"La réalité augmentée doit être un moyen, pas une fin"

Par 15 décembre 2009
Mots-clés : Smart city

Les initiatives se multiplient pour rendre les produits culturels plus multimédia. Un facteur différenciant si on sait l'utiliser. Entretien avec Branislav Péric, directeur média de Duke interactive.

Duke Interactive est une agence spécialisée dans les expériences numériques.
L’Atelier : Jacques Attali vient de sortir son "hyperlivre", Sinik intègre de la réalité augmentée à son dernier album... Que pensez-vous de ces initiatives ?
Branislav Péric : Il y a une suite de lames de fonds, tout le monde se précipite là-dessus depuis six mois. Les marques, les magazines cherchent à rendre leurs produits plus interactifs. C’est dans l’air du temps. Je suis assez sceptique la plupart du temps, même si c’est un bon exemple de ce que permet le numérique aujourd’hui. Dans le cas d’un livre ou d’un CD, on enrichit l’expérience de l’utilisateur. C’est un facteur différenciant, on donne accès à un contenu unique à l’acheteur.
Est-ce un effet de mode ou un mouvement de fond ?
Pour moi, cela va se limiter à quelques initiatives, je ne vois pas cela comme quelque chose de durable. C’est un sujet qu’il faut prendre avec beaucoup de pincettes. Beaucoup des projets qui sont sortis récemment semblent intéressants sur le papier, et puis l’expérience s’avère souvent assez pauvre et décevante. Il faut réfléchir à ce qu’on va en faire. Je pense qu’avec le temps ce type d’applications se restreindra là où elles apporteront de la vraie valeur.
Par exemple ?
Ce quoi doit prédominer, c’est le contenu, sa créativité. Par exemple ce qui contient des descriptions très riches, un univers très particulier, et si on arrive à le retranscrire avec la réalité augmentée, c’est intéressant. Mais vouloir l’intégrer à tout prix, sans savoir pourquoi, ça n’a pas de sens. La réalité augmentée doit être un moyen, pas une fin.
Peut-on dire que cela constituera une planche de salut pour les secteurs de l’édition, de la presse, de la musique ?
Ca fait des années que l’industrie de la musique cherche une issue en proposant de nouveaux packaging, en se présentant de manière plus valorisante, et ça n’a pas très bien fonctionné. Pour moi le livre devrait plutôt regarder du côté des nouveaux appareils de lecture. La réalité augmentée ne sauvera pas ces secteurs. C’est très certainement une avancée, mais ça n’est pas la panacée. Il faut faire attention à ce à quoi elle va servir. Par ailleurs, il reste beaucoup de barrières à l’usage.
C’est à dire ?
Souvent ce qui est proposé nécessite l’impression d’un code et l’utilisation d’une webcam. C’est clairement un frein à l’usage, il faut qu’il y ait un vrai intérêt derrière pour que les internautes entreprennent ces démarches.
Et le mobile dans tout ça.
Ce qu’apporte le mobile, c’est une dimension sociale. C’est vrai qu’on aura plus tendance à utiliser ce genre de technologies si on peut le partager directement avec les personnes autour de nous.

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