Sortie simultanée DVD/VoD : vers un cinéma multicanal ?

Par 04 avril 2006

La VoD tuera-t-elle le DVD ? A l'heure où les plus grands studios américains annoncent qu'ils vont vendre leurs films en format numérique au moment de leur sortie en DVD, on peut se demander si...

La VoD tuera-t-elle le DVD ? A l'heure où les plus grands studios américains annoncent qu'ils vont vendre leurs films en format numérique au moment de leur sortie en DVD, on peut se demander si la VoD (Vidéo à la demande) ne va simplement remplacer le support DVD.
Warner Bros, Universal, Sony, Paramount, Twentieth Century Fox et MGM ont annoncé qu'ils allaient commencer à vendre leurs films en ligne via le site Internet Movielink qui leur appartient et qu'ils avaient créé en 2002.
Concrètement, le jour de la sortie du film en DVD, il est également possible de le télécharger légalement sur le portail de Movielink à un prix compris oscillant entre 20 et 30 dollars. Une fois qu'il n'est plus considéré comme une nouveauté, le film est commercialisé à un prix compris entre 10 et 20 dollars.
Parallèlement à cette annonce, le studio Lionsgate a déclaré qu'il allait vendre ses films via le portail Cinemanow, sur le même mode que ses concurrents, c'est à dire simultanément à la sortie du titre en DVD. Ces initiatives sont pensées comme des mesures anti-piratage. "Les studios considèrent que l'Internet est une plateforme de distribution viable pour leurs films, et offrir ce service permettra aussi de convertir des pirates sur Internet en clients légaux", commente Jim Ramo, PDG de Movielink.
Mais alors, quelle place reste-t-il au DVD ? Si les tarifs de commercialisation des fichiers numériques sont élevés, rappelons qu'un DVD, à sa sortie, est également cher. Si l'on peut accéder au film et le conserver sur son ordinateur pour le visionner à sa guise, pourquoi se déplacer pour aller acheter le DVD en magasin ?
Notons que Movielink permet de stocker les films sur son ordinateur sans limitation de temps mais permet de les transférer sur deux ordinateurs seulement. Le film peut être regardé sur son écran de télévision en le branchant à son unité centrale. Le fichier peut même être gravé sur un DVD vierge même s'il ne sera pas lu par un lecteur DVD traditionnel pour des raisons de sécurité.
La VoD ne serait plus seulement une alternative au DVD mais bien le futur du format. Cette tendance est à l'image de la stratégie de Glowria. Cette entreprise propose, en échange d'un abonnement mensuel, la location illimitée de DVD. Le client établit une liste de ses préférences sur Internet et les DVD lui sont envoyés, les uns après les autres par la poste. Une enveloppe prépayée lui permet de rendre les films visionnés.
Cette société dont le commerce est aujourd'hui bien ancré dans le support physique compte ouvrir un portail de VoD. Ce mouvement préfigure l'avenir : le fichier numérique pourrait bien remplacer le DVD. Restons cependant nuancé : la situation française est différente de la situation américaine.
En France, un DVD ne peut être commercialisé que six mois après la sortie du film en salles depuis le décret n° 2000-1137 du 24 novembre 2000. Le titre ne peut être proposé en VoD que 33 semaines , soit environ huit mois après la date de sortie en salles. Cette législation a pour objectif d'encadrer les opportunités des différents canaux de distribution.
Rappelons également qu'aujourd'hui, en France, aucun film n'est encore vendu en format numérique. Les offres de VoD sont des offres de location de films qui expirent au bout de 24 ou de 48 heures.
Aux Etats-Unis, la réglementation est moins rigide. Le laps de temps qui sépare la sortie d'un film en salle de sa sortie en DVD a déjà considérablement diminué. Le film XXX : State of the Union est sorti en DVD alors qu'il était encore à l'affiche , onze semaines après son lancement.
Malgré les disparités nationales, on peut imaginer, à terme, que la VoD grignotera peu à peu les parts de marché du DVD. Si l'on repense à l'initiative de Steven Soderbergh qui a sorti son dernier film, Bubble , simultanément en DVD et en salles, on peut même donner à la VoD des perspectives plus importantes.
A moyen terme, si les films sortent simultanément en salle, en DVD et en VoD et malgré l'attachement traditionnel du public à la salle noire, on peut penser que la diffusion par Internet se taillera la part du lion dans la distribution.
Et même si aujourd'hui, on envisage mal une remise en question de l'échelonnage temporel, la simultanéité de la sortie sur les différents canaux n'est pas impensable. L'iTunes Music Store a initié le mouvement avec les séries Lost et Desperate Housewives disponibles à la vente 24 heures après leur diffusion. En France, la série " Plus belle la vie " sera disponible à partir du mois de mai en VoD après sa diffusion à la télévision grâce à un accord entre France Télévisions et France Télécom.
Avec cette perspective, la dispute Blu-Ray/HD-DVD ne paraît plus si importante...

Ornella Nomber, pour l'Atelier
(Atelier groupe BNP Paribas -04/04/2006)

Mentions légales © L’Atelier BNP Paribas