Les réseaux en ligne renforcent l'inertie sociale

Par 19 août 2009 1 commentaire
Mots-clés : Digital Working

Les classes moyennes et supérieures usent de leurs connaissances professionnelles et personnelles à des fins stratégiques. Les services web qui structurent ces relations accentuent cet état de fait.

« Les réseaux sociaux en ligne ne créent pas les inégalités sociales mais ils peuvent les accentuer », avance Dominique Cardon, sociologue au Laboratoire des usages d'Orange Labs interrogé par l’Atelier. Il confirme ainsi pour Internet les résultats d’une étude menée par l’Université du Kent. Cette étude montre l’importance du capital social (l’ensemble des membres du réseau d’une personne) dans l’attribution de positions libérales ou managériales. Les classes moyennes ont accès à un réseau plus divers et moins fermé socialement que celui des classes populaires. Et cette distinction se retrouve sur Internet. Même si la population de Facebook est socialement très diverse, "c’est un réseau qui est essentiellement utilisé pour les liens amicaux", rappelle Dominique Cardon. "Professionnellement, c’est plutôt sur LinkedIn ou Viadéo que cela se joue, des réseaux auxquels les personnes peu qualifiées ne sont pas inscrites".
De l’utilité des simples connaissances
Le vrai changement apporté par les réseaux en ligne tient dans le fait qu’ils gardent en mémoire un réseau déjà existant et qu’ils en facilitent l’accès. Leur développement récent a également permis une inflation du capital social, mais à la marge. "Pour ce qui constitue le cercle des proches (famille, amis, collègues...), cela n’a pas changé grand chose, mais cela a permis d’élargir le cercle des connaissances et des amis d’amis", précise Dominique Cardon en se référant à une étude* fameuse.  "Et ces ‘liens faibles’ sont importants puisqu’ils donnent accès à un réseau et à des ressources différents des nôtres".  Leur importance dans la carrière d’un individu a d’ailleurs été démontrée dans de nombreuses études. Même si on observe que les réseaux sociaux peuvent aussi donner accès aux classes populaires à des réseaux qui leur sont habituellement fermés, cela reste un phénomène encore marginal.
Les réseaux masculins plus stratégiques
L’étude britannique montre aussi que les hommes ont tendance à recourir à leur réseau plus facilement que les femmes. Pour Dominique Cardon, le problème est plus une question de contenu que de technique. "Alors qu’il existe une blogosphère féminine très dense et très diverse, l’élite de la blogosphère reste essentiellement masculine", constate-t-il. On retrouve sur Internet les mêmes schémas et la même répartition des contenus thématiques par sexe que dans la société. « Et comme dans la société il existe une hiérarchisation de ces centres d’intérêts". Valérie Beaudouin, enseignant-chercheur à Télécom ParisTech, confirme ce constat : "Les hommes n'ont pas forcément plus de contacts que les femmes, mais leur structure est différente". Plus de relations avec des collègues, des amis, des connaissances et moins de place pour les relations familiales. "Les réseaux masculins sont donc socialement plus utiles que ceux des femmes".
* Mark Granovetter, The Strengths of Weak Ties, 1973

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1 Commentaire

Vous avez dû faire une petite erreur de frappe dans le chapô : l'usage des réseaux perpétue cet "état de fait" et non pas cet "été de fait".Coquille corrigée ! Merci de votre intervention.
Cordialement,
La rédaction

Soumis par florence (non vérifié) - le 19 août 2009 à 22h53

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