Skype s'accomode de la censure Chinoise, RSF dénonce la collaboration de Yahoo

Par 20 avril 2006
Mots-clés : Asie-Pacifique, Europe

A l'instar d'autres compagnies opérant en Chine, Skype a admis que les messages textuels transitant via son logiciel sont censurés. Niklas Zennström, le directeur général de Skype...

A l'instar d'autres compagnies opérant en Chine, Skype a admis que les messages textuels transitant via son logiciel sont censurés. Niklas Zennström, le directeur général de Skype, interrogé par le Financial Times, admet se soumettre aux obligations de censure, expliquant que c’est le seul moyen de faire des affaires en Chine. D'autant que le gouvernement n'accordera pas de licence pour la VoIP avant 2008.
 
La Chine est avec l’Allemagne et les États-Unis l’un des trois plus gros marchés de Skype en termes d’utilisateurs actifs de son logiciel de téléphonie sur IP. Pour justifier sa démarche le PDG de Skype a déclaré que "je peux ou non apprécier une loi lorsque je fais du commerce en Angleterre, en Allemagne ou aux USA, mais si j'y exerce mes activités je choisis d'être en accord avec ces lois et régulations. Je peux essayer de faire du lobbying pour les changer, mais je dois les respecter. Dans ce sens, le cas de la Chine n'est pas différent".
 
Tom Online, son partenaire Chinois, "se conforme aux lois locales" a-t-il dit. Ce filtre censure des mots tels que "Tibet" ou "Dalaï-Lama".
 
Tous les compromis semblent acceptés par l'industrie occidentale et américaine, pour se faire une place sur le gigantesque marché chinois. Yahoo, Google et MSN avaient déjà indiqué qu'ils appliquent les règles restrictives d'accès à Internet imposées par le gouvernement chinois. Skype ne fait donc que leur emboîter le pas.
 
Le Directeur de Skype soutient toutefois que ces pratiques ne font pas courir de risques aux utilisateurs. Elles "ne compromettent nullement la confidentialité ou la sécurité des utilisateurs" a-t-il déclaré. En résumé: filtrer n’est pas moucharder...
 
Un adage que Yahoo! a visiblement décidé de ne pas suivre. L'organisme pour la défense de la liberté de la presse Reporters sans frontières (RSF) a révélé que Yahoo! serait impliqué pour une troisième fois dans l'arrestation d'un cyberdissident chinois.
 
Selon un document judiciaire chinois obtenu par RSF, Yahoo! aurait fourni des informations aux autorités policières de Pékin conduisant à l'arrestation de Jiang Lijun en 2003. Il aurait publié une série de textes en faveur de la démocratie sur Internet. Accusé de subversion, le journaliste a été condamné à une peine d'emprisonnement de quatre ans.
 
Selon RSF, Yahoo! aurait confirmé aux autorités chinoises que l'adresse courriel "ZYMZd2002" était bel et bien utilisée par Jiang Lijun et un autre activiste pour la démocratie, Li Yibing.
 
Des cas de collaboration d'un site Internet occidental avec les autorités chinoises sont déjà connus. Yahoo aurait précédemment permis l'arrestation de Li Zhi, condamné en 2003 à 8 ans de prison pour subversion, et plus récemment de Shi Tao, condamné à 10 ans de prison pour avoir révélé de supposés secrets d'Etat.
 
Microsoft et Google ont aussi été accusés de collusion avec les autorités chinoises. Microsoft a censuré, à la fin de 2005, le blog d'un journaliste chinois surnommé Michael Anti. Quant à Google, la compagnie californienne offre aux Chinois depuis janvier un moteur de recherche censuré, excluant des sujets sensibles comme le Tibet, la démocratie ou le mouvement religieux Falun Gong.
 
(Atelier groupe BNP Paribas -20/04/2006)

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