelé par "le pouvoir appartient à celui qui transmet l’information". J'avais déjà entendu cette maxime à propos de politique, plus précisément de la démocratie. En entreprise, il semble que le pouvoir repose surtout sur l'autorité ! Par contre un réseau social permet à tout un chacun de "pouvoir informer", et c'est peut être la seule chose qui change vraiment en terme de POUVOIR :)

Soumis par ocarbone - le 19 février 2013 à 09h21

Vous trouverez ci-dessous la réponse de Jean Courcelle-Labrousse:
"Les managers ne sont évidemment pas des freins à l’innovation ; ils doivent au contraire en être les catalyseurs. Et le fait d’aller chercher des idées à l’extérieur est une grande source d’inspiration."

Cordialement,

La Rédaction

Soumis par Pauline Trassard (non vérifié) - le 19 février 2013 à 14h42

Tout d'abord, un interview simple et court, mais surtout efficace, avec des réponses directes, bravo aux 2 parties!
Ensuite, oui la hiérarchie peut être bouleversée via les RSE, mais la façon dont ils sont utilisés en dépend grandement et j'en fais l'expérience régulièrement. En effet, si j'interpelle un top manager via notre RSE et qu'il me répond via notre RSE, je "prends clairement le pouvoir", mais s'il me répond via un mail, alors la hiérarchie reste en place, (quoique, l'absence de réponse sur le RSE du top manager peut donner une image négative aux autres employés) et c'est bien là tout le problème, les top managers disent, "yes c'est génial, nous avons nous aussi notre Facebook-like interne, il faut l'utiliser ça abolit les frontières, yeah!" (ça sent le vécu hein :-) mais ils ne l'utilisent pas eux-mêmes donc rien n'est aboli et au final, les suiveurs n'y vont pas car ils suivent les managers et il n'y reste que les company-geeks, en gros ceux qui travaillent sur le digital et aussi les fans de photos et d'Apple et d'Android, ne pas les oublier!

Soumis par Mathieu Parisot - le 19 février 2013 à 20h20

Merci pour ce retour d'expérience :)
Certes tout dépand de la manière dont on utilise ces outils ... mais pas seulement.

"interpeller un top manager c'est prendre le pouvoir" ... cela induit une certaine atmosphère bien éloignée de la collaboration sur laquelle devrai reposer un RSE.

Il est clair qu'un outil de collaboration et de communication n'a de sens que dans une entreprise où cela est permis et ne requière pas une "autorisation" ou un "pouvoir" quelconque.

Soumis par Oliver (non vérifié) - le 21 février 2013 à 12h39

je trouve cet article bien superficiel et le rôle prêté aux RSE bien trop grand. de mon expérience, le principal frein à l'innovation est l'alignement et les jeux de pouvoir; L'alignement qui fait qu'une idée non conforme à l'idéologie dominante (business, techno, marketing) de la boite n'est pas reconnue voire sanctionnée; les jeux de pouvoir qui font qu'une idée ou projet innovants portée par un groupe interne peuvent être bloqués par un autre groupe par effet de la guerre des chefs et course au pouvoir. Un exemple typique transverse aux deux points est l'effet "oiseau de mauvais augure" ; si je propose une innovation ça peut être que je pense qu'un pan de business peut être menacé et qu'il faut renouveller l'offre. Déja çapeut être pris pour du pessimisme (mal vu en entreprise) et ensuite les porteurs del'ancien business vont résister s'ils pensent ne pas pouvoir récupérer le nouveau business. C'est surtout vrai pour les grosses boites et celles qui vivent non seulement de la production des innovations mais aussi de leur exploitation sur le long terme (avec des effets de parcs).

Soumis par eddy (non vérifié) - le 28 février 2013 à 09h32

J'aime bien l'idée selon laquelle, pour induire le déclic de l'innovation, l'entreprise doit organiser l'oxygénation des managers.
Quelques remarques :
- je ne suis pas certains qu'il ne faut oxygéner que les managers; certes, c'est un très bon début, mais il me semble que c'est l'ensemble des collaborateurs qui doit être oxygéné; ceci est probablement plus facile pour ceux-ci que pour les managers...
- l'entreprise peut parfaitement décider d'oxygéner ses managers/collaborateurs mais, selon moi, il faut qu'il y ait, dans le chef de ceux-ci, une acceptation totale de cette oxygénation et ... des ses effets directs ou indirects; et c'est probablement là que se situe une difficulté : la plupart est probablement facilement disposée à sortir de sa "boîte" pour voir si l'herbe y est plus verte, pour prendre un bol d'air frais, pour faire du 'thinking out of the box', mais de là à rentrer au bercail avec des idées innovantes et, surtout, la volonté de les mettre en oeuvre, il y a une marge importante et je suis convaincu que tout le monde n'est pas prêt à la franchir; tout simplement parce qu'il y a cette mortelle résistance naturelle au changement, des risques à sortir d'une zone de confort qui finalement ne marche pas si mal que cela, etc, etc...
- enfin, que penser des réseaux sociaux en tant que véhicule d'oxygénation ? Sur base d'une expérience personnelle sur Twitter de quasi 2 années, je suis définitivement persuadé que ce réseau contribue à une saine ouverture d'esprit, celle-ci étant propice à la remise en question, à la réflexion et, by the way, à l'innovation; néanmoins, il ne faut pas, à ce stade, embellir le pouvoir oxygénant de Twitter qui reste, trop souvent, annecdotique. Sauf si l'on choisit bien ses abonnés. En conclusion, Twitter apporte sa ration d'oxygène mais, selon ma modeste expérience, elle reste insuffisante dans le contexte du très bon papier de Mr. Jean Courcelle-Labrousse.

Soumis par louisalexandre.... - le 28 février 2013 à 12h45

Alors comme ça, l'innovation de rupture doit être distinguée de l'innovation continue ? ce qui est pénible avec cette dichotomie, c'est qu'elle introduit une innovation à 2 vitesses; et c'est justement pour cela que les employés sont lassés de proposer des idées qui, dès qu'elle viennent un peu trop en frontal du core business, sont systématiquement et poliment mises de côté.
Commençons par ouvrir toutes les formes d'innovation à tous les employés sans segmentation artificielle et non, il n'y pas besoin de réseau social pour "organiser" donc contrôler.
Le rôle des managers est bien de rendre le travail de ses collaborateurs possible et dans un contexte d'innovation, de faire en sorte qu'ils puissent avoir envie et les moyens d'innover. Le manager peut stimuler l'innovation en posant des questions sans solutions évidentes, en proposant des solutions évidentes à des problèmes complexes et laisser ses pairs et collaborateurs les challenger.
Sortons des idées reçues qui sur-valorisent les innovations de type nouveaux produits ou services; une innovation peut-n'être par exemple, qu'une nouvelle façon de faire 10 fois plus vite ou 10 fois mois cher que ses concurrents.
Laurent.

Soumis par Laurent BEDE (non vérifié) - le 04 mars 2013 à 15h56

Ne pensez-vous pas que l'organisation actuelle du travail freine l'innovation ? Depuis quelques décennies, nos tâches sont segmentées, rationalisées, cadencées, minutées ... Les salariés sont moins collaborateurs qu'employés et sont conduits à se comporter comme des ordinateurs.
N'oublions-nous pas quelque part que ce qui fait la particularité de l'être humain est bien sa faculté à la création ? A quel moment une machine a-t-elle déjà été capable de faire preuve d'autant de créativité qu'un être humain ?
Par ailleurs, comment avoir des idées merveilleuses dans le stress d'un "open space" et avec des contraintes de temps ?
L'innovation ne serait-elle pas finalement corrélée à la notion de plaisir à travailler ?
... finalement, c'est peut-être ce que vous résumer en "oxygénation" : oui ! de l'air que diable !

Soumis par CFTC BP2S (non vérifié) - le 08 mars 2013 à 22h09

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