Pays émergents : le crowd-sourcing est un moteur économique comme un autre

Par 11 janvier 2010

Les employeurs proposant à des travailleurs des pays émergents un emploi via Internet ne sont pas les esclavagistes souvent décrits, affirme un chercheur d'Harvard. Ce système est même une chance pour les pays en voie de développement.

Les sites de type Amazon Mechanical Turk, centrés sur l’externalisation via Internet de micro tâches, permettent à des travailleurs dans des pays émergents d'entrer en relation avec des employeurs de pays occidentaux - et de participer au développement d'un projet. Problème : ils sont régulièrement pointés du doigt pour les nombreux abus réels ou supposés qu’ils engendrent. Une étude publiée par un chercheur d’Harvard montre pourtant que les employeurs présents sur ces sites sont mieux perçus que leurs homologues dans la vie réelle. Mieux, son auteur explique que ces plates-formes sont une opportunité pour toute une classe de travailleurs des pays émergents. Une conclusion que partage Laura Recuero Virto, économiste au Centre de développement de l’OCDE* : "La vraie problématique dans les pays émergents, ce sont les infrastructures", explique-t-elle à L’Atelier. "La question de l’accès à l’emploi se pose plus que celle de la précarité du travail", poursuit-elle.
Un phénomène facilité par le développement des infrastructures Internet
Pour elle, permettre l’accès à un emploi à des travailleurs des pays émergents via Internet a un vrai sens. "En Afrique, par exemple, les infrastructures Internet sont dans une phase de développement très importante", explique l’économiste. "Alors que les infrastructures liées au transport ou à l’eau sont loin de bénéficier des mêmes niveaux d’investissement". Une chance donc pour les pays enclavés d’intégrer autrement l’économie mondiale. Ce que l’étude britannique démontre également, c’est que les critiques portant sur le niveau des salaires de ces tâches externalisées sont infondées. En moyenne, les travailleurs interrogés par le chercheur considèrent les employeurs sur Internet comme plus justes que leurs employeurs réels. Par ailleurs, leurs réponses sont plus polarisées. Autrement dit, ils sont plus nombreux à exprimer une opinion très positive de leur employeur en ligne.
Une chance d’un côté, un défi de l’autre
Pour Laura Recuero Virto, la question des salaires et des conditions de travail suit une loi de l’offre et de la demande des plus simples. "S’il se trouve des travailleurs pour accepter les propositions d’emploi sur ces sites, c’est qu’ils n’en ont pas eu accès à de meilleures". Pour elle, ce sont plutôt les travailleurs occidentaux qui devraient s’inquiéter. "C’est une chance pour les pays en développement, mais c’est un challenge pour les pays développés",explique-t-elle. D’autant que d’après le chercheur britannique, ce type de relations de travail devrait être amené à se multiplier. Ce que confirme Laura RecueroVirto : "Les entreprises qui ont peur de délocaliser entreront plus facilement dans cette dynamique", affirme-t-elle. "Cela leur permet d’éviter les problèmes administratifs et financiers liés à une véritable délocalisation".
* Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE)

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