“Les réseaux sociaux éphémères découlent de l’envie de ne pas avoir de stock.”

Par 26 février 2014 1 commentaire
réseaux sociaux éphémères

Quels sont les enjeux des réseaux sociaux éphémères ? Pourquoi tant d’engouement ? L’instantanéité ne serait pas l’unique réponse.

Pourquoi les réseaux sociaux éphémères sont-ils si populaires ? Quelques éléments de réponse avec Laurence Allard, sociologue, maîtresse de conférences en Sciences de l’information et de la communication à l’Université de Lille 3 et Ofer Attali, DG de Pops’IT, pendant un entretien croisé réalisé dans le cadre de l’émission L’Atelier numérique.

L’Atelier : Laurence Allard, vous avez observé cette envie d’éphémère, de ne pas laisser de traces ?

Laurence Allard : Plus que ne pas laisser de traces, l’attrait pour ces réseaux sociaux éphémères découle de l’envie de ne pas avoir de stock. On voit bien que ces applications type Snapchat qui justement permettent de ne pas stocker des images dans les téléphones, tendent à se substituer aux MMS/SMS. On a constaté, par exemple, en Grande Bretagne, que pour la première fois depuis 30 ans, le nombre de SMS/MMS ont baissé par rapport aux applications OTT (Over-the-top), les Snapchat, What’s App...

Pourquoi ?

C’est aussi qu’on ne veut pas stocker parce qu’on communique de plus en plus par l’intermédiaire d’images ou d’images commentées, ce qui engendre une masse d’images ordinairement stockées dans des albums photos. Communiquer par image via ces applications éphémères permet de ne pas avoir d’archives.

N’est-ce pas aussi dans l’idée de stocker que ce qui nous est véritablement utile ?

Oui. Ce qui nous est utile, ce qui nous est cher. Certes, on communique de plus en plus par le biais d’images, avec son réseau, ses contacts. Se développe un usage quelque peu introspectif du mobile. A savoir qu’avec la photo mobile, on pense synchroniser à la fois émotions et l’expression. L’éphémère, ici, est dans l’instantanéité, la synchronisation entre ses pensées et ses capacités à les exprimer à travers différents moyens, par exemple, la photographie.

Ofer Attali, vous qui avez développé un réseau social éphémère à destination des entreprises, S’bubble, est-ce une tendance que vous confirmez ?

Ofer Attali : Oui, tout à fait. Je crois qu’il faut aussi mettre ça en regard des problématiques de Big Data et d’analyse de données. Elles posent des problèmes en  matière de ROI autour de ces données connectées. Aujourd’hui, du moins dans le monde de l’entreprise, un des grands enjeux est le traitement de l’information avec des volumétries importantes. Plus on donne accès à des systèmes à données pérennes, plus on va devoir les rentabiliser et les traiter. Ce qui engendre d’autant plus de soucis que l’entreprise a des difficultés à analyser tout ça. Donc oui, il me semble qu’entrer dans des schémas où on laisse de moins en moins de traces simplifierait la problématique de l’entreprise en matière d’analyse de l’information.

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1 Commentaire

Nous avons tous besoin d'organiser nos interactions facilement, de réduire la charge d'attention nécessaire pour les gérer. Pouvoir segmenter l'éphémère vs. le 'à conserver' ou le privé vs. le public est donc une envie naturelle.

Dans la sphère personnelle, l'éphémère est malheureusement un leurre pour ceux qui ne veulent pas que leurs informations soient exploitées, tracées. Mais ce n’est pas parce qu’on efface que ce n’est gardé ou exploité sous une forme ou une autre. Il y a toujours des traces. Le contenu des messages, les photos, etc n'intéresse pas WhatsApp: c'est vos réseaux de proches, la fréquence et le type de relation, le lieu, etc qu'ils veulent exploiter. Et ils ont ces informations...

Les entreprises quant à elles sont confrontées à des interactions de plus en plus multiples et variées - aussi bien avec un petit nombre de personnes qu'un grand nombre, pour des coopérations brèves ou longues. Elle cherchent donc à éviter que toutes ces interactions soient dispersées dans une multitude d'outils non partagés, non reliées.
Elles veulent aussi nous débarrasser de la surcharge liée à une structuration trop formelle, tout en permettant à chacun (et à tous) de capitaliser facilement sur les ressources persistantes sur lesquelles nous travaillons ensemble et que nous partageons.

Les réseaux sociaux d'entreprise ont été une première tentative. Mais, s'ils apportent une meilleure connaissance des autres et permettent à quelques uns de propager leur savoir... ils ne facilitent pas le travail de chacun au quotidien.

La caractéristique "éphémère" n'est pas recherchée par les entreprises.
Quand on démarre une interaction collaborative (message, tâche, document, etc) on ne sait pas encore comment elle va évoluer, qui sera impliqué, qui en aura besoin et à quel moment, etc.

L'enjeu, c'est l'agilité et la continuité.

Que la collaboration soit brève ou étendue dans le temps, l'idée est de pouvoir catégoriser et typer facilement et le plus tôt possible nos activités, pour qu'elles soient éventuellement utilisables par les personnes qui en (aur)ont besoin, sans effort, ni déperdition d'énergie.

Soumis par Chris Gagin (non vérifié) - le 27 février 2014 à 10h42

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