Les rats de laboratoire quittent le navire

Par 08 septembre 2010
Mots-clés : Amérique du Nord

Ce titre ne signifie rien, je préfère le reconnaître tout de suite. Mais l'idée est tout de même de vous parler de rats. Non pas les rats de bibliothèques - que je connais bien, pour avoir passé un certain temps à Beaubourg ou à la BSG, dans ma prime jeunesse -, ni les petits rats de l'opéra - que je connais mal, bien que l'Atelier se situe à quelques dizaines de mètres seulement de l'Opéra Garnier. Je ne vais pas non plus vous parler de Ratatouille, même si cela me permettrait de glisser une référence culturelle de premier plan, encore moins de la Peste d'Albert Camus, pour citer une œuvre culturelle moins considérable.
Non, non, non. Aujourd'hui, nous allons nous intéresser aux rats de laboratoire.
Pauvres bêtes. Subissant mille supplices, quotidiennement. Petits mammifères sur lesquels les scientifiques testent les vaccins les plus inaboutis, les traitements les moins efficaces, les potions les plus venimeuses. Petits rongeurs que les chercheurs exposent aux radiations, aux ondes des téléphones portables, au gaz, à la chaleur, aux odeurs les plus nauséabondes. J'en rajoute peut-être un peu, car je ne sais pas concrètement comment ça se passe, dans ces fameux laboratoires. Mais globalement, je pense pouvoir affirmer sans erreur que l'on fait endurer aux rats de nombreux maux, pour notre salut à tous. L'espèce humaine valant bien plus que ces bêtes rampantes qui font frémir lorsqu'on les croise au détour d'une ruelle, à la sortie d'une bouche d'égout.
Pendant des décennies, les scientifiques - enfin, les plus exploités d'entre eux - avaient pour tâche d'observer pendant des heures le comportement de ces bestioles, à l'intérieur de leur cage. Pour noter leur déplacement, avec précision, et ainsi analyser les répercutions des traitements que d'autres scientifiques - moins exploités - leur faisaient subir avec cruauté. Tâche ingrate, pour le moins, vous en conviendrez, que de regarder un rat évoluer dans sa cage pendant une longue période.
Thomas Serre, chercheur à l'université de Brown, a inventé un système basé sur les nouvelles technologies qui supprime enfin cette corvée. Avec des collègues du MIT et de l'Institut de technologies en Californie, il a développé un programme informatique qui permet d'identifier automatiquement - à partir de séquences vidéo - le comportement de ces petits rongeurs. Un logiciel construit en open-source peut en effet analyser plusieurs heures de vidéo, et résumer les principales actions, image par image, au système informatique. Avec un taux de réussite, par rapport à une observation humaine minutieuse, proche de 60%, ce qui est pas mal quand même.

Les rats de laboratoire ne quitteront donc pas le navire aujourd'hui. Mais les scientifiques autrefois exploités pourront sereinement partir découvrir au-delà des mers de nouvelles espèces, bien plus exotiques.
Pour leur plus grand bonheur.

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