La social society est-elle l'avenir de l'animal ?

Par 29 novembre 2010
Liens physiques

Cette époque, c'est la folaille. Oui, la folaille. C’est comme cela qu’un gars que j’ai vite haï prononçait quand je me réunissais avec des amis d'école de commerce dans les dernières heures du premier web, au temps des hamacs à furets, avant que les bulles ne laissent qu'une aigreur d'estomac.

Cette époque, c'est la folaille. Oui, la folaille. C’est comme cela qu’un gars que j’ai vite haï prononçait quand je me réunissais avec des amis d'école de commerce dans les dernières heures du premier web, au temps des hamacs à furets, avant que les bulles ne laissent qu'une aigreur d'estomac. On se retrouvait pas loin de la place Saint Michel, on buvait des bières en discutant de la netéconomie. Netéconomie. Ce terme ne m'est pas resté, mais la folaille, oui. La foilaille de quoi ? De la socialisation. Non, il ne s’agit pas de parler de civilité, je parle de tout faire en mode partage. En mode je consulte, en mode j'interroge la collectivité. Avant les jeunes écrivaient des poèmes dans des livres fermés avec une petite clef.

Maintenant, on peut coécrire un blog connecté à sa communauté, en plus de son réseau. Je ne sais pas ce qui va naître de ce social media. Mais ce qui est sûr, c'est que cela ne va pas être neutre, parce que quand le contenant change, le contenu suit. Les quotidiens en France ont tout de même fait naître le feuilleton, les feuilletonistes, et adoubé Alexandre Dumas. Quand on regarde les publicités pour les jeux, il faut être aveugle pour ne pas remarquer que ce qui est mis en avant, c'est le jeu en groupe, virtuel ou réel. Que ce soit avec la Wiimote ou kinectisé à votre écran, c'est la famille et les amis qu'il faut affronter. Et je ne parle même pas du grand dragon annonçant l'apocalypse aux hordes et clans virtuels de World of Warcraft. Le social gaming, c'est sympa, mais ça me rend nostalgique de quand le tendon de mon pouce criait de ne plus utiliser ma Gameboy avant même qu’un cordon puisse relier deux appareils.

La musique, c'est idem. J'achète depuis le numéro 6 des Inrockuptibles, et voilà qu'alors que cette activité était d'habitude partagée par deux trois amis de niveau 1, toutes mes écoutes sont maintenant à suivre pour qui veut sur Ping. Et puis là, après une petite halte shoping, parce qu'il fait trop froid pour mes vêtements d'été, voilà que je reçois une alerte. Oh non, pas encore, je sais bien que je n'ai pas acheté ce pull au prix optimal, mais voilà, dès que ma carte bleue est traitée par mon système de social banking, je me fais jauger par mes amis et par la communauté des adorateurs de pull dont on dirait que la vanne acheteuse fait partie de la seule occupation et le social commerce de leur seul divinité. Et encore, j'ai eu de la chance de ne pas avoir d'ami dans les parages, sinon comment éviter par la case café ou boisson alcoolisée quand on se voit notifier que dans les 500m - 1 km se trouve un représentant de son réseau premier cercle.

Je ne parle pas non plus de la fois ou j'ai cherché un job, et je me suis retrouvé assailli de critiques d'un nouveau genre, tous néo spécialistes de l'expérience utilisateur en entreprises. De toute façon, cette semaine on a pris cette décision en famille : pas question de partager nos menus en ligne, si c'est pour avoir des recommandations d'assaisonnement, des leçons de diététique, et des avis sur les commerces où nous aurions du acheter les ingrédients, merci, on s’en passera. Social fooding, qu'ils disaient. Nouveau contrôle social, surtout. Certains petits querelleurs aristotéliciens rétorqueront que l'homme est un animal social. Mais visiblement, Kant que je n'ai jamais réussi à lire autrement qu'en citations, aurait lui estimé que l'homme estun animal qui ne peut s’individualiser que dans la société. Est-ce compatible avec une social society ?

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