La playlist ne fait pas le moine

Par 28 août 2009
Mots-clés : Amérique du Nord

Dis moi ce que tu écoutes, je te dirai qui tu es… Parler ainsi d’une voix d’oracle est toujours un peu présomptueux à mon goût. Mais lorsqu’il s’agit de parler des recherches de l’Université de Cambridge, on n’hésite pas à mettre les petits plats dans les grands. La dernière étude du département de psychologie intitulée « you are what you listen to» tente de démontrer que nous avons la fâcheuse tendance à nous appuyer sur les goûts musicaux d’autrui pour se faire une opinion de leur personne. Le concept n’est pas franchement nouveau puisque, en particulier chez les jeunes, il est agréable de conserver certains repères sociaux culturels. On ne peut que rarement s’empêcher de faire le lien entre les goûts musicaux d’un individu et une certaine catégorie de profil. Aussi durs soient les clichés, le rappeur est hargneux sportif, l’amateur de musique classique bourgeois et coincé, et le Blackmétal est réservé aux adorateurs du malin (ou les traumatisés d’Henri Dès).

A ce titre on ne sous-estime que trop souvent l’impact de nos préférences musicales assujettis au terrible courroux des colleurs d’étiquettes toutes faites.  Et comme il est plus facile de changer de fringues que changer son groupe préféré, c’est également le monde du travail et de l’embauche qui s’y frotte. A l’heure où les média sociaux n’exposent que trop bien nos préférences aux yeux du reste du monde, il est aussi tout à fait envisageable qu’un employeur potentiel se désintéresse d’un candidat, pour la simple et bonne raison qu’il vient de rejoindre le fan club virtuel de Cindy Sanders (bien qu’il ne soit pas de mauvais ton de se méfier). « Je vois sur votre CV que vous écoutez NTM. Vous êtes vraiment sûr de vouloir faire carrière dans la police ? ». Oui c’est quelque peu surréaliste je l’avoue, mais ça n’en reste pas moins fidèle des préjugés en vigueur.

Je me souviens par ailleurs que l’on avait attribué, de la même manière, aux étudiants responsables du massacre du lycée Colombine le simple motif d’avoir trop écouté Marilyn Manson, avant de rentrer gentiment en cours avec des mitrailleuses automatiques achetées à l’épicerie du coin (épicerie fine faut pas déconner).

Pour ma part mes amis ont très bien vécu mes années Iron Maiden et sont toujours là. En échange, ils ne me font pas généreusement profiter de la trop grande subtilité des meilleures compositions de Vincent Delerme.

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