"Le recrutement via les réseaux ne marchera que si on y met vraiment du lien"

Par 04 juin 2012
Mots-clés : Smart city, Europe
Marie-Pierre Fleury

Le fait de recruter en se servant des réseaux sociaux ne doit pas être vu que comme un canal supplémentaire pour trouver des candidats, mais comme un moyen de revoir les interactions entre individus au sein de l'entreprise.

 

Entretien avec Marie-Pierre Fleury, dirigeante d'id-carrières.com, à l'occasion du Web2Day, qui se tenait les 31 mai et 1er juin à Nantes.

L'Atelier : Pendant l'atelier que vous avez animé, votre credo était de dire que le profil social n'est pas un CV. Pour que le recrutement 2.0 se développe vraiment, vous estimez donc qu'il y a des changements à apporter aux outils actuels ?

Marie-Pierre Fleury : Oui, dans un monde professionnel où l'on va rencontrer de plus en plus de profils atypiques, le recrutement via les réseaux sociaux ne marchera que si on y met vraiment du lien, de l'humain.

Pour moi, à terme, sur les réseaux sociaux professionnels, il faudrait que le profil social de l'individu se découpe en deux volets : le premier étant une mini biographie, dans laquelle la personne devra mettre en avant son identité professionnelle, ses aspirations, ses projets, ses compétences professionnelles et sociales, etc. Elle devra sortir de la simple transcription de son titre. Cette biographie sera une introduction au réseau, qui permettra d'éviter la rigidification, le fait de vouloir repérer quelqu'un par rapport à un titre et une entreprise. Ce qu'ont encore tendance à faire les entreprises.

Si une société contacte la personne après avoir apprécié ce qui ressort de son profil, cette dernière, si elle accepte la mise en relation, pourra alors lui donner accès au deuxième volet, avec son CV détaillé.

Cette approche par la personnalité, par les compétences, par l'intérêt que l'on peut avoir pour une personne et non pas pour un CV, ne risque t-elle pas de compliquer la tâche des RH ?

Non, car le modèle économique du recrutement via les réseaux sociaux passe par la marque employeur et mobilise les salariés sur ces objectifs de recrutement. Le salarié a connaissance du besoin de sa société, sur la nécessité de trouver une nouvelle ressource. S'il connaît dans son réseau des profils qui lui semblent convenir, c'est lui qui va les transmettre aux ressources humaines.

Dans ce modèle, le salarié aussi est gagnant : via des bonus, une visibilité, une reconnaissance. Pour moi, un salarié impliqué dans les objectifs de l'entreprise et qui sent qu'il compte  est un salarié plus engagé, plus motivé. Le web social est une excellente réponse pour remettre du lien dans l'entreprise, pour créer de l'engagement.

Pour vous le recrutement plus social peut donc avoir un impact organisationnel sur l'entreprise et sur son fonctionnement ?

En effet, implémenter des processus sociaux est avant tout une stratégie liée au modèle économique avant une révolution sociale. Côté recrutement, c'est un premier pas vers un changement de paradigme. Cela permettra de mettre en place une démarche moins automatisée que la CVthèque, et du coup, devrait contribuer à redonner plus de sens au métier de RH. Et puis surtout, quand une personne en recrute une autre en mode 2.0, elle est obligée ensuite de la gérer en mode 2.0 également, c'est-à-dire de manière plus qualitative. Cela a ensuite de fortes chances de voir cet état d'esprit se prolonger dans le management de l'entreprise. Je suis persuadée que cela peut être à la base d'une modification de l'écosystème, qui pourrait accélérer la mise en place d'une organisation par projets, et non plus par métiers.

 

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