"Au Québec, le microcrédit est une activité qui démarre"

Par 26 mai 2009

Méconnaissance des particuliers, frilosité des banques... La microfinance ne connaît pas encore son heure de gloire dans la région. Une situation en train de changer. Entretien avec Jean-Bernard Fournier, de Développement International Desjardins.

 L'Atelier : Le microcrédit est-il développé au Québec ou est-il encore considéré comme un secteur d'activité marginal ?
Jean-Bernard Fournier (*) : La microfinance est une activité encore en démarrage. A l'échelle du pays, il existe une organisation qui centralise les initiatives et qui cherche à développer le secteur : le Réseau québécois du crédit communautaire (RQCC). Il dispose d'une douzaine d'antennes dont le but est d'aider les petits entrepreneurs à bénéficier d'un crédit - entre deux et quatre mille euros - et à mettre en place un réseau d'affaires pour favoriser l'auto-emploi. Pour populariser la notion de microcrédit, le RQCC a d'ailleurs lancé une journée nationale du microcrédit.
Desjardins fait partie de ce groupe financier coopératif pour l'accès au financement à tous. Nous intervenons dans les pays en voie de développement, pour les aider à se doter de leurs propres outils de financement populaire. Nous avons six millions de coopérateurs, répartis dans une vingtaine de pays principalement en Afrique francophone. Nous disposons également d'un volet plus modeste d'appui aux organisations qui font du microcrédit. Mais la route est encore longue : il faut parfois se battre avec des petits moyens et une mauvaise reconnaissance.
Comment expliquer ce faible déploiement sur le territoire?
Il y a plusieurs raisons. La population connaît encore assez mal le concept de microcrédit : plus de 85 % n'en a jamais entendu parler. Il faut dire qu'au Québec, l'accès au crédit a longtemps été tellement facilité que les gens ne voient pas véritablement l'intérêt de débloquer des petits crédits pour les micro-entreprises ou des particuliers. Il était par exemple possible d'avoir une carte de crédit même sans avoir d'emploi.
Quant aux institutions financières, beaucoup estiment que le coût du microcrédit reste prohibitif pour elles. Depuis peu, le gouvernement a annoncé prendre en charge l'infrastructure, en confiant aux banques la tâche d'accompagner les petites entreprises. Mais si le nombre de demandes a explosé cette année, celui des possibilités d'accompagnement n'a pas vraiment augmenté. D'autant qu'avec la crise, on constate un resserrement du crédit.
Les enjeux sont pourtant importants pour les pays qui se dotent de solides infrastructures de microfinancement.
Tout à fait. Le microcrédit représente tout d'abord un important secteur de croissance : dans certains pays, jusqu'à 80 % de l'économie est informelle. Les organisations ont tout intérêt à occuper cet espace. Le microfinancement est aussi porteur de valeurs importantes d'entraide mais aussi de prise en charge personnelle de son destin. Autant de notions qui prennent tout leur sens en cette période de dérives financières. Ce sont les grandes entreprises financières qui ont le plus de moyens pour aller vers plus de responsabilité sociale. On pourrait craindre que cela ne soit pour elles qu'une question d'image alors que pour beaucoup de groupes, cela fait partie de l'ambition de départ.
*Jean-Bernard Fournier est directeur de la communication et des affaires institutionnelles de l'antenne Développement International du groupe financier coopératif Desjardins, partenaire du Webcom Montréal.

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