"Nous sommes encore au début de l'histoire des réseaux sociaux"

Par 02 novembre 2007

Les espaces de socialisation professionnels occupent une place croissante sur Internet. Les perspectives d'évolution sont d'ailleurs importantes, notamment au niveau économique.

Viadeo, réseau social professionnel français, participera à l'initiative Open Social lancée par Google. Celle-ci, qui consiste en un ensemble d'API (Application Programming Interfaces), permet aux développeurs de réaliser des applications valables pour tous les réseaux sociaux participant au projet.
L'occasion pour L'Atelier de revenir avec Eric Didier, directeur général International chez Viadeo, sur les avantages d'une telle initiative pour les sites de socialisation mais aussi, d'un point de vue plus général, sur l'avenir des réseaux sociaux professionnels.
L'Atelier : Viadéo participe à l'Open Social lancé par Google. Quels avantages en tireront les réseaux sociaux qui y participeront ?
Eric Didier : Il existe deux types de réseaux sociaux, les professionnels et ceux destinés au grand public. Il devrait donc y avoir deux catégories de développeurs. Pour les sites professionnels, les applications destinées uniquement au grand public - comme celle permettant d'offrir une bière virtuelle sur Facebook - ne devraient pas apporter de réel bénéfice. Par contre des développeurs qui fourniront des applications verticales, c'est-à-dire par métier, pour du suivi de bourse, ou pour développer des applications CRM, devraient se révéler très utiles et représenter une importante valeur ajoutée. Principalement parce que nous ne sommes pas spécialistes de ces solutions et ne savons pas les faire nous-même. Il me semble qu'il serait très judicieux de la part de Salesforce (l'un des partenaires de l'initiative – NDLR) de faire un module pour Open Social.
L'Atelier : Quel est pour vous l'avenir des réseaux professionnels ?
E.D : Je verrais bien un modèle approchant celui des moteurs de recherche, c'est-à-dire avec la domination d'un grand et la gravitation de quelques petits acteurs autour. Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un marché où il y a de la place pour un deuxième. Tout du moins par continent. Les réseaux sociaux professionnels doivent également se poser la question aujourd'hui de la viabilité de leur business model, qui fonctionne généralement via un abonnement. Or la mise en place croissante d'applications externes rend plus difficile le fait de monétiser la présence sur un réseau. Viadeo génère cependant une partie de ses revenus en B2B, c'est-à-dire avec des offres traditionnelles comme l'ouverture à des recruteurs. Ce qui pourrait devenir un avantage à un moment où il devient plus délicat de faire payer un site de socialisation professionnel.
L'Atelier : Open Social réunit des réseaux sociaux professionnels et grand public. Va-t-on vers une unification de ces deux formes de réseaux ?
E.D : Nous sommes encore au début de l'histoire des réseaux sociaux. Facebook concentre par exemple environ 40 millions de personnes sur une population susceptible de s'y intéresser de 2,5 milliards dans l'absolu. Les trois grands acteurs des sites de socialisation professionnels, parmi lesquels Viadeo et LinkedIn, en rassemblent 25 millions, sur une population hypothétique totale comprise entre 500 millions et 1 milliard de personnes. Il est difficile de prévoir l'avenir, mais j'aurais tendance à envisager une forme de concentration entre les différents réseaux professionnels, par des rachats ou par des liens forts. Nous avons d'ailleurs un partenariat en Chine avec Tianjie. Si nous avons des moyens et des vues communes, pourquoi ne pas concentrer le marché ?
Réunir réseaux professionnels et grand public me paraît beaucoup plus complexe. C'est d'autant plus difficile quand on a une certaine image. Je pense qu'il serait très difficile à Viadeo d'aller dans le pur social, notamment vers les jeunes qui sont encore en école. En ce qui concerne les réseaux personnels comme Facebook, il me semble que lorsqu'un internaute a mis toutes ses photos de vacances sur le site, il n'est pas certain qu'il aie envie de partager cela d'un point de vue professionnel, à part pour certains métiers spécifiques, notamment artistiques.
L'Atelier : Les deux formes de réseaux vont donc continuer à cohabiter ?
E.D : Cela nous fait revenir à la problématique de la visibilité sur Internet avec la question : peut-on avoir deux espaces séparés ? A mon sens, oui. Parce que nous avons tous un mail et un téléphone professionnel et personnel. Et je pense que cela va continuer pendant encore un certain temps. De plus les réseaux professionnels visent plutôt le long terme – les premiers abonnés de Viadeo il y a deux ans payent encore leur abonnement en grande majorité – alors que dans le réseau grand public, il s'agit plus de modes.
L'Atelier : Peut-on envisager des liens avec les univers virtuels, professionnels ou non ?
E.D : Tout le monde parlait il y a six mois des opérations B2B menées sur Second Life, notamment au niveau du recrutement. Aujourd'hui, ces expériences s'essoufflent, comme si celles-ci n'avaient pas été satisfaisantes. Je pense cependant que les réseaux professionnels vont s'ouvrir aux univers virtuels. Dans un monde où l'on est toujours plus connecté et où l'on veut être tenu au courant en temps réel de ce qui se passe dans notre réseau, ce sans avoir forcément besoin de se connecter sur la page du site, la virtualité nous sera certainement utile. Notamment au niveau de la logique de partage de l'espace de travail.
L'Atelier : Comment faire pour permettre aux entreprises de gérer des réseaux sociaux sans perdre le contrôle de ce que les salariés font et écrivent ?
E.D : Beaucoup d'entreprises perçoivent les réseaux sociaux comme des sites de recrutement, et ont peur de voir leurs employés se faire débaucher. Mais lutter contre les moyens de communication est une méthode qui ne fonctionne qu'à court terme. Les sociétés seront obligées d'ouvrir l'accès un jour ou l'autre à ces sites. Ou à créer des réseaux de sociétés. Viadeo propose ainsi des communautés qui sont un espace privatif mais intégré au réseau global.
Propos recueillis par Mathilde Cristiani

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