Pédagogie et bon-sens, les grands oubliés des bâtiments intelligents

Par 03 décembre 2014 3 commentaires
l'immeuble intelligent

Face au nombre croissant de smart-buildings, une chercheuse américaine souligne un problème dans la conception même de ces bâtiments : l’humain et la pédagogie sont laissés de côté.

Alors qu’elle était étudiante à la Washigton State University, Julia Day s’était rendue dans un bâtiment intelligent supposé économiser les énergies. À sa grande surprise, les stores étaient abaissés et les lumières allumées en plein jour alors que l’immeuble avait été conçu pour valoriser la lumière naturelle. La raison à cela étant que les boutons de réglages des stores étaient inaccessibles. Devenue assistant-professeur à la Kansas State University, elle livre avec un collègue, David Gunderson, une longue étude soulignant les manques des bâtiments intelligents construits ces dernières années. Selon elle, ce manque se résume en un mot : les occupants. Ils apparaissent en effet les grands oubliés dans la conception des bâtiments. Des bâtiments dont le nombre va croissant au fil des années avec plus d’un tiers des nouvelles constructions commerciales qui prennent en compte des systèmes d’économies d’énergie aux États-Unis. Face à cette explosion du smart-building, Julia Day souligne la nécessité de remettre les occupants au centre de la conception.

Remettre du bon-sens dans les bureaux

En fait la chercheuse insiste sur un point plus large concernant l’ensemble des environnements de travail : le bon-sens est souvent laissé de côté. Tandis que la plupart des personnes adoptent un comportement rationnel chez eux (éteignant les lumières en quittant une pièce par exemple) cela ne s’applique pas nécessairement au travail. Selon l’étude, la culture d’entreprise insiste rarement sur les  économies d’énergie et sur les gestes les plus simples pour y parvenir. Des gestes qui viennent pourtant naturellement dans un cadre domestique. De plus, la chercheuse énumère plusieurs cas pour lesquels le mobilier notamment va à l’encontre des systèmes d’économie d’énergie mis en place. C’était notamment le cas des boutons de réglages des stores inaccessibles en raison de la disposition des bureaux.

La pédagogie à revoir

Second point de l’étude : les occupants ne sont pas ou très peu formés sur les fonctionnalités des bâtiments intelligents. La chercheuse prend ainsi l’exemple d’un système de voyants censés informer du moment adéquat pour ouvrir les fenêtres. La plupart des salariés dans le bâtiment en question pensaient que ces voyants étaient rattachés à l’alarme incendie. “Il y a là un fossé, les gens ne comprennent vraiment pas ces immeubles” insiste Julia Day. Le besoin de pédagogie va au delà des e-mails explicatifs lapidaires selon elle. Finalement, son étude met en lumière un soucis profond des bâtiments intelligents qui sont pensés du dessin d’architecte à la pose de la dernière pierre mais l’après-construction est très peu envisagé. Plusieurs systèmes avaient vu le jour dans cet esprit de prise en compte de l’occupant : du bâtiment qui détecte et s’adapte à ses habitant automatiquement au chauffage intelligent. Mais ces initiatives ne sont pas encore développées à grande échelle et sans doute nécessiteront-elles aussi une forte pédagogie.

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3 Commentaires

Non seulement on n'atteint pas les objectifs d'économie d'énergies d'un bâtiment mais en plus on ne contribue pas à ce que l'occupant se sente bien dans son cadre de travail... Deux écueils qui plaident pour adapter l'intelligence globale pour lui permettre pas seulement d'accepter les choix des occupants mais aussi et surtout de lui faciliter la commande...

Soumis par Fred FINITI-BROISIN - le 04 décembre 2014 à 11h48

Bonjour,

Je ne peux que confirmer les résultats de la recherche. N’oublions pas que la ville intelligente doit devenir une ville résiliante pour et avec ses habitants : ville citoyenne et désirable, compréhensible, maîtrisable et maîtrisée par l’Homme. Car sinon il faut avoir peur du jour où on oublie le code,…
Le tout « bidule » est une menace, éloigne les habitants, les déresponsabilise. En tant qu’architectes franco-allemands, nous développons dans nos projets « low-tech » les ingrédients pour un le voisinage actif, comme réseau social de proximité. Nous imaginons des bâtiments intelligents convertibles en usage et avec un maximum de végétalisation, facilitateur du vivre ensemble intergénérationnel dans nos modèles de « grünboX » et « Récipro-Cité ».
Bon week-end

Patrick Stefan Rheinert

Soumis par RHEINERT PATRICK STEFAN (non vérifié) - le 05 décembre 2014 à 15h15

Certes oui, si vous n'accompagnez pas l'occupant pour l'initier et le guider dans l'utilisation d'un bâtiment intelligent, votre investissement est voué à l'échec.
Dans le Nord-Pas-de-Calais, le Cluster HBI (Habitat Bâtiment intelligent) s'est donné en autre comme mission la formation et le suivi de cette technologie.
Nous avons rédigé un guide mode d'emploi "Concevoir un habitat intelligent" qui est axé sur le principe que "Pour devenir intelligent, un habitat doit allier intelligence des solutions techniques et l'intelligence des usages et être portée par trois dynamiques fortes traitées simultanément :
la qualité environnementale et la haute performance énergétique
la qualité d'usage
la connectivité et la communicabilité
Sa parution est programmée durant le 1er trimestre 2015. Parallèlement, un groupe de travail se penche sur la méthodologie et la pédagogie a utiliser lors des formations qui seront prodiguées aux usagers mais aussi aux architectes, MO, AMO, prescripteurs tant publics et privés.
L'avenir est dans le bâtiment intelligent, œuvrons donc intelligemment pour que ce soit une réussite !!!

Soumis par Jean-Marc AGNANO (non vérifié) - le 08 décembre 2014 à 09h08

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