Stae replace les municipalités au coeur de la smart city

Par 25 mai 2016
Boston

La start-up fait du traitement et de l’usage des données un cheval de bataille pour améliorer le fonctionnement des villes.

L’avenir de l’humanité se jouera dans les villes. En 2014, la population urbaine mondiale a pour la première fois dépassé la population rurale. A titre de comparaison, en 1960, seule 34% de la population mondiale vivait en milieu urbain. Et la tendance n’est pas près de s’inverser : d’ici 2030, le monde pourrait compter 5 milliards de citadins.

Ce phénomène entraîne le développement de mégalopoles de taille gigantesque, notamment dans les pays en développement, dans des proportions inédites dans l’histoire de l’humanité. Avec 38 millions d’habitants, Tokyo est aujourd’hui la ville la plus peuplée au monde, talonnée par Jakarta, qui en compte plus de 30 millions. D’ici 2050, Lagos, Kinshasa, Dhaka et Dehli dépasseraient toutes les 32 millions d’habitants, tandis que Bombay deviendrait la ville la plus peuplée au monde (et de l’histoire de l’humanité) avec 42 millions de citadins.

Derrière ces chiffres pharaoniques, de nombreux défis attendant les autorités locales, confrontées à des environnements toujours plus vastes et complexes : transports, santé, politique, éducation, logement et culture doivent être repensés et adaptés à ces nouveaux espaces. Les nouvelles technologies amènent dans le même temps un grand nombre de changements radicaux dans le traitement de ces problématiques. Elles émanent enfin davantage d’initiatives privées que des municipalités elles-mêmes.

Passionné par les problématiques urbaines, John Edgar, jeune entrepreneur prolifique, a mis en place, avec sa startup Stae, un outil pour aider les municipalités à construire la ville de demain. L’objectif : proposer une plate-forme pour mettre en relations autorités locales et start-ups, tout en donnant aux premières les moyens de reprendre le contrôle sur leurs données.

Tokyo

Une large quantité de données sous-exploitées par les villes

Car si les villes grossissent, elles sont aussi toujours plus connectées : l’internet des objets est en pleine explosion, et le marché de la ville intelligente devrait atteindre les 1 400 milliard de dollars d’ici 2020. Ces objets connectés génèrent une grande quantité de données, dont l’écrasante majorité ne sont aujourd’hui pas exploitées par les municipalités, d’une part car il n’existe pas de connecteur permettant de lier ces différentes sources de données et de les rendre exploitables par les villes, et d’autre part car les villes n’y ont souvent même pas accès.

De nombreuses start-ups ont ainsi, dans le domaine qui les concerne, une meilleure vision des problématiques urbaines que les municipalités elles-mêmes. Uber et Lyft en savent davantage sur les transports et Airbnb davantage sur le tourisme que les villes où ses entreprises officient. Les fournisseurs d’eau, de gaz et d’électricité disposent aujourd’hui de capteurs capables de ressembler d’importantes quantités de données qui constituent autant d’informations précieuses sur les habitudes de consommations des citadins.

Le phénomène va en s’accélérant à mesure qu’un nombre croissant d’entreprises génère des données : l’avènement de la voiture autonome permettra ainsi demain à Google, Tesla ou toute autre entreprise s’imposant dans ce domaine de rassembler des informations capitales sur les flux de déplacements en milieu urbain.

Les municipalités peinent à passer à l’ère digitale

Avec sa jeune entreprise, Stae, John Edgar veut permettre aux municipalités de reprendre la main sur les problématiques smart city, et tirer profit de cette large quantité de données générée.

« Les villes font aujourd’hui face à trois difficultés majeures », explique-t-il, « elles doivent composer avec des budgets réduits et sont incapables de générer des revenus par elles-mêmes.

En outre, elles manquent d’experts en nouvelles technologies et sont donc incapables de se montrer proactives face aux start-ups (particulièrement vrai pour les petites villes) : ainsi, lorsqu’une entreprise conclue un marché avec une municipalité, celle-ci ne pense souvent même pas à demander le partage des données.

Enfin, elles ne disposent pas de services de communication adaptés à l’ère actuelle : en tant que citoyen, si je veux communiquer avec la municipalité, je dois composer le 311 et joindre le standard, il n’est pas possible, par exemple, de prendre une photo et de l’envoyer par sms pour signaler un problème. Pour partager ses données, Airbnb devrait à chaque fois envoyer un PDF par mail à la mairie… »

Connecter les données pour optimiser leur usage

Fort de ce constat, John Edgar a lancé l’entreprise Stae pour permettre aux municipalités de reprendre la main sur les problématiques smart city. Le service proposé par la start-up se décline en trois volets.

D’abord, Stae aide les villes à mettre en place une législation quant au partage des données, afin que lorsqu’un accord est conclu avec une start-up, la municipalité puisse profiter des données récoltées par celle-ci.

Elle met aussi à la disposition des autorités une plate-forme permettant de communiquer et échanger facilement avec les start-ups. Grâce à celle-ci, Airbnb pourrait ainsi, et à sa propre demande, facilement payer une taxe à la ville sur chaque nuit d’hébergement, similaire aux taxes payées par les hôtels, sans avoir à envoyer chaque fois un chèque aux autorités.

Enfin, elle arrange les données et les rend intelligibles pour les pouvoirs publics. « Nous connectons les données de sorte que n’importe qui puisse construire une application en les utilisant. » explique John Edgar. Les possibilités sont infinies : dans le domaine des transports, on pourrait imaginer une application permettant d’acheter des tickets de bus comprenant le prix d’un trajet en Lyft ou Uber pour se rendre de l’arrêt le plus proche à sa destination finale…

Au niveau de la consommation d’eau et d’électricité, les municipalités peuvent, comme le fait déjà la ville de Cary en Caroline du Nord, travailler avec l’entreprise de traitement de données SAS connaître la consommation des habitants, repérer les perditions d’eau… et servir ainsi de beta testeur pour l’entreprise tout en profitant de ses services en retour. Connecter les services pour bâtir un écosystème optimal et cohérent, en s’appuyant sur la circulation de l’information, donc, afin que la ville de demain mérite son titre de ville intelligente.

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