Phénomène Peer to Peer : quelle troisième voie pour l’industrie du disque ?

Par 18 juin 2004
Mots-clés : Future of Retail

D’un côté ignorer le phénomène, de l’autre dépenser 20 millions d’euros pour tenter d’intimider (assez vulgairement) les quelques 10 millions d’internautes français qui téléchargent gratuitement...

D’un côté ignorer le phénomène, de l’autre dépenser 20 millions d’euros pour tenter d’intimider (assez vulgairement) les quelques 10 millions d’internautes français qui téléchargent gratuitement de la musique via des systèmes d’échanges PtoP. Beaucoup de facteurs ont rendu la campagne du Snep (Syndicat national de l’industrie phonographique) mal-appropriée et inefficace. Sans doute est-il temps, grand temps, pour l’industrie du disque de reposer le problème. Deux acteurs importants de l’industrie musicale se sont manifestés dans ce sens. Hier, l’Adami, société civile pour l’administration des artistes musiciens interprètes, rendait public une étude sur le développement des services d’échanges Peer to Peer (PtoP) en indiquant que : 1) le PtoP « n’est pas une menace de mort mais un défi à relever en recourant à la créativité »2) « l’effet PtoP sur la consommation est globalement positif » De fait, une partie importante des internautes « pirates » continue toujours d’acheter des CD. Par ailleurs, « le marché de la musique n’est pas que le marché du disque ». D’autres modes de rémunération se développent en effet : reversement direct (billetterie), prélèvement à la source (télévision), sonneries téléphoniques… L’idée première de l’Adami : développer « la créativité et non le repli sur soi » (facile à exprimer, plus complexe à mettre en œuvre à l’échelle d’une industrie devenue fortement conservatrice). L’idée seconde ? Instaurer des « licences légales » de téléchargement gratuit sur les abonnements des Fournisseurs d’Accès Internet (FAI). Une sorte de redevance pour internautes. Idée originale, que récusent d’emblée les éditeurs de disques. Cette troisième voie n’est toutefois pas nécessairement éteinte. Peut-être faudra-t-il à l’industrie du disque quelques nouveaux trimestres décevants pour la reconsidérer ? Quoi qu’il en soit, Denis Olivennes, PDG de la Fnac, reprend dès aujourd’hui les deux idées de l’Adami en incitant les pouvoirs publics et les professionnels de la musique à « invent[er] peut-être de nouvelles règles collectives de bonne conduite », tout en mettant en garde contre « le tarissement des talents ». Sa proposition ? « Des états généraux de la musique »… Un bon début pour une révolution nécessaire. (Atelier groupe BNP Paribas – 18/06/2004)

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