Le schéma des conflits dans Wikipedia vaut pour tout projet collaboratif

Par 07 mai 2012 1 commentaire
projet conflictuel

Les projets collaboratifs sont à la fois source d’émulation mais aussi de conflits et de désaccords, qui augmentent avec le nombre de participants. Mais ces phénomènes ont leur propres règles et tendances qui peuvent s’appliquer à tout projet collaboratif.

 

Tout le monde au même niveau, avec les mêmes droits, la même légitimité, chacun apportant ses compétences pour améliorer et compléter le travail des autres, en permanence, sans supervision et validation d’une autorité supérieure. C’est le modèle idéal des projets participatifs sur Internet, incarné par l’encyclopédie en ligne Wikipédia. Dans la pratique, ce mode de fonctionnement est aussi générateur de conflits : un participant qui modifie le travail d’un autre peut se voir corrigé en retour par ce précédent auteur avant de revenir rétablir sa modification et ainsi de suite, le tout, en parallèle, alimentant des discussions en ligne. C’est ce que l’on appelle les "guerres d’édition" ("edit wars"), due aux faits que personne ne peut avoir le dernier mot et que personne ne tranche en cas de désaccord. Ce phénomène reste marginal mais il tend mécaniquement à s’accroître avec le nombre de participants. Il a été étudié par une équipe de chercheurs de l’université de technologie et d’économie de Budapest et de l’académie hongroise des sciences.

Trois évolutions pour les conflits

Par le biais d’une analyse statistique sur des articles de la version anglophone de Wikipedia, ils ont relevé plusieurs phénomènes. D’abord, les pages qui donnent lieu à conflit sont plus fréquemment éditées que les autres. Ensuite, elle génère un effet d’ "explosion" de corrections/modifications sur un temps très court, avant une longue plage de calme. Ces guerres peuvent évoluer de trois manières, selon les chercheurs. Dans le meilleur des cas, le consensus. On y parvient après une lente montée en puissance du conflit d’édition, une phase intense puis un déclin jusqu’à ce que tout se stabilise. Ou alors, on atteint un conflit temporaire : plages de guerre et de calme alternent, plus ou moins régulièrement. Enfin, les guerres sans fin ; elles concernent des articles portant sur des sujets très sensibles, polémiques (politique, sociaux), moins d’une centaine sur les 3,2 millions étudiés.

Les moins prolifiques, les plus agressifs

Un dernier aspect a été découvert : les conflits d’édition impliquent toujours un petit nombre de contributeurs. Lors des discussions en ligne, les participants qui arrivent en cours de route et émettent leurs avis et commentaires finissent rarement par, ensuite, intervenir sur les articles en cause. De plus, les éditeurs un peu moins actifs ont tendance à toujours s’adresser aux plus actifs, comme s’il n’y avait pas d’intérêt à débattre avec les autres. Et ce sont les contributeurs les moins prolifiques qui s’avèrent les plus agressifs dans le débat. Selon les chercheurs, toutes ces tendances de fonctionnement ne s’appliquent pas qu’à Wikipedia. Elles peuvent valoir pour d’autres projets de type collaboratif dont l’objet est de trouver une solution à un problème. Notamment dans le monde industriel, scientifique ou encore économique.

 

 

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1 Commentaire

C'est parfois plus complexe que cela, des groupes de pression (partis poliques, groupes d'influence, ou bandes de copains) peuvent aussi agir en groupe et donc de fait bloquer les articles et empecher toute modification. La résolution de conflits sur wikipedia version francophone se limite souvent à une guerre de clans et les plus présents, les plus nombreux verrouillent certains articles.

Soumis par aller plus loin (non vérifié) - le 09 mai 2012 à 22h17

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