Le piratage est encouragé par la commercialisation du DVD par zones géographiques.

Par 26 février 1999

Le "dézonage" sauvage, formule obscure pour la plupart des consommateurs, réalisé dans les arrière-boutiques bafoue les règles laborieusement établies entre fabricants de lecteurs de DVD et producte...

Le "dézonage" sauvage, formule obscure pour la plupart des consommateurs,
réalisé dans les arrière-boutiques bafoue les règles laborieusement
établies entre fabricants de lecteurs de DVD et producteurs de vidéos.
En effet, le lancement du DVD a été retardé par d'innombrables
négociations. Finalement, une partition du monde en six zones a été
instituée, dont deux jouent un rôle prépondérant : la zone 1 couvre
l'Amérique du Nord, la zone 2 rassemble l'Europe, le Moyen-Orient et le
Japon. Les éditeurs peuvent ainsi moduler à loisir la sortie sur DVD de
leurs films, d'autant que toutes les combinaisons sont possibles entre les
six zones.
Il s'agit en pratique, d'éviter que les vidéos américaines estampillées
"zone 1" ne soient lisibles en Europe et au Japon. Le système impose
concrètement aux constructeurs de vendre des lecteurs contenant un système
de verrouillage dans chaque région du monde. Ainsi, un appareil acheté en
France ne peut lire un DVD acquis aux Etats-Unis.
Les premiers lecteurs de DVD arrivent au printemps 1998 dans les magasins
français, coûtant environ 6 000 F, sans pratiquement aucun titre
disponible sur le marché. Pour pallier cet handicap, des distributeurs
comme la Fnac ou Virgin vendent environ 300 F des DVD nippons sans la
moindre indication en français, souvent avec une bande-son anglaise
sous-titrée en ... japonais. Les enseignes spécialisées en électronique,
plus futées, moyennant une petite "intervention" à l'intérieur de la
machine, font sauter le verrou et vendent fièrement des lecteurs "toutes
zones". Aussitôt, les distributeurs de films importent des DVD des
Etats-Unis. On voit ainsi fleurir des rayons entiers discrètement
étiquetés "zone 1".
L'opération de dézonage ne présente pas de difficulté techniquement.
Facturée à l'origine 1 000 F, l'intervention est quasiment gratuite
aujourd'hui. Certaines enseignes communiquent gracieusement l'adresse
électronique d'un site Internet australien où l'on peut y télécharger un
minuscule programme capable de déverrouiller le lecteur.
Les fabricants n'ont guère de recours légal contre les distributeurs de
matériel. Conclu dans le cadre de l'organisme DVD-Forum, l'accord avec
les éditeurs n'a qu'une valeur commerciale.
Du fait de la croissance rapide du nombre de titres disponibles en zone 2,
tous les fabricants font valoir que le besoin d'appareils dézonés diminue.
Pour autant, ils sont nombreux à continuer à prendre le phénomène au
sérieux. Chef de produit vidéo chez Toshiba France, Grégory Levacher
reconnaît "les premières générations de lecteurs ne présentaient pas de
protection suffisante". Le DVD Forum a demandé aux constructeurs adhérents
d'améliorer l'efficacité de leurs verrous, sous peine d'exclusion du
Forum, c'est-à-dire de perte du droit d'utiliser le logo DVD vidéo.

Selon l'Institut InfoTech, il s'est vendu en 1998 dans le monde 1,2
million de lecteurs de DVD et 6,5 millions de disques DVD.
D'après une étude GFK, la France rassemble environ le tiers du marché
européen. L'an dernier, il s'est vendu en France entre 40 000 et 50 000
lecteurs de DVD. Avec 25 % du marché, l'Allemagne arrive en seconde place
suivie par la Grande-Bretagne (20 %). L'Italie et l'Espagne arrivent en
queue de peloton.
(Le Monde - 26/02/1999)

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