Le robot se fait le miroir de vos émotions

Par 31 octobre 2008

Jules est une tête d'humanoïde qui reproduit les expressions du visage de celui qui l'observe. Le système fonctionne grâce à un logiciel transformant les images filmées par une caméra en commandes de servomoteurs.

Kismet, la tête de robot créée par des ingénieurs du MIT reproduisait déjà certaines expressions humaines. Mais le fait qu'elle soit en métal n'en faisait pas une imitation aussi réussie du visage humain que Jules, une autre tête de robot, mais en caoutchouc cette fois. Elaborée par un roboticien américain, David Hanson, ainsi qu'une équipe d'ingénieurs en robotique de l'université de Bristol, Jules est capable d'imiter les expressions des hommes qui l'observent et les mouvements de leurs lèvres. L'épiderme de cet humanoïde se meut grâce à trente quatre servomoteurs. Les mouvements de l'individu qui l'observe sont enregistrés par une caméra. Un logiciel dédié a du être conçu pour transformer ces images en commandes externes permettant d'activer les systèmes motorisés. Les servomoteurs ne fonctionnant pas comme les muscles du visage, il a fallu prendre quelques libertés. Les services d'un acteur ont été sollicités.
Participation d'un comédien
Ce dernier a été filmé en train de mimer différentes expressions indiquant la joie, la colère etc. Un spécialiste en animation a ensuite été requis pour activer manuellement les moteurs adéquats à chaque fois qu'une image d'expression lui était présentée. Cet entraînement a été nécessaire à l'élaboration du logiciel permettant d'imiter automatiquement les mouvements observés. Jules reproduit désormais la plupart des expressions en temps réel. Il est capable d'en enregistrer plus d'une vingtaine par seconde. Le réalisme de Jules est si saisissant qu'il peut mettre mal à l'aise, rappelant à cet égard le phénomène dit de la "vallée de l'étrange", une théorie élaborée au Japon dans les années 70. Selon cette théorie, la plupart des êtres humains n'auraient pas peur des robots tant qu'ils ne leur ressemblent pas beaucoup mais ils seraient plus gênés dans le cas d'humanoïdes extrêmement réalistes, ne serait-ce que dans la mesure où ils souffrent toujours de défauts, même minimes.
"Uncanny Valley"
"Nous sommes très attentifs aux expressions d'un visage et une toute petite invraisemblance peut suffire à nous déstabiliser", déclare au New Scientist Kerstin Dautenhahn, un chercheur en robotique à l'université de Hertfordshire. Les auteurs de Jules expliquent qu'atteindre l'autre côté de la vallée, c'est-à-dire inventer des robots rigoureusement indiscernables d'un point de vue physique des êtres humains, n'en serait pas moins très utile dans des domaines tels que l'assistance médicale ou à domicile. La communication entre les robots et les personnes auxquelles ils rendent des services en serait en effet facilitée. Kerstin Dautenhahn préfère pour sa part questionner les implications éthiques d'un tel usage d'humanoïdes faisant totalement illusion : "exposer des individus vulnérables, par exemple des enfants ou des personnes âgées, à des machines qu'ils pourraient prendre à tort pour de véritables êtres humains et donc auxquelles ils pourraient s'attacher me semble tout de même problématique".

Mentions légales © L’Atelier BNP Paribas