Le robot s'éduque sans l'homme

Par 26 mars 2008
Mots-clés : Smart city

Le projet COSPAL développe un androïde qui s'intègre à son environnement sans re-programmation. Cette faculté d'adaptation ne lui permet pas encore d'être autonome : elle correspond à celle d'un jeune enfant ou d'un chiot.

Les systèmes robotisés ne doivent pas viser immédiatement la performance, ils peuvent l'acquérir. C'est l'un des constats réalisés par le projet d'envergure européenne COSPAL, qui travaille sur un androïde doué d'une capacité de réflexion équivalente à celle d'un enfant de deux ou trois ans. Comme ce dernier, le robot peut progresser et acquérir des compétences au fur et à mesure, et surtout apprendre à résoudre lui-même des tâches complexes sans avoir besoin d'être programmé. Une application jusqu'à présent difficile à mettre en œuvre : s'ils étaient confrontés à un changement de leur environnement habituel, les systèmes robotisés le percevaient mais n'étaient pas forcément capables d'y faire face et donnaient une réponse aléatoire. Pour mettre au point cet androïde, les responsables du projet ont combiné les deux principales technologies dédiées à la conception de systèmes cognitifs artificiels : l'Intelligence Artificielle (IA) et les réseaux neuronaux artificiels (ANN, pour Artificial Neural Networks). Des techniques qui, utilisées individuellement, permettent de mettre au point des dispositifs dits intelligents mais capables de réaliser un nombre limité d'applications.
Explorer son environnement
Une fois réunies, les deux solutions permettent au robot d'explorer lui-même son environnement, de se créer des moyens d'interagir et de contrôler ses gestes. Pour l'entraîner, les responsables du projet proposent à la machine de construire un puzzle, sans lui dire comment y parvenir. Ils adoptent alors des principes d'éducation proches de ceux utilisés pour élever un chiot : via deux boutons distincts, ils envoient un signal à l'androïde pour souligner le succès de son action ou au contraire lui signifier son erreur. Selon eux, le robot parviendrait à construire plus rapidement le puzzle à chaque nouvel essai. Les applications possibles sont nombreuses : le projet vise l'intégration du système robotisé dans des véhicules, dans le but de lui faire tenir le rôle de co-pilote. Mais on peut également penser à des robots capables de secourir des personnes dans des environnements contaminés ou accidentés, ou à d'autres destinés à tenir compagnie à des personnes âgées.
Une intégration de la machine
Autant d'usages qui laissent à penser que ce recours à la machine est inévitable : "l'évolution de la société fait que nous sommes désormais obligés d'aller chercher des solutions autres que celles dont nous disposons aujourd'hui, et qui montrent leurs limites", explique à L'Atelier El Mustapha Mouaddib, directeur adjoint du laboratoire de modélisation, information et systèmes de l'université d'Amiens. Cette autonomie grandissante de l'androïde soulève évidemment quelques inquiétudes. Notamment au niveau des limites de la maîtrise que l'homme pourrait en avoir. "Ce débat n'existe pas encore véritablement en robotique. Le secteur n'est pas aussi avancé que celui de la génétique", ajoute le chercheur. Et de conclure : "nous sommes déjà dépassés en quelque sorte par la technique : de plus en plus de systèmes dépendent des ordinateurs et de l'Internet. Nous maîtrisons encore la situation parce que nous pouvons couper ces réseaux, mais il est déjà très difficile de nous en passer".

Quand le robot est un enfant qui s'élève
L'androïde à éduquer semble être le nouveau cheval de bataille des chercheurs : un autre projet européen, ITALK, développe un robot humanoïde aux capacités physiques et mentales d'un enfant de trois ans. Ce dernier, baptisé iCub, sera élevé en suivant les méthodes de développement cognitif appliquées pour les jeunes humains. Ses instructeurs lui apprendront ainsi la logique et le repère dans l'espace en lui faisant placer des objets de forme différente dans des emplacements correspondants.
Maîtriser la grammaire
Il en sera de même pour l'aider à développer ses compétences linguistiques. Le but étant de permettre au robot d'interagir avec son environnement et d'être capable de développer ensuite de manière autonome ses connaissances et compétences. Ce, afin d'être toujours plus fonctionnel. Pour les chercheurs, iCub devrait représenter d'importantes avancées en matière de mise au point de robots "compagnons sociaux".

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