Quand parler de dents sur Twitter sert la science

Par 20 juillet 2011
ordinateur

Par le biais de Twitter, des chercheurs américains souhaitent collecter des données sur les états dentaires de la population. Cela pourrait prêter à sourire, si le potentiel intrusif de la méthode n'était pas aussi préoccupant.

 

Il y deux jours, le sujet portait sur la dentition, et plus précisément sur une imprimante 3D permettant de synthétiser des dents. Vous allez prendre ça pour de l’acharnement, mais je récidive aujourd’hui avec un sujet au thème semblable, bien que plus sociétal : les dents et les réseaux sociaux.

Partant du principe que les utilisateurs de twitter aiment à parler d’eux et détaillent ainsi leur vie aux yeux de tous, IADR/AADR propose d’utiliser Twitter pour collecter des informations sur la santé publique. Dans l’étude publiée, l’organisme prend l’exemple des dents (du mal de dent plus précisément), analysant plus de 4000 tweets traitant du sujet, et en tirant des statistiques... comment dire ? ...passionnantes. Ainsi, 83% des tweets traitant du sujet font référence à un mal de dent chronique, 22% à une visite chez le dentiste (les deux types de publications n’étant pas incompatibles, ne criez pas au scandale si votre calculette vous indique un total supérieur à 100%), et 15% intègrent une description de l’impact qu’a l’évènement sur le déroulement de la journée.
Je ne m’appesantirai pas plus sur l'étude,  bien que je vous sente totalement passionnés par cette avalanche de statistiques...

J’en viens donc à mon propos, qui vise, au-delà de la simple plaisanterie, à souligner la perversité du principe. Pour pouvoir rendre efficace le système de santé, il est intéressant de disposer d’un maximum de données traitant du mal en question (c’est un fait). Or,  il est plus aisé de récolter des données sur des réseaux où les utilisateurs les fournissent spontanément. Pourquoi alors ne pas en profiter ?
A mon sens, le risque est grand et les dérives possibles nombreuses. Tant que cela en reste à une collecte d’informations sur la dentition des utilisateurs, peu de souci à se faire, j’en conviens.
Mais rien ne garantit que ce système ne sera pas utilisé par la suite, dans le but de collecter des informations plus personnelles, relatives à chaque utilisateur. Et contrairement à Facebook, où il est possible de protéger sa vie privée ainsi que ses publications, le but de Twitter est justement de les rendre publiques. Il devient dès lors relativement facile de constituer une sorte de base de données rassemblant toutes ces publications, classées en fonction les utilisateurs.
Le problème est alors le même qu’avec la constitution d’un fichier national D’ADN : Mis entre les mains des mauvaises personnes, il peut mener par des dérives. Discrimination à l’embauche par exemple (« ah, non, je m’excuse mon cher monsieur, mais je vois là qu’en 2004, via Twitter vous aviez écrit que vous étiez sujet à des rhumes chroniques. Or, dans notre entreprise, nous ne voulons pas d’un employé risquant d’être absent un jour sur deux »).

Bref, encore une fois, la technologie ouvre des voies intéressantes pour la recherche et la progression de la vie en société, mais présente des risques non négligeables si elle n’est pas maîtrisée. Alors, chers lecteurs, la prochaine fois que vous souffrirez, souffrez en silence ! J

 

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