Sécuriser le transfert de données est une question de lumière et de réflexion

Par 25 mars 2010
Mots-clés : Smart city, Moyen-Orient

Le laser développé par un chercheur israélien permet d'envoyer de manière fiable une clé sous forme de flux binaire. Un système de miroirs assure au destinataire légitime d'être le seul à pouvoir le traduire.

En termes de sécurité informatique, la meilleure méthode d'encryptage de données est inutile s'il suffit à un pirate d'intercepter la clé en chemin. C'est à ce problème que s'est intéressé Jacob Scheuer, de l'université de Tel Aviv. Il propose une méthode s'appuyant sur un laser à fibre ultra-long (UFL), soit un laser qui se propage via une fibre optique. Celui-ci génère aléatoirement une clé binaire (une suite de 1 et de 0) qu'il transmet sous forme de signaux lumineux et sécurise par l'utilisation d'un système de miroirs. "La sécurité du processus est assurée parce qu'une personne espionnant ce flux de données sera incapable de savoir si un signal laser correspond à un 1 ou à un 0", explique le scientifique à L'Atelier. En effet, pour chaque bit de données (1 ou 0) envoyé, l'expéditeur et le destinataire procèdent à un jeu de miroir. Ils en ont chacun deux à leur disposition - respectivement associés au signal 1 et au 0 - qu'ils vont choisir au hasard avant chaque envoi.
Traduire le flux binaire pour obtenir la clé
Lorsque les miroirs employés sont identiques, le signal est répercuté selon une longueur d'onde identifiable et est donc ignoré. A l'inverse, lorsque leurs choix sont complémentaires (c'est à dire correspondant à 1/0 ou 0/1), le signal sera transmis selon une longueur d'onde moyenne. Impossible à un observateur de déterminer quoi que ce soit en mesurant celle-ci. "A l'inverse, l'expéditeur et le destinataire légitimes peuvent déduire de leur propre choix quel miroir a été sélectionné à l'autre extrémité", poursuit le chercheur. Et donc si le signal correspond à 1 ou à un 0. Le processus se poursuit jusqu'à ce qu'une séquence suffisante ait été transmise : la clé. Celle-ci correspond donc à une séquence de choix de miroirs, moins tous les cas où le miroir sélectionné par l'envoyeur et le receveur était identique. Pour faire fonctionner son système, le chercheur israélien a développé son propre laser.
Plus de 4000 kilomètres sans perte de signal
"Un laser à fibre conventionnel mesure quelques dizaines de mètres de long'', explique-t-il. "Celui que j'ai conçu mesure 200 kilomètres". En investissant dans les infrastructures nécessaires, on pourrait même imaginer relier deux entités à plus de 4000 kilomètres de distance, sans perte de signal. Avec de tels prérequis, les applications d'un tel système sont plutôt réservées à des organismes de grande taille. "Il est peu probable qu'on l'utilise un jour pour faire ses achats sur e-bay", confirme Jacob Scheuer. "Mais cela pourrait être utile pour sécuriser des transactions entre différentes banques ou pour la sécurité intérieure". Sur de longues distances, l'UFL pourrait même se montrer plus fiable que les systèmes quantiques, et dans tous les cas, moins coûteux.

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