Le partage de compétences n'est pas toujours adapté à l'entreprise

Par 15 juillet 2011
Collaboration  entreprise

Contrairement à l'idée en vogue, encourager ses collaborateurs à s'en référer en permanence à leurs pairs pour obtenir une information pourrait n'être pas forcément la meilleure solution pour améliorer ses connaissances.

 

La collaboration en entreprise, pas si efficace que cela pour améliorer ses compétences et son savoir ? La question a été soulevée par une équipe de la Sloan School of Management du MIT, qui s'est penchée sur la méthode qui veut que les collaborateurs se perfectionnent plus facilement s'ils échangent en permanence avec leurs collègues. Cela, à l'occasion de séminaires classiques, de séances de travail partagé, de plates-formes dédiées, ou en n'ayant plus de bureau affecté, ce qui oblige à rencontrer de nouveaux confrères. Mais selon les scientifiques, cette culture du partage pourrait bien ne pas être si efficace. Et des initiatives dites "asociales" s'avèreraient parfois plus appropriées à l'apprentissage, comme la consultation individuelle d'archives sur de précédents projets, et des supports de formation sur Internet. Pour parvenir à ces conclusions, les scientifiques se sont appuyés sur un modèle informatique appliqué à une entreprise de consulting.

Mal contrôlée, l’information rompt l’équilibre de l’entreprise

Cela leur a permis de simuler l’impact des différents types de recherche d’information menés par les salariés (autonome, à l’aide d’un expert...) sur ses résultats. De fait, ils se sont aperçus qu'encourager le transfert d’information favorise l’apparition "d’employés experts", qui se retrouvent rapidement surchargés par les demandes de leurs collègues. Selon Damien Douani, spécialiste des communautés, et interrogé par L'Atelier, "on quitte alors la relation de pair à pair qui devrait gouverner l’échange d’informations, pour passer à une sorte d’organigramme parallèle où l’expert est survalorisé". Outre la perte de temps engendrée pour l’expert en question, ce phénomène fait naître un autre risque, celui de l’obsolescence de l’information transmise. Et ce notamment dans les secteurs à évolution rapide, où l’information périme rapidement.

Vers un encadrement des flux d’information

Selon l'enquête menée par les chercheurs du MIT, il ne doit être question ni de cesser la collaboration, ni de la maintenir à tout prix. Il leur est apparu plutôt que le mode d’apprentissage optimal dépendait en fait des caractéristiques de chaque entreprise, et était fonction de ses employés et/ou de son secteur d’activité. Un constat partagé par Damien Douani, pour qui un retour à un cloisonnement de l’information ne constitue pas une solution. Au contraire, "il faut mettre en place une mécanique de transmission équilibrée, où le transmetteur serait en même temps le récepteur d’une autre information". Et d’ajouter : "l’expert apporte l’information à travers son filtre personnel, mais cela ne doit pas dispenser le salarié de faire sa propre recherche". Finalement, ce qui importe, c’est avant tout le soin apporté par l’entreprise à l’accompagnement de ces échanges,  afin de s’assurer qu’ils lui sont bénéfiques.

 

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