"Le piratage : une arme pour réorienter la stratégie des entreprises"

Par 29 mars 2011
Mots-clés : Smart city, Amériques, Asie, EMEA
un cadenas au milieu d'une carte du monde avec beaucoup de chiffres

Les entreprises sont depuis longtemps lancées dans une course à la sécurisation de leurs systèmes d'information et de stockage des données stratégiques et commerciales. Mais cette course se complexifie : les menaces numériques changent de cibles et de formes.

Interview avec Christopher Bronk, ancien diplomate, auteur d’un scénario qui décrit une cyber guerre entre les Etats-Unis et la Chine : intitulé « Blown to Bits », traduction : « Voler en éclats ».

L’Atelier : En vous lisant, on est vite persuadé que la prochaine guerre commerciale se jouera sur Internet...

Christopher Bronk: il est évident qu’Internet joue un rôle considérable dans la redistribution du pouvoir mondial, qu’il s’agisse de géopolitique, entre les Etats donc, ou commercial entre les entreprises. Aujourd’hui elles doivent tenir compte du piratage dans leur stratégie et l’intégrer comme un moyen de pression éventuel que peuvent utiliser soit ses concurrents soit des groupes de pression. On remarque en effet que de plus en plus de groupes de hackers se forment dans le monde et notamment en Asie. Même après s’être introduits dans le système d’une entreprise et avoir obtenu des informations stratégiques, ils ne les utilisent pas forcément pour leur propre compte. C’est surtout un moyen de pression sur l’entreprise afin d’empêcher ou de réorienter un investissement par exemple.

Qu’est ce que les entreprises peuvent mettre en place pour se protéger ?

Les nouvelles technologies se développent à une vitesse folle : à chaque nouveau système, une nouvelle forme de piratage apparaît. La menace n’est plus seulement nationale,ni physique, mais virtuelle. Pour y faire face, les multinationales, qui sont les plus visées, doivent donc s’équiper et financer des recherches pour se protéger. Au fur et à mesure, la qualité du piratage augmente, ce qui crée une course commerciale à l’équipement. Aujourd’hui, c’est parfois un combat pour savoir quelle entreprise à l’équipe la plus performante pour prévenir une attaque et y répondre. C’est pour cette raison que nombre d’entre elles développent à présent des systèmes de sécurisation maison, sans faire appel à des outils externes. Et ce pour garantir une protection maximale.

Les conséquences d’attaques peuvent donc être lourdes…

Imaginez que des pirates arrivent à s’introduire dans le système d’une banque mondiale. Ils seraient alors en mesure de transférer des fonds pour disparaître. Au-delà de ça, on peut penser que si une cyber guerre se met en place, les entreprises de différents continents pourront faire pression les unes sur les autres quant à des contrats commerciaux, des investissements potentiels ou des secrets de fabrication dûment conservés. Les Etats ne sont pas en reste, on peut penser que demain ils pourront faire pression sur des entreprises étrangères pour qu’elles investissent dans leur pays. Il ne faut pourtant pas être trop pessimiste puisque cela permet de stimuler l’industrie de la sécurité et de pousser à optimiser les technologies

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