#Startup : 2016, une année charnière pour l’écosystème marocain

Par 02 février 2016 3 commentaires
Mots-clés : Smart city, Afrique, Maroc
Le technopark de Casablanca est une pépinière de jeunes pousses

L’écosystème des startup au Maroc est limité mais actuellement en pleine expansion. 2016 est une année importante pour le secteur qui se tourne vers l’international pour se développer.

Le nombre de startup marocaines a été estimé à 200 en août dernier par Naoufal Chama, cofondateur et président de StartUp Maroc. À titre de comparaison, l’étude Global Startup Ranking 2015 de Compass recense entre 2400 et 3200 jeunes pousses à Paris et entre 14 000 et 19 000 dans la Silicon Valley. C’est plus de dix fois et presque cent fois plus que dans le Royaume chérifien. L’écosystème des startup y est donc restreint, articulé autour de quelques institutions et localisé principalement dans les grandes villes que sont Casablanca, Rabat, et dans une bien moindre mesure Tanger et Marrakech. Mais la tendance est au développement. Aline Mayard, rédactrice en chef de l’édition francophone de Wamda, en charge de l’Afrique du Nord et cofondatrice de The Blue House, le confirme. “Il y a eu plus de mouvement dans l'écosystème startup ces derniers six mois que les six dernières années, c'est une évidence. Accélérateurs internationaux, investisseurs, tout le monde s'intéresse au Maroc.” Reste à savoir si cela va durer.

D’après Aline Mayard, tout est parti du Global Entrepreneurship Summit (GES) qui s’est tenu à Marrakech en novembre 2014. “L’Etat marocain a dépensé des sommes colossales pour financer cet évènement d’initiative américaine destiné à promouvoir l’entrepreneuriat dans les pays musulmans, ça a lancé un signal positif aux entreprises.Leyth Zniber, fondateur et PDG d’Eiréné4Impact acquiesce : "Il y a une évolution au Maroc depuis le GES et le discours du Roi qui a dit qu’il fallait accompagner les entreprises et l’entrepreneuriat. Ensuite, de plus en plus de rapports, de l'ONU notamment, ont montré que la meilleure manière d'intégrer la jeunesse était de favoriser l'entrepreneuriat”.

Des initiatives et un début d’écosystème...

A la suite du GES, davantage de programmes privés ont vu le jour pour encourager les jeunes entrepreneurs à se lancer. D’autres ont pris de l’ampleur. C’est le cas de StartupYourLife qui a pour objectif de créer une communauté et d’inspirer les futurs startupers du Maroc. Un but auquel souscrit StartUp Maroc, qui fait partie du réseau international Startup Nations. “C’est une plateforme qui connecte les entrepreneurs à différentes étapes”, définit sa directrice générale Zineb Rharrasse. Leur programme phare, le StartUp Maroc Roadshow, se déroule tous les mois dans une ville différente. “Il y a des potentiels et des idées intéressantes partout : Khouribga, Laayoune, Oujda, Safi, El-Jadida, Meknès... on va à leur rencontre”. Startup Maroc organise aussi des compétitions de jeunes pousses, “Pour les startup les plus avancées, il est intéressant de les exposer ensuite à des écosystèmes plus matures. La gagnante d’une compétition de 2013 par exemple a remporté un mois d'accélération à la Sillicon Valley". Pour Zineb Rharrasse en effet, “Avoir des startup qui se démarquent est important pour attirer les VC et les investisseurs étrangers”.

Une fois que l’envie d’entreprendre et/ou la bonne idée a germé dans les esprits, les startup en devenir ont besoin d’accompagnement. Accélérateurs et incubateurs florissent justement ces derniers mois au Maroc. Leyth Zniber a ainsi créé Eiréné4Impact en 2014. “On se focalise sur les startup à fort impact. Par startup on n'entend pas seulement jeune entreprise mais celle qui innove. La partie fort impact c'est au sens du GIIN (Global Impact Investing Network), une entreprise qui a pour objectif de résoudre un programme sociétal, qu'il soit environnemental, social ou autre mais en produisant un profit qui ne sera pas limité”, définit-il. “L'idée est d'attirer les capitaux traditionnels dans ce métier et de lutter contre une dichotomie qui n'a pas lieu d'être entre social et économique. C'est sur ce principe qu'a été lancé Eiréné4Impact, dans le but de créer un écosystème, de démontrer sa viabilité et d’attirer les entreprises.

 

 ceux qui inspirent les futurs entrepreneurs, ceux qui les financent et ceux qui les accompagnent.

L'écosystème marocain de startup se composent de plusieurs cercles : parmi lesquels ceux qui inspirent les futurs entrepreneurs, ceux qui les financent et ceux qui les accompagnent.

D’autres programmes d’accompagnement se concentrent également sur la thématique sociale. C’est le cas de l’incubateur Dare inc. du Centre marocain pour l’innovation et l’entrepreneuriat social fondé à Rabat en mai 2015 ou encore de celui du Comptoir de l’innovation : Espace Bidaya créé dans la capitale économique en novembre 2015. Dans la lignée des accélérateurs internationaux, le dernier-né du Numa est casablancais et partenaire d’Eiréné4Impact. Organisme à part, l’ONG CEED Morocco (Center for entrepreneurship & executive development) propose aux PME un programme axé sur la formation, le networking et le mentoring.

Marrakech est loin derrière en terme d’infrastructures mais devrait bientôt accueillir le premier incubateur IT et Médias de la région, Emerging Business Factory. The Blue House est une structure entre l’accélérateur et l’espace de co-working. Aline Mayard décrit cette maison à Taghazout comme “un “gateway”, un lieu pour que les gens prennent du recul. Il y a la possibilité de faire du co-working mais on propose surtout des programmes qu'on organise et pour lesquels on sélectionne des participants”.

Au Maroc, il n’y a “pas de vrais Business Angels structurés, il y a trois ans Atlas Business Angels ne fonctionnait déjà plus”, précise la journaliste. Le président de Réseau Entreprendre Maroc, la directrice de CEED Morocco et Leyth Zniber ont néanmoins pour projet de le reprendre et de le faire revivre. En attendant, les jeunes pousses en mal de financement peuvent se tourner vers des institutions spécialisées comme Maroc Numeric Fund, un fonds d'investissement public-privé dédié aux entreprises du secteur des nouvelles technologies avec des tickets d’investissement à partir d’environ 100 000 euros. Réseau Entreprendre Maroc (REM), fournit également une aide financière à travers un prêt d’honneur qui peut atteindre l’équivalent de 30 000 euros mais uniquement aux entrepreneurs sélectionnés qui s’engagent à créer des emplois, ils bénéficient alors aussi d’un accompagnement personnalisé de trois ans par un chef d’entreprise membre de l’association.

… qui doivent être complétés par un changement de mentalité

Ce qui manque parfois aux startup, ce sont les développeurs. Ce n’est pas réellement le problème au Maroc d’après Aline Mayard : “Pour les développeurs, les entrepreneurs vous diront qu'il n'y en a pas suffisamment mais en réalité il y en a pas mal qui sont bien formés et pas très cher. Après, ils n'ont pas forcément les même compétences que dans la Silicon Valley, donc souvent il faut se former sur le tas. En revanche ils n'ont pas toujours la mentalité startup. Le vrai défi c'est de trouver des développeurs ouverts à l'idée de formation continue, de prise de risque, d'innovation.”

C’est cette mentalité qui fait le plus défaut à l’écosystème marocain. “Il manque une volonté, une culture, du soutien de la part des entreprises et du gouvernement. Pour trouver quelqu'un pour sponsoriser un événement startup c'est très difficile. Les grands groupes sont trop frileux, je n’ai par exemple jamais entendu parler d’une startup qui se soit faite acquérir au Maroc”, assure la journaliste. Une idée partagée par Leyth Zniber, lui-même passé par la direction d’un grand groupe. “Au Maroc, les gens sont souvent averses au risque et donc à l’innovation. Or, cela ne peut plus durer, la grande entreprise ne peut pas se permettre de rester inactive quand le monde avance et qu'il y a de plus en plus de modèles disruptifs.

Eiréné4Impact leur propose donc d’aider les jeunes pousses, d’une part en simplifiant le processus d’achat et d’autre part via la notion d’open innovation, “en finançant des programmes d'accompagnement des startup”, précise le chef d’entreprise. “Ce sont ces dynamiques écosystémiques qui créent l'opportunité”, et c’est la raison pour laquelle les grandes entreprises ne devraient plus se fermer aux jeunes pousses par peur de la concurrence. Quelques initiatives en ce sens ont été prises par de grandes firmes comme l’OCP qui à travers sa fondation encourage l’entrepreneuriat. Mais, pour paraphraser Aline Mayard, “il faut aller plus loin. Il faut que ça se traduise par des chèques, des investissements”.

Et idéalement, il faudrait que cela se fasse vite. L’avenir du secteur dans le royaume se joue cette année selon Leyth Zniber. “Après un discours royal, la thématique abordée est sous les feux des projecteurs pendant deux/trois ans donc 2016 est une année critique pour l'écosystème des startup au Maroc : soit on réussit à installer une dynamique soit la fenêtre d'opportunités se ferme.”

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3 Commentaires

C'est la bas qu'il faut monter sa fintech! ! On te laisse trouver les fonds :)

Soumis par Eglanine (non vérifié) - le 02 février 2016 à 19h59

l'écosystème doit intégrer les Universités et les grandes écoles si nous voulons augmenter le nombre de startups.

Soumis par SAID (non vérifié) - le 02 février 2016 à 23h36

'En attendant, les jeunes pousses en mal de financement peuvent se tourner vers des institutions spécialisées comme Maroc Numeric Fund, un fonds d'investissement public-privé dédié aux entreprises du secteur des nouvelles technologies avec des tickets d’investissement à partir d’environ 100 000 euros'

A ce stade et dans cette perspective, il faut peut-être marier l'accès aux financements à un accès à l'intelligence en terme d'informations.

Soumis par Clement Gavi (non vérifié) - le 03 février 2016 à 19h25

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