[Salon du Livre] « Ce qui touche à l'imprimerie et la diffusion d'un texte est amené à se transformer »

Par 22 mars 2013 5 commentaires
Jean-Claude Dunyach

L'auto-édition est un procédé qui consiste pour l'auteur à prendre en charge le travail éditorial et la diffusion de son ouvrage. Un modèle viable sur le long terme ? Car pour le moment, elle ne permet pas d'en vivre.

A l'occasion du 33e Salon du Livre qui se tient du 20 au 25 mars 2013 à Paris, rencontre avec Jean-Claude Dunyach, l'un des premiers auteurs à s'être intéressé à l'auto-édition.

L'Atelier : L'auto-édition est-elle l'avenir des maisons d'édition ?

J.C. Dunyach : Pour avoir travaillé comme éditeur, certains manuscrits reçus nécessitent un gros travail éditorial, et l'inconvénient majeur de l'auto-édition provient du fait que n'importe qui peut publier n'importe quoi : extraits de blogs, correspondance... Tout est potentiellement publiable. Ma propre expérience diffère néanmoins de l'auto-édition traditionnelle. Etant informaticien de formation, je me suis servi de l'outil informatique non pas pour éditer de nouveaux livres mais pour rééditer des titres devenus indisponibles. Par ailleurs, la curiosité a aussi joué un rôle dans ce processus, car les outils, comme l'ouverture d'Amazon aux vendeurs de livres numériques, sont enfin apparus, mais personne ne les avaient expérimentés. C'est d'ailleurs pour cela que j'ai bâti un tutoriel à destination d'autres auteurs qui souhaiteraient franchir le cap de l'auto-édition, et l'ai mis à disposition sur mon site Internet. Il fallait se documenter sur cette expérience.

L'Atelier : Pensez-vous qu'à terme, l'auto-édition pourrait être un modèle pouvant se substituer à l'édition traditionnelle ?

J.C. Dunyach : Oui et non. Il me semble que la place du fabriquant sera nécessairement moindre. Il va falloir différencier, comme dans le monde anglo-saxon, les notions d'editing et de publishing. Le modèle du travail éditorial, l'editing, sera conservé car c'est de cela que les auteurs ont vraiment besoin. Néanmoins la part publishing d'une maison d'édition, ce qui touche à l'imprimerie et la diffusion d'un texte, sont amenés à se transformer. Pour bon nombre de personnes, l'auto-édition est plus abordable car les gens peuvent le faire depuis chez eux. Et il ne faut pas oublier que, pour l'instant, même s'il y a eu quelques titres qui fonctionnent bien, l'auto-édition ne permet pas d'en vivre. L'un des avantages majeurs, qui m'ont mené vers l'auto-réédition comme je le disais tout à l'heure, est de ne pas subir l'indisponibilité d'un titre. Il n'y a pas de rupture de stock.

L'Atelier : Voilà pour les avantages. Mais quels sont les inconvénients de l'auto-édition ?

J.C. Dunyach : Le défaut majeur vient du fait que n'importe qui peut publier. Si jusqu'ici on était en situation pléthorique quant au nombre de livres, ce facteur est en train d'être démultiplié par l'auto-édition. Le lecteur ne dispose d'aucun outil, comme le serait un travail éditorial, qui permettrait d'affirmer ce qui est lisible et ce qui ne l'est pas. Le public qui voudra un livre ne saura pas comment choisir parmi les innombrables choix, ce qui est un réel problème.

Le point de vue de l'éditeur : Maud Simonnot, attachée littéraire chez Gallimard

Pour moi, l'auto-édition est une chance pour des milliers de personnes de pouvoir imprimer des textes (souvenirs familiaux, poèmes) qu'ils souhaitent diffuser par exemple à leurs proches. En revanche, il s'agit souvent d'une escroquerie lorsque les gens qui la promeuvent font croire à des écrivains en herbe qu'ils auront avec ce système un vrai livre comme s'ils le publiaient dans une maison d'édition classique. L'ouvrage ne bénéficie du soutien d'aucune distribution ou diffusion s'il est imprimé, et l'auteur se retrouve avec des ventes minuscules. Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un péril pour l'édition traditionnelle pour ces raisons. Cela reste un phénomène encore marginal. Il faudrait une réglementation pour les gens qui ne comprennent pas ce que c'est afin d'éviter, entre autres, les arnaques et les faux agents qui écument Internet.

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5 Commentaires

Très intéressant.

En revanche, ici, l'attachée littéraire de Gallimard se couvre de ridicule.

"il s'agit souvent d'une escroquerie lorsque les gens qui la promeuvent font croire à des écrivains en herbe qu'ils auront avec ce système un vrai livre comme s'ils le publiaient dans une maison d'édition classique."

Proust à commencé comme ça, est-ce à dire donc que tant qu'il n'a pas été publié par un Éditeur "A la recherche du temps perdu" n’était pas un vrai livre ? De qui se moque t-on ?

Si il y a pas mal de choses douteuses en Littérature indépendante, certains livres auto publiés sont parfois bien meilleurs que ce que proposent souvent l'édition "classique", que ce soit sur le fond comme sur la forme.

A noter que je trouve gonflé de parler d'édition "classique" ou "traditionnelle", alors que l’éditeur n'as pas trois cents ans d'existence, contre trente siècle pour la littérature... Qu'est ce qui est donc classique à la lumière de ce savoir ? l'indé, ou l'édité ?

"L'ouvrage ne bénéficie du soutien d'aucune distribution ou diffusion s'il est imprimé, et l'auteur se retrouve avec des ventes minuscules. "

N'importe quel illustre inconnus, même si le texte est bon au point d'être édité, subira la même chose avec Gallimard et tout ces gros Éditeurs. Bref, paille et poutre.

Soumis par Fishdrake (non vérifié) - le 23 mars 2013 à 14h46

Bonjour,

Merci pour votre commentaire argumenté - et révolté ! :)
Eternel débat entre éditeurs "du circuit" et challengers. D'où notre but d'afficher les deux points de vue, sans estimer pour autant que l'un soit "ridicule". Aux lecteurs de se faire leur opinion, et vous vous l'êtes faite !
Bien cordialement,
La Rédaction

Soumis par Mathilde Cristiani - le 25 mars 2013 à 19h15

Le mythe de l'auto édité Proust. C' était un bourgeois qui avait de l'argent et qui fréquentait les salons huppés des artistes et des écrivains. Proust n'est certainement pas un grand écrivain mais il avait ses réseaux. Pour publier çà aide.

Soumis par Pierre Richard (non vérifié) - le 29 mars 2013 à 17h27

De cet article, je retiens et je note plusieurs choses.
1 - Il y a déjà déjà une forte concurrence parmi les journalistes pour affirmer que Tel ou tel a été le premier ou l'un des premiers à s'intéresser à l'auto édition.
Ce serait oublier un phénomène important.
Celui de Gérard de Villiers, dont les livres se sont vendus (et se vendent encore) à des millions d'exemplaires. C'est un véritable auteur autoproduit, qui a écrit, fabriqué et commercialsé ses propres romans.
Il mérite le titre de pionnier en autoédition.
Et cela répond à la question : peut-on vivre de l'auto édition ? Oui, si l'on travaille pour cela en adoptant l'état d'esprit d'un chef d'entreprise.

2 - Le second point. Pourquoi diable n'a-t-on jamais d'information concrète lorsqu'il s'agit d'autoédition ?
Parce que le point de vue d'un auteur, OK c'est intéressant et c'est une exéprience qui mérite d'être découverte.
Seulement, je n'ai jamais trouvé nulle part de véritables informations concrètes.
Par exemple, jamais une éude concrète sur les sociétés offrant des services d'autoédition, avec une colonne "avantage" une colonne "points négatifs". Dans Google on finit toujours par retomber sur la même poignée de sociétés, et de fait, les recherches sont bloquées sous l'avalanche de sites et blogs ne présentant que cette poignée-là.

Jamais une étude concrète sur les différentes plateformes (pas juste Lulu, kindle et deux ou trois autres) permettant l'élaboration et la diffusion de d'ebooks comme de livres papier (et pas que celles de l'Hexagone).
Jamais une information concrète sur les moyens de "vendre son livre - papier ou ebook". Juste des opinions, quelques grands poncifs (ouvrez un compte facebook et autres banalités).
(un boulevard pour des petits malns qui proposent leur "ebook" censés présenter "comment vendre un livre sur Interent" et qui se résume aux banalités plus haut (ouvrez un blog, un compte twitter, un facebook), mais jamais aucune information sérieuse ).

Bref, si voici un secteur qui mériterait vraiment une étude comparative des prestataires avec avantage et inconvénient, un peu comme le guide "AUDACE" présente plusieurs milliers de maisons d'éditions avec de véritables informations, mais un guide sur les prestataires et les plateformes à destinationdes auoédités.

Si vous en constituez, je l'achète tout de suite.

Soumis par Huet Patrick (non vérifié) - le 31 mars 2013 à 21h17

J'en profite pour signaler qu'un très intéressant festival sur "le futur du livre" a eu lieu les 12, 13 et 14 Avril 2013 à Chenôve, en Bourgogne. Pour en savoir plus sur ces trois journées, visitez le site dédié :
http://www.lefuturdulivre.fr/

Soumis par jean-claude.dunyach - le 15 avril 2013 à 16h26

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