"Plusieurs modèles d'affaires se fondent sur l'open source"

Par 01 octobre 2010
Mots-clés : Smart city, Europe
Modeles d'affaires

Les entreprises peuvent éditer des logiciels, fournir des services, proposer des solutions hybrides avec ou sans licence… ou encore développer des plates-formes dans les nuages.

Alors que se tient l'Open World Forum, entretien avec Nordine Benkeltoum, chercheur associé au centre de gestion scientifique (CGS) de l'école des Mines, Paris Tech. Il est l'auteur d'une thèse intitulée "Les régimes de l'open source : solidarité, innovation et modèles d'affaires".

L'Atelier : Comment les entreprises parviennent-elles à générer des revenus à partir de l'open source ?

Nordine Benkeltoum : Il y a en vérité plusieurs exemples de valorisation. On peut distinguer trois modèles d'affaires. Le premier se fonde principalement sur la notion d'architecture et sur celle de service : une entreprise utilise des éléments en open source pour construire un logiciel, qu'elle vend ensuite à divers clients. Il s'agit d'un modèle "ouvert", au sens où c'est l'expertise de l'entreprise en tant qu'architecte qui est rémunérée, et non les composants en eux-mêmes. Dans ce modèle, l'éditeur de logiciel ne fait en effet qu'assembler diverses pièces, pour fournir l'ensemble à des clients qui souscrivent à sa prestation. Le deuxième modèle est un modèle "hybride", ou mixte. Cela concerne le cas où un fournisseur de logiciel propose deux versions : une libre, en open source, et une sous licence. En fonction des besoins du client, qui peut éventuellement vouloir garder le contrôle. Et préférer acquérir une licence. Enfin, le dernier modèle est "fermé". L'éditeur développe un logiciel libre mais ne le distribue pas en open source.

Qu'en est-il alors des logiciels hébergés sur un serveur, à distance, sur le modèle du SaaS (software as a service) ?

Ces dernières années, avec le développement du cloud computing, des entreprises ont pu développer des logiciels grâce à des éléments en open source, pour les mettre ensuite sur un serveur. Et s'en servir pour proposer des services à distance, dans les nuages. Il s'agit d'un modèle "fermé", dans la mesure où le client n'accède en aucune façon aux codes source du logiciel. Les entités qui souscrivent à ce type de solution ne peuvent profiter que du service fourni via le programme développé en cloud. Pour l'entreprise propriétaire qui propose ce service, c'est une façon de créer de la valeur, sans partager les éléments clés du logiciel. Il s'agit d'une pratique qui se généralise, et qui est tout à fait légale, d'un point de vue juridique.

Y a-t-il d'autres façons d'utiliser l'open source pour générer des revenus ? En favorisant l'innovation par exemple ?

Il est possible de considérer l'open source comme un cas spécifique d'"open innovation", en effet. Sur certaines plates-formes - je pense notamment aux nombreux sites de vidéo en ligne - les entreprises donnent la possibilité aux internautes de créer eux-mêmes des contenus. Elles fournissent la structure, l'outil, et laissent les utilisateurs ajouter leurs propres vidéos. Lorsque l'audience est importante, le modèle d'affaire classique qui s'impose passe alors par la publicité. Une autre solution consiste à nouer des partenariats. Certains navigateurs Internet génèrent des revenus en s'associant à des moteurs de recherche, qu'ils mettent en avant, en lançant dès l'ouverture de la fenêtre le site en question, par exemple. Contre rémunération.

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