Le robot MELODY : un pas de plus vers la démocratisation de la télémedecine

Par 01 décembre 2015
La télé-échographie cardiaque contre la fracture sanitaire en France

A l’heure où de nombreuses régions françaises peinent à attirer du personnel médical spécialisé, les évolutions de la télémédecine permettent à toute une part de la population d’avoir malgré tout accès à des soins de qualité.

Une première mondiale a eu lieu dans le Limousin fin novembre avec l’étude de faisabilité de la mise en place de la télé-échographie cardiaque à des fins de médecine cardiologique courante. Grâce à la télé-échographie cardiaque, des patients éloignés des centres de soins ou isolés pourront ainsi avoir accès à une surveillance optimale et à un diagnostic rapide de possibles cardiopathies ou insuffisances cardiaques. Le robot MELODY est un bras télécommandé équipé d’une sonde ultra sonore qui fonctionne à l’aide d’un assistant présent aux côtés du patient. Le robot permet à un cardiologue à distance d’avoir accès sur son écran aux images en temps réel comme s’il était sur place et de diriger la sonde à l’aide d’un joystick. On peut envisager une installation de ce dispositif dans des maisons médicales, des hôpitaux ou encore dans des maisons de retraite. Un système de visio-conférence permet en effet au médecin de dialoguer avec le patient comme s’il était à ses côtés et le réseau est sécurisé par des protocoles d’accès entre le site patient et le site de diagnostic du médecin pour éviter toute fuite de données.

Un électrocardiogramme peut aussi être réalisé en complément pendant ce même examen à distance afin d’assurer l’exhaustivité de l’analyse médicale. La grande nouveauté de la télé-échographie cardiaque par rapport à la télé-radiologie qui est déjà pratiquée depuis plusieurs années est que le transfert d’images se fait en temps réel pendant l’examen et non à l’issue de celui-ci.

Télé échographie et visio conférence

Le Limousin était la région parfaite pour une telle expérimentation étant donné qu’elle a la population la plus âgée de France avec une forte dominante rurale. D’ici à 2030 le Limousin comptera 40% de sa population qui sera âgée de 60 ans ou plus. On y trouve par ailleurs une densité de médecins et de spécialistes inférieure à la moyenne nationale. Le docteur Patrick Dary, cardiologue responsable de cette phase de test, modère : “Toutes ces expérimentations n’ont été possibles que grâce à la présence d’un très bon réseau de fibre optique dans la région. En effet, pour assurer la qualité des images transférées ainsi que leur instantanéité, un réseau haut débit est nécessaire.” Le syndicat mixte DORSAL (Développement de l’Offre Régionale de Services et de l’Aménagement des télécommunications en Limousin) ayant mis en place une infrastructure numérique de qualité dans la zone, qui devrait être équipée à 100% de fibre optique d’ici à 2035, elle avait donc tous les critères pour être le berceau de la télé-échographie en France.

Initialement développé pour un usage spatial, le robot MELODY a été adapté pour un usage courant. L’investissement nécessaire pour se doter d’un tel appareil est de 150 000 euros. Ce type de procédé peut aussi très bien convenir pour les zones militaires où un médecin spécialiste n’est pas forcément présent, ou encore sur les bateaux ou dans les milieux carcéraux. D’ici à 2018 environ, la société AdEchoTech qui est propriétaire du robot espère l’industrialiser et le mettre sur le marché. D’ici là, il reste cependant toute une étude clinique à mener qui devrait durer deux ans. N’oublions pas qu’un modèle économique doit aussi être trouvé étant donné que l’acte médical d’échographie cardiaque à distance n’est pas encore reconnu et que les médecins ne peuvent donc pas être rémunérés en fonction.

Le Docteur Dary, en charge de l’expérimentation qui a eu lieu au moins de novembre pour le robot MELODY, expérimente déjà depuis quatre ans des valises de télémédecine pour suivre les pathologies cardiaques de ses patients. Mille d’entre eux ont ainsi pu rentrer chez eux avec des petites valises contenant des capteurs et outils de contrôle leur permettant de mesurer et de transmettre quotidiennement des informations à leur médecin pour assurer un traitement le plus personnalisé possible que ce soit pour l’analyse des troubles d’urine ou encore des insuffisances cardiaques. “L’étude a montré que 90% des patients étaient favorables à ce genre de pratiques d’examen à distance ce qui est très encourageant même si la qualité de l’image doit encore faire quelques progrès avant d’être optimale et équivalente à celle d’une échographie sur place. Pour le moment, les images récupérées pendant les phases de tests étaient de 50 à 70% de la qualité des images en présentiel.” Le médecin a par ailleurs pu constater une baisse des hospitalisations de 20% pour les patients suivis par ce dispositif. “Les patients sont très contents de cette mise en place et les personnes âgées notamment apprécient de ne pas avoir à se déplacer pour réaliser leurs examens. C’est d’ailleurs le fait de les voir sereins et rassurés par un bon suivi qui me donne envie de poursuivre les expérimentations de médecine à distance. On pourrait presque dire que faire de la télémédecine c’est faire de l’humanisme.”  

 

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