Robopolis : "les robots utilitaires remportent un grand succès"

Par 31 mars 2006

Jérôme Damelincourt, dirigeant du magasin Robopolis, a accepté de nous donner sa vision de la robotique, un monde qu'il côtoie depuis toujours. A l'heure où Asimo sert le café et parle à son...

Jérôme Damelincourt, dirigeant du magasin Robopolis, a accepté de nous donner sa vision de la robotique, un monde qu'il côtoie depuis toujours. A l'heure où Asimo sert le café et parle à son interlocuteur, on peut se demander dans quelles directions se dirige la robotique.
 
L'Atelier - Bonjour Jérôme Damelincourt. Les gens viennent de loin pour venir visiter Robopolis. Comment avez-vous eu l'idée d'ouvrir un magasin dédié aux robots ?
 
Jérôme Damelincourt - En 2000, j'ai décidé de créer le site Internet vieartificielle.com. Devant son succès et l'enthousiasme du public, j'ai ouvert Robopolis en 2003. A l'occasion de l'ouverture de la boutique, j'ai également créé un site Internet dédié robopolis.com. C'était un vieux rêve que je n'ai jamais lâché.
 
Quelle sorte de public accueillez-vous chez Robopolis ?
 
Il y a deux types de cibles : les passionnés actifs et les passionnés passifs. La première catégorie comprend les personnes qui veulent assembler leurs propres robots et les voir fonctionner alors que la deuxième rassemble les enfants et les passionnés de science-fiction. Aujourd'hui, ce que les livres et les films de science-fiction décrivent, la technique peut véritablement le créer. Au fond, certaines choses ne relèvent plus de la science-fiction mais bien de la réalité.
 
Vous vendez toutes sortes de robots : figurines, robots utilitaires, gadgets, etc. Quels produits marchent le mieux ?
 
Les robots utilitaires remportent un grand succès. Le Roomba est un aspirateur autonome (voir notre sélection). Le RC 3000 lave le sol seul et silencieusement. Nous avons aussi un robot tondeuse etc. Aujourd'hui, ces produits ne sont pas beaucoup plus chers que leurs équivalents traditionnels. Le Roomba est au prix d'un bon aspirateur et ces robots sont techniquement très bons.
 

 
Pensez-vous que le modèle économique - la vente de robots - que vous exploitez est celui qui va le plus se développer ? Ne pensez-vous pas que la location de robots va le surpasser ?
 
Je pense que les deux vont se développer parallèlement. Les gens vont continuer à acheter des robots pour assurer des fonctions précises dans la maison comme le nettoyage du sol, l'envoi de messages ou encore la commande de la télévision. A un horizon de cinq ans, j'imagine bien que des robots soient loués par de grandes entreprises pour par exemple distribuer des catalogues dans des salons. La location et la vente seront utilisées avec des objectifs différentes : on ne va pas louer Asimo pour chez soi au prix qu'il coûte.
 
Si Sony, avec ses très gros moyens, a dû arrêter la production de son Aibo, cela ne montre-t-il pas que les robots sont trop chers à développer et qu'ils ne sont pas assez rentables ? Y a-t-il un risque pour que les entreprises abandonnent les recherches sur la robotique ?
 
Aibo était une vitrine technologique pour Sony. Le japonais a dû tout créer d'Aibo, depuis la technologie qui permet à un robot d'avancer à quatre pattes. Aibo, c'était de l'innovation permanente. Les dépenses réalisées par Sony en recherche ne sont plus à faire. Les entreprises pourront maintenant vendre des robots de type Aibo beaucoup moins cher. C'est comme la micro-informatique, au départ, la fabrication des ordinateurs coûtait très cher et les produits étaient très peu rentables mais la combinaison de l'effet d'apprentissage et des économies d'échelle a permis à la micro-informatique d'arriver au stade où elle en est aujourd'hui. D'ici quinze ans, le marché de la robotique aura dépassé celui de l'informatique.
 
Je suis allée vérifier sur le site d'un grand magasin d'électroménager, ils ne vendent pas de Roomba. J'étais très étonnée. Ne trouvez-vous pas cela surprenant ? Quand les robots grand public intégreront-ils les grandes surfaces ?
 
Non, je ne trouve pas cela étonnant. Les grands distributeurs intègrent de nouvelles références uniquement lorsqu'ils sont sûrs d'en vendre un certain nombre. Aujourd'hui, le Roomba est encore l'apanage des magasins spécialisés dont le rôle est justement de prendre des risques. Cependant, je pense que les robots comme Roomba seront vendus dans les magasins généralistes d'ici un an. Aux Etats-Unis, ils le sont déjà.
 
Pensez-vous que la robotique va plus se développer vers le B2B ou le B2C ?
 
Je ne pense pas que l'un des deux va prédominer là-encore. Le B2B est déjà très développé : médecine, sécurité, militaire... Mais le B2C est aussi un thème de recherche pour un bon nombre d'entreprises.
 
D'après vous, le robot pourra-t-il un jour être l'équivalent de l'homme ? 
 
Il ne faut pas s'emballer. Les capacités du robot sont loin d'atteindre celles de l'homme. Aujourd'hui, on ne peut pas créer un robot qui sache débarrasser une table. On ne sait pas comment expliquer à une machine ce qu'est un verre parce qu'il peut avoir plusieurs formes et être fait de plusieurs composants. Les créateurs de robots footballeurs se sont lancés un challenge : en 2050 (et pas avant), une équipe de robots footballeurs devra battre l'équipe championne du monde de football.
 
Le public ne sera-t-il pas réticent à évoluer avec des robots humanoïdes ?
 
Les gens adorent les robots humanoïdes. Plus ça ressemble à un homme, plus ça plaît. Jusqu'au moment où le robot devient trop humain. Des enquêtes ont montré que personne ne veut d'un robot à poils ou à peau. Mais Asimo, par contre, tout le monde aimerait l'avoir chez soi !
 
Pour en savoir plus sur Robopolis : http://www.robopolis.com/
 
Propos recueillis par Ornella Nomber, pour l'Atelier
 
(Atelier groupe BNP Paribas - 31/03/2006)

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