« Redonner une culture numérique », le partenariat Bayard/Simplon place l’humain au centre

Par 06 mai 2015
Bayard

L’innovation ouverte touche aussi le monde de l’écrit. Entre le grand groupe de presse et d’édition Bayard et la jeune école d’informatique Simplon, un partenariat tente de faire progresser élèves et salariés ensemble.

Depuis plusieurs années, Simplon.co apprend le code aux jeunes non-diplômés pour les réinsérer dans le marché de l’emploi. Désormais l’école se lance dans un partenariat en innovation ouverte avec le groupe d’édition et de presse Bayard. Entretien croisé avec Cédric Naux, directeur du développement numérique chez Bayard, Violaine Chaurand responsable des développements de projet du groupe de presse et Mathilde Aglietta, chef de projet chez Simplon.

L’Atelier : Comment est né ce désir de collaboration entre un grand groupe et une jeune école d’informatique ?

Cédric Naux : L’histoire démarre sur les réseaux sociaux. J’ai vu passer un tweet sur un concours Samsung de jeunes entreprises. L’une d’entre elles cherchait à créer du lien social, à remettre des gens dans le courant du travail à travers le code. Il s’agissait de Simplon. Quelques mois plus tard, Violaine décidait d’organiser une journée dédiée à l’innovation chez Bayard durant laquelle tout le monde s’arrête de travailler pour réfléchir à ce qui peut changer dans le groupe. Et nous nous sommes dit qu’il serait intéressant de rencontrer les responsables de Simplon à l’occasion de cette journée pour réfléchir ensemble.

Violaine Chaurand : Nous avons vite embarqué ensemble pour cette journée dédiée à l’innovation durant laquelle les responsables de Simplon ont animé des ateliers sur les drones, les Google glass, etc. Certains des étudiants sont même venus présenter leur projet. Nous nous sommes entendus et avons décidé de monter ce partenariat autour de trois projets.

Mathilde Aglietta : Dès le départ, l’idée était de trouver comment on avance ensemble petit à petit ; comment on s’immerge les uns dans la culture des autres et inversement de manière à donner aux équipes de Bayard le moyen de s’approprier les pratiques du numérique. Cela signifie comprendre le domaine ses enjeux et ses outils. Nous avons donc défini trois titres : Okapi,  Les Dossiers de l’actualité (issu de Phosphore) et La Croix.

Le partenariat vise à faire évoluer trois titres Bayard. Chacun avec une cible différente.

Concrètement, comment va se dérouler ce partenariat en innovation ouverte ?

Cédric Naux : Nous avons tout d’abord mis en place une journée de formation. Le principe était de redonner aux équipes une culture du numérique. Nous sommes repartis des bases en expliquant le fonctionnement d’Internet, les aspects un peu techniques en somme. Puis nous avons abordé l’impact du numérique sur nos activités d’édition et de presse. C’était une première phase d’immersion pour Simplon qui a participé à la formation. Nous nous sommes alors rendus compte d’un aspect intéressant : les journalistes ont apprécié avoir en face d’eux des personnes qui se servaient du numérique pour réinsérer des gens dans la société. Des gens qui n’avaient rien d’autre à vendre que cet espoir-là. Cela changeait leur point de vue : ils n’avaient jusqu’alors eu affaire qu’à des sociétés qui cherchent à vendre des solutions. Au finale il s’agit plus une rencontre que d’une collaboration pour créer une application ou un site. Nous ne savons pas ce que nous allons faire. C’est une vraie démarche d’innovation ouverte.

Violaine Chaurand : Après cette journée de formation, nous avons posé par rapport aux trois titres évoqués, trois problématiques liées aux cibles différentes. À partir de là Simplon nous a proposé une méthode de travail. D’abord, une première phase d’immersion de Simplon à Bayard durant laquelle les gens de Simplon sont venus en conférence de rédaction pour comprendre le fonctionnement des métiers. Nous sommes en train d’entamer la phase 2 au cours de laquelle les équipes de Bayard vont découvrir le travail de Simplon.

« Lorsque l’on parle de numérique, on parle de la difficulté à capter un lecteur qui a changé. »

Mathilde Aglietta : La phase 3 correspond à l’axe du design thinking : on met les titres et leur fonctionnement au regard des usages. Car lorsque l’on parle de numérique, on parle de la difficulté à capter un lecteur qui a changé. Le design thinking va nous aider à réfléchir à ces usages. Nous ferons cela à travers des ateliers avec les salariés. Cela va nous permettre de préparer la phase 4, à la rentrée, soit la phase durant laquelle nous allons commencer à produire sous forme de challenges par exemple avec des équipes composées d’élèves et de salariés pour inventer et créer de nouvelles solutions.

Que peut apporter ce partenariat à Bayard et à Simplon respectivement ?

Cédric Naux : L’idée c’est de faire prendre conscience aux équipes que le code ce n’est pas si compliqué. Lorsque l’on vient d’une filière littéraire, comme c’est beaucoup le cas chez Bayard, la relation à la technologie est toujours un peu ambiguë : on fait souvent faire les choses par un développeur à l’extérieur, le développement intéresse peu. En mettant les élèves codeurs qui expliquent ce qu’ils font, nous espérons que les salariés comprennent ce qui se passe et que les équipes de rédaction ne vivent plus le rapport à la technique comme une contrainte mais l’intègre à leur travail. Le but est de comprendre que dans le champs du numérique le contenu évolue, les usages changent et pourtant il faut continuer à communiquer.

Mathilde Aglietta : Pour nous, ce qui est intéressant c’est de découvrir des métiers que l’on ne connaît pas ou peu : dans les domaines de l’édition et du journalisme. Pour nos élèves c’est crucial parce que dans la phase 4 ils vont rencontrer les salariés de Bayard pour travailler ensemble. Nous allons ainsi croiser des niveaux de compétences différents et surtout des milieux différents. Cela nous paraît nécessaire dans notre visée pédagogique. Nous leur apprenons le développement web pour s’insérer dans le marché du travail mais ils ont énormément d’autres choses à apprendre. C’est en cela que ce partenariat est vraiment intéressant pour nous.

À travers des rencontres, la collaboration Bayard/Simplon veut faire progresser élèves et salariés ensemble.

L’édition jeunesse innove beaucoup, on l’a vu. Comment avez-vous abordé ce secteur pour innover ?

Cédric Naux : Le marché jeunesse est intéressant car c’est le parent qui achète pour l’enfant. L’acheteur n’est pas l’utilisateur. Dans notre cas, nous nous appuyons donc sur nos retour d’expériences dans le marché jeunesse avec nos échecs et nos succès pour les mettre au service de nos publications adulte afin d’aller plus loin. Dans le cadre de nos projets récents l’idée était de comprendre comment on engage le lecteur dans une relation avec l’éditeur. Tous les éditeurs cherchent à trouver une solution nouvelle. Ce n’est pas simple. Bien souvent, un éditeur est égal à une solution. Car au-delà de l’écrit, la façon de dont on découvre et on s’engage avec le contenu est aussi important que le contenu lui-même.

« Nous appuyons sur nos retour d’expériences dans le marché jeunesse (...) pour les mettre au service de nos publications adulte afin d’aller plus loin. »

Mathilde Aglietta : En effet la question est là : comment l’information est affichée et comment peut-on créer un lien avec le lecteur ? Ce sont des problématiques d’actualité que tout le monde tente de résoudre jusqu’à Google qui réfléchit à son interface Gmail pour faciliter l’accès à l’information. Chez Bayard il y a une vraie approche du changement numérique. Cela se fait petit à petit, sans révolution du jour au lendemain.

À l’avenir comptez-vous étendre ce partenariat ?

Violaine Chaurand : Nous partons pour un an et nous nous sommes dit qu’il s’agissait d’un gallo d’essai. Nous avons envie de faire d’autres choses avec Simplon. Il n’y a pas de raison pour que cette collaboration s’arrête à la fin du partenariat.

Cédric Naux : Nous ne savons pas où ce partenariat va aboutir. Mais nous savons que les collaborateurs apprennent énormément et que cela crée du désir pour le numérique. En cela, la prochaine étape de rencontre avec les étudiants va être critique. C’est très humain finalement, pas très geek : on met ensemble des gens d’horizons différents pour les faire progresser.

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