"Peuplade répond à ce besoin de convivialité, à cette envie de vivre ensemble dans la ville"

Par 21 mars 2007 1 commentaire
Mots-clés : Amérique du Nord, Europe

Entretien avec Jérémie Chouraqui, co-fondateur et ingénieur social de Peuplade.fr

Entretien avec Jérémie Chouraqui, co-fondateur et ingénieur social de Peuplade.fr

L’Atelier : Jérémie Chouraqui, bonjour. Pourquoi avoir fondé en 2003 un site pour créer du lien social basé sur une petite unité qu’est le quartier alors que la mode consistait plutôt à naviguer sur des sites dédiés aux réseaux sociaux mondiaux où l’on pouvait converser avec des personnes qui se trouvaient  à l’autre bout de la Terre?
 
Jérémie Chouraqui: Tout est d’abord venu d’une envie: rencontrer ses propres voisins. Mon associé Nathan Stern a trouvé sur Internet des C.V de personnes qui habitaient dans sa rue du quartier des Epinettes, dans le XVIIème arrondissement de Paris, et leur a envoyés des e-mails. Nous avons alors constaté, grâce aux interactions qui se sont produites dans la cadre du quartier, que ces voisins étaient particulièrement agréables. Ces interactions ont été simples et fluides: des liens d’entraide se sont créés, mais pas des liens d’un point de vue pratique plutôt que moral. En effet, quand on habite le même quartier, c’est facile et utile de se rendre quotidiennement de petits services. De plus, les liens ainsi créés n'engagent pas la personne: quand on rencontre quelqu’un qui habite à cinq minutes de chez soi, que l’on passe un peu de temps avec lui mais si cela ne fonctionne pas, cette personne ne va pas se vexer: elle n’a pas véritablement perdu de temps et n’a pas mis trois quart d’heure pour venir au rendez-vous... Il y a ainsi une spontanéité de la rencontre qui est rendue possible par une grande proximité géographique.
 
A partir de cette envie de rencontre proche, une vision s’est imposée: il y a un intérêt et un bénéfice à tirer de la transformation d’une communauté de voisinage en un véritable réseau social qui engendrerait alors des conséquences positives comme la facilitation de la vie quotidienne, le recul du sentiment de solitude ou d’insécurité, la possibilité de faire de nouvelles rencontres, de s’insérer dans une vie de quartier dense, agréable, diversifiée et riche.
C'est pourquoi nous nous sommes dits qu’Internet était en fait un formidable outil pour favoriser les rencontres. Car grâce au Web, quand on entame le processus de la présentation de soi, on peut choisir ce que l’on a envie d’exposer. On n’est pas contraint ou retenu par son âge, son apparence physique, son sexe, par une qualification sociale qui peut être dévalorisante comme le chômage. On peut choisir ce que l’on est et ce que l’on a envie de partager : on peut faire ce que l’on veut. Internet permet ainsi d’instaurer une plus grande liberté dans la définition de soi. Et d’ailleurs, toutes les questions posées dans la rubrique « Autoportrait » de Peuplade ne sont jamais des questions visant à assimiler la personne qui s’inscrit à une catégorie particulière comme le statut marital, la catégorie d’âge ou la profession exercée. Ce sont toujours des questions ouvertes qui respectent le sujet.
 
Ensuite Internet permet d’entrer en communication avec les gens de manière plus simple. Autant vous hésitez à aborder quelqu’un dans la rue ou à appeler par téléphone une personne que vous ne connaissez pas, autant envoyer un petit mot sur une messagerie interne est beaucoup plus facile! On utilise le virtuel pour se rencontrer dans le réel: le Web facilite la mise en place de cette relation.
En outre, beaucoup d’outils fournis par les nouvelles technologies permettent de mieux faire ce que l’on faisait avant: pour monter un projet dans un quartier, grâce à Peuplade et à Internet, vous pouvez partager plus et plus vite des informations, des fichiers, envoyer un e-mail à plusieurs personnes en une seule fois, mobiliser rapidement les gens en faisant circuler plus facilement une information...
 
 
L’Atelier: Des projets particuliers ont-ils pu démarrer et se concrétiser grâce au réseau social mis en place par Peuplade?
 
J.C: Un projet intéressant s'est concrétisé: une maison de quartier autogérée a été créée par 120 habitants du XVIIème arrondissement parisien. Ils se sont connus et regroupés via Peuplade et ont décidé, ensemble, de fonder près de chez eux cette maison de quartier. L'idée de départ était d'avoir, en quelque sorte, une maison communautaire, pas à la campagne, mais dans son quartier. C'est un appartement qui a été loué et dans lequel, tous les jours, l'après-midi et le soir, se déroulent des activités entièrement autofinancées et autogérées par les acteurs du quartier: ateliers C.V, cours de cuisine, soirées jeux, projections de films, expositions de photos. Ce lieu, qui existe maintenant depuis trois ans, est ouvert à tous les voisins et demande juste une participation aux frais de quelques euros.
Ici, la vocation de Peuplade est de permettre la multiplication de ce type de pratique à partir de cette expérience aboutie et de ce savoir-faire.
Une autre initiative basée sur la solidarité entre les personnes a également vu le jour grâce à une "Peupladienne" du XVIIIème arrondissement. Des habitants parisiens visitent maintenant régulièrement des dispensaires et des hospices pour personnes âgées, viennent en aide aux SDF et fédèrent de nombreuses actions de solidarité au sein des quartiers.
Cette "Peuplade Solidarité" a ainsi débouché sur un projet baptisé Coquelicot qui a été, entre autres, initié par une autre "Peupladienne" qui tient une permanence une fois par semaine dans un café et à laquelle peuvent venir des personnes dans une situation sociale difficile pour parler, échanger ou demander un service. Cette action n'est donc pas menée par des professionnels, mais tout simplement par des voisins!
Mais il existe aussi des rendez-vous plus ludiques: des projets se sont montés, par l'intermédiaire de Peuplade, autour du sport, comme le roller: des voisins pratiquent régulièrement ensemble cette activité la semaine et le week-end.
 
 
L'Atelier: Ne pensez-vous pas que Peuplade est un phénomène qui n'est pas amené à perdurer? En effet, une fois que des Peupladiens se sont rencontrés en "vrai" grâce au site, ne pensez-vous qu'ils seront moins tentés d'y retourner?
 
J.C: C'est plutôt l'inverse qui se produit. C'est chez les Peupladiens les mieux intégrés au quartier, ceux qui participent au plus grand nombre de projets, que la fréquence de connexion est la plus élevée. Sur 52 000 à 53 000 parisiens inscrits, 20 à 25% se connectent à Peuplade plus de 50 fois par mois. Pourquoi? Parce que Peuplade facilite considérablement les échanges. Par exemple, une personne qui est entrée en relation avec 150 parisiens via Peuplade utilise le site pour les contacter, au lieu de les appeler ou de leur envoyer un e-mail individuellement. Peuplade est alors un outil qui leur permet de gérer plus facilement les relations avec ces 150 individus. Ils se retrouvent ainsi autour d'une idée lancée sur Peuplade. Et du coup, les gens se connectent très régulièrement pour voir ce qui se passe et proposer des rendez-vous ou répondre à des rencontres...
C'est en cela que Peuplade favorise l'intégration, que ce soit pour rencontrer de nouveaux voisins ou accueillir de nouveaux habitants. Le site peut ainsi devenir un outil qui va médiatiser son rapport au quartier, à la communauté.
 
 
L'Atelier: Quel va être l'avenir de Peuplade? Va-t-il se développer à l'échelle nationale, européenne ou  même mondiale?
 
J.C : Grenoble vient d'être la première ville française à accueillir sa propre version de Peuplade depuis le 7 mars dernier avec le soutien de la Mairie de Grenoble. Par ailleurs, nous appelons actuellement les mairies à nous soutenir dans ce déploiement et à nous contacter. Nous souhaitons les inciter à développer un véritable réseau social dans d'autres villes de France.
Nous réfléchissons aussi à des versions dans d'autres langues, particulièrement en anglais, car nous constatons que ce besoin de lien social est universel. Nous avons, par exemple, reçu beaucoup de courriers et d'e-mails de personnes partout dans le monde. Elles nous disent qu'elles souhaiteraient elles aussi avoir un système comme Peuplade dans leur propre ville. De telles remarques nous sont parvenues du Brésil, des Etats-Unis, d'Angleterre, d'Espagne, d'Italie ou d'Asie.
 
Nous avons été aussi sollicités par des médias étrangers qui voient en Peuplade une véritable innovation sociale. Car il n'existe pas dans d'autres villes un site qui permet de visualiser ses voisins, d'interagir avec eux autour d'un projet presque politique qui consiste à être un ensemble de personnes peuplant un même quartier, mettant en commun un certain nombre de ressources, ne rencontrant pas les gens uniquement par affinités, mais essayant de se prendre en main et de se responsabiliser dans sa vie quotidienne, dans son immeuble, dans son quartier. Peuplade répond à ce besoin de convivialité, à cette envie de vivre ensemble dans la ville. Ce sont ici des valeurs dans lesquelles beaucoup de gens se retrouvent
 
Propos recueillis par Anne Confolant
 
(Atelier groupe BNP Paribas – 21/03/2007)
 

Haut de page

1 Commentaire

un ... qui se pose en "ingenieur social" ,quelle bouffonerie !
peuplade n'est qu'un site internet de plus ,qui ne vend que l'illusion de la convivialité et qui n'est qu'une escroquerie ,puisqu'il faut payer pour l'utiliser .
Ce site ... qui ce sont inscrits ,qui ne sont que des "nolife" qui ont crus trouver là de quoi occuper leur vie vide de sens .Pour l'auteur du post : les propos (que j'ai remplacé par des ...) que vous tenez ne sont pas acceptables, et nous nous réservons le droit de les transmetre à la justice.

Soumis par libellule (non vérifié) - le 18 janvier 2009 à 20h14

Mentions légales © L’Atelier BNP Paribas