"La prospective est aussi liée à la sociologie et à l'histoire"

Par 23 juin 2010 1 commentaire
Mots-clés : Smart city

Le web et les réseaux sociaux ont bouleversé les pratiques des professionnels de l'anticipation. Pour autant, ceux-ci sont loin de ne s'intéresser qu'aux technologies : l'étude sociologique y est aussi à l'honneur.

Samuel Morillon est directeur général délégué de Cybion.
L'Atelier : Qu'est-ce que l'arrivée d'Internet et des médias sociaux a changé à l'activité de prospection ?
Samuel Morillon : Avant l'explosion des médias sociaux, on faisait de l'analyse exploratoire. Les processus étaient très traditionnels : étude quantitative, qualitative, synthèse et analyse SWOT*. La révolution, c'est le peer-to-peer, sans le réduire à un simple échange de fichiers mais en voyant cela comme un échange d'informations. Il faut savoir que plus de 80% du web est généré par les internautes. Désormais, on s'intéresse à la discussion et on en fait une synthèse. On récapitule ce que les internautes disent entre eux. De manière très opérationnelle, quand on regarde Internet et les médias sociaux, on trouve deux choses : d'une part les contenus qui y sont publiés, et les usages. On trouve des informations dont on pourra tirer des prédictions dans l'un comme dans l'autre.
Est-ce que cela rend votre travail plus difficile ou plus facile ?
La nature des missions est complètement différente. Avant, la difficulté c'était de trouver l'information, aujourd'hui le problème qui se pose c'est de trier et de synthétiser. L'autre enjeu, c'est la représentativité. C'est une certaine population qui s'exprime et pas forcément tout le monde, il est donc nécessaire de contextualiser les informations. Par ailleurs il est aussi difficile de trouver toutes les informations disponibles sur un sujet : les moteurs de recherche ne référencent pas tout. Il faut donc savoir où chercher, connaître les lieux que fréquentent les leaders d'opinion. Fondamentalement ça ne change pas la manière dont les scénarios sont élaborés. Par contre en termes d'imagination et de champs des possibles, Internet permet des choses impensables jusqu'alors. On peut modéliser certaines idées et les faire visualiser en 3D, par exemple.
Justement, on a l'impression que tout va de plus en plus vite et dans des directions parfois inattendues. Cela ne complique-t-il pas votre tâche ?
Non. D'une part il faut prendre garde aux effets de mode. Il faut savoir prendre du recul et se couper du bruit. D'autre part, l'intérêt d'Internet c'est que le passé est archivé. On peut donc faire des projections sur le long terme et identifier les tendances lourdes. Par ailleurs, la tendance générale veut que les gourous du web sachent de quoi l'avenir d'Internet sera fait. Mais il faut aussi s'intéresser aux sociologues et aux historiens. On a des gens qui dessinaient déjà dans les années 1950 et 60 ce qu'on vit aujourd'hui. Facebook a changé les usages, mais si ça marche, c'est aussi parce que les gens sont mûrs. La technologie vient simplement permettre à des tendances sociologiques de se manifester. Et ces tendances, elles ont été identifiées il y a longtemps. Notre travail n'est donc pas lié qu'aux technologies.
* Strenght Weaknesses Opportunities Threats (SWOT)

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1 Commentaire

même si tout cela est vrai, j'émettrai 2 remarques qui me viennent à la lecture:
- quand on lit les pères de la prospective et notamment michel godet, on apprend que la prospective ce n'est surtout pas de la prédiction ;
- j'ai le sentiment en lisant qu'on parle surtout de veille et de l'information qu'elle permet de récupérer au service de l'exercice prospective (veille améliorée grâce aux outils internet et réseaux)...

Soumis par gourdon (non vérifié) - le 27 juin 2010 à 20h07

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