Le paiement mobile sans contact progresse avec les wearables

Par 10 avril 2017
Mots-clés : Fintech, Banque, EMEA
paiement sans contact

Les paiements NFC entrent peu à peu dans nos habitudes que déjà la nouvelle génération de paiement mobile sans contact se profile à l'horizon. Il sera très bientôt possible d'effectuer un petit achat sans carte bancaire, ni même smartphone.

Enfin ! Le paiement sans contact décolle enfin en France. Notoirement en retard sur la Grande-Bretagne et les pays scandinaves, les consommateurs et marchands français utilisent de plus en plus leur carte bancaire NFC et leurs smartphones pour régler leurs achats courants. Les chiffres 2016 sont encore modestes (605 millions de paiements sans contact, 6,2 milliards d'euros réglés via carte bancaire sans contact) mais la progression atteint maintenant 150% en 1 an. 23% des montants inférieurs à 20 euros sont maintenant réglés sans contact, avec un montant moyen de 10,32 €. L'augmentation du plafond de 20 à 30 € à partir du quatrième trimestre 2017 devrait amplifier un peu plus la tendance. Déjà les industriels envisagent la prochaine étape, c'est à dire se débarrasser de la carte bancaire, du smartphone pour les petits achats.

Faire de tous les wearables un moyen de paiement

Samsung a ainsi présenté lors du Mobile World Congress de Barcelone la technologie CCP (Contactless Companion Platform). Proposée par Samsung Electronics, celle-ci est indépendante du système de paiement Samsung Pay et pourra être potentiellement proposée par n'importe quelle banque ou opérateur de télécom. Ce fabricant de composants électroniques vient en effet de mettre au point une puce qui permet d'intégrer le paiement sans fil dans n'importe quel objet connecté, notamment les wearables. Montres connectées, bracelets d'activité, porte-clés, vêtements connectés et peut-être un jour implants, pourront intégrer sans difficulté une puce qui ne mesure que quelques millimètres de côté et ne consomme aucune énergie, étant alimentée par son antenne au moment de la transaction. "Nous souhaitions proposer un système différent qui va dans le sens de ce que l'on appelle la Cashless Society" explique Thomas Arentz, directeur marketing, communication et développement stratégique chez Samsung Semiconductor Europe, "un système bâti pour les gens qui ne possèdent pas de smartphone, mais qui concerne aussi des gens qui n'ont pas de compte en banque, pas accès aux cartes de paiement traditionnelles."

Un "Tap" avec le wearable CCP sur le terminal de paiement suffit afin de régler un achat. C'est cette simplicité qui différencie la solution proposée par Samsung des autres solutions de porte-monnaie électronique

Le cas d'utilisation de CCP le plus fréquemment évoqué, c'est l'argent que l'on va verser sur un bracelet d'activité pour aller faire du sport ou celui que l'on va charger sur le porte-clés de son enfant pour quelques heures. "C’est un moyen très pratique de donner un peu d’argent à un enfant pour aller au cinéma avec des amis" détaille Thomas Arentz. "Lorsqu’il se sert de cet argent, je reçois une confirmation sur mon portable pour chacun de ces achats et, au bout d'un délai de 6 heures par exemple, l’argent non dépensé revient sur mon portefeuille électronique. Nous réfléchissons même à inclure des informations relatives à la nature des produits et services que l’on pourra acheter. Il deviendra alors possible d'interdire à son enfant d’utiliser l’argent chargé sur son wearable pour acheter des cigarettes. »

Pour mener à bien ce projet, le coréen s'est allié au français Ingenico qui construit les terminaux de paiement, et à une start-up suisse, SmartLink. "Nous avons rejoint ce projet porté par Samsung Semiconductor dans une logique d'accepter des moyens de paiement alternatifs sur nos terminaux" explique Olivier Steinfels, responsable du marketing de la branche distribution d'Ingenico : "Notre cœur de métier reste le paiement dans l'univers EMV (EMV pour Europay Mastercard Visa, c'est à dire la carte bancaire classique), mais au-delà de cela apparaissent de nouveaux moyens de paiement de type "Close-loop Wallet". Avec cette nouvelle puce, Samsung va permettre à n'importe quel objet connecté de stocker un token, token que nous pourrons accepter sur nos terminaux." Pour Olivier Steinfels, cette technologie ne vient pas se placer en concurrence directe avec la carte EMV, mais vient la compléter. "C'est une technologie qui vient s'ajouter à celle disponible dans le sans contact et qui vient répondre à des usages nouveaux. Elle vient se positionner à côté de l'univers EMV. Pour nous, c'est totalement transparent car nous offrons une plateforme ouverte compatible HTML5 afin de proposer de nouveaux services de paiement comme le CCP de Samsung mais aussi des enquêtes consommateur, réservations de taxi, etc." Une simple mise à jour logicielle des terminaux de dernière génération du Français permettra aux commerçants d'accepter un paiement CCP. Un premier déploiement pilote va être lancé dans un pays de l'Est dès cet été. L'opérateur de télécom local veut ainsi mettre en place un nouveau service de transfert d'argent international qui sera sécurisé via des bracelets porteur de la puce CCP. Les expatriés pourront envoyer de l'argent au pays au moyen de ce service, avec des coûts de transaction bien plus bas que ceux des services de transfert d’argent classiques. Les transactions financières n'utiliseront pas les réseaux financiers traditionnels, mais les serveurs de SmartLink. 15 000 bracelets vont être fabriqués à l’occasion de ce premier déploiement qui aura surtout une valeur de test pour beaucoup, notamment pour certains gouvernements qui songent de plus en plus à réduire la part du cash dans les transactions.

Objectif avoué : remplacer le cash

Outre l'économie souterraine qui échappe à la fiscalité, et les divers trafics que le cash rendent possibles, produire des pièces et des billets infalsifiables est de plus en plus coûteux pour les banques centrales qui verraient d’un bon œil le remplacement de cette petite monnaie par des « tokens », des jetons électroniques. Le pays le plus avancé dans cette réflexion est la Corée qui vient de lancer une initiative baptisée « Cashless Society ». Une échéance claire a été fixée à la Banque Centrale : en 2020 doit s'achever la production des pièces de monnaie physiques. Face à ce défi, la Corée semble privilégier sa « T Money », initialement une carte de transport dont les usages sont de plus en plus diversifiés mais Samsung compte bien promouvoir sa technologie CCP auprès de sa banque centrale. Outre l'exemple extrême de la Corée, de nombreux pays planchent désormais sur cette question et commencent à rechercher des solutions.

Selon les derniers chiffres de la Banque Mondiale, si les paiements électroniques auprès des petits commerçants représentent chaque année 15 000 milliards de dollars, les paiements en cash et par chèque constituent encore une masse de 19 000 milliards qu’il sera bien difficile de réduire. Dès 2014, l’Union Européenne a affiché sa volonté d’imposer l’« Instant Payment » dans l’Union avec pour échéance le mois de novembre 2017. En parallèle, a été lancée une réflexion afin de réduire l'usage des espèces dans l'Union où il reste très fort, notamment en Allemagne, alors que la Suède fait pour sa part figure de modèle.

Avec CCP, Samsung est le premier à proposer une solution technique qui potentiellement permet d'aller vers le modèle cashless que privilégient les Etats. Des points restent néanmoins en suspens vis-à-vis de l'offre Samsung, notamment son business model. Nul ne sait qui des utilisateurs, des commerçants, ou des banques supportera les coûts du système. L'échec de Moneo en France a bien montré que même si une solution répond bien techniquement à la problématique du micro-paiement, son succès est fortement lié à son équation économique. Demander une commission aux commerçants sur chaque transaction n'a pas poussé ces derniers à mettre en avant ce moyen de paiement innovant.

Déployé en France à partir de 1999, le porte-monnaie électronique Moneo, jugé trop lourd d'utilisation et dont le modèle économique qui s'appuyait sur des commissions prises aux commerçants et aux utilisateurs a finalement été abandonné en 2015.

 

Pour Jean-Luc Garnier, fondateur de Knowbile Consulting et membre de l'Association des Experts Européens en Systèmes de Transactions Electroniques (EESTEL), même si le sans-contact entre peu à peu dans les mœurs, le succès de CCP n'est pas assuré. "Il est certain que cette solution donnera des idées à d'autres. On s'attendait notamment à ce que la marque à la pomme déploie son propre système de paiement en s'appuyant sur les données dont elle dispose déjà via iTunes. Pour tous ces systèmes, le problème sera d'obtenir une généralisation des points d'acceptation. C'est un problème pour le consommateur s'il doit vérifier chez chacun de ses commerçants quelle est la marque du terminal de paiement afin de s'assurer qu'elle est compatible avec son wearable. Seul EMV répond aujourd'hui à ce besoin d'universalité, mais la lourdeur du système n'est pas compatible avec un système qui vise à se substituer au cash." Une éventuelle percée de CCP sur le marché pourrait faire bouger EMVco, l'éditeur qui gère au niveau mondial les spécifications des cartes à puces bancaires, et peut-être s'intéresser à son tour à des spécifications plus légères pour les wearables. "Est-ce que le poids de Samsung, le poids d'Ingenico et peut-être le poids d'autres acteurs qui viendraient rallier CCP pourrait en faire un standard international, on en est pas encore là..." reconnait Jean-Luc Garnier.

Le paiement sans contact ou CCP parviendra-t-il à s'imposer ? Le projet de Samsung pourrait bien faire émerger de multiples initiatives de ce type de par le monde afin de faire disparaître la petite monnaie de nos poches. Il faudra sans doute encore du temps avant que ne s'impose un système universel qui remplace définitivement le cash sur terre.

 

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