#startup: être entrepreneur, c’est être humble

Par 09 novembre 2015 1 commentaire
L'entrepreneur se doit d'être humble

Marylène Delbourg-Delphis, serial entrepreneuse, revient sur son expérience dans la baie de San Francisco.

Arrivée en 1987 à San Francisco après avoir lancé une première entreprise en France, Marylène Delbourg-Delphis est l’une des premières femmes européennes entrepreneurs de la Silicon Valley. Diplômée de l’École Normale Supérieure, cette passionnée des lettres et de mode rencontre sur son chemin des personnages aussi inspirants que Guy Kawasaki, le célèbre évangéliste technologique d’Apple, à qui elle donne le goût de l’écriture et dont elle traduit les ouvrages en français. La flamme de l’entrepreneuriat ne l’a jamais quitté puisqu’elle est aujourd’hui encore CEO d’une start-up, mais aussi mentor et consultante stratégique auprès de jeunes pousses.

Marylene Delbourg-Delphis

L'Atelier : Vous êtes arrivée dans la baie de San Francisco à la fin des années 1980. Est-il aujourd’hui plus facile de créer une entreprise dans la Silicon Valley qu'il ne l’était il y a presque 30 ans ?

Marylène Delbourg-Delphis : Je n’ai jamais considéré qu’il était difficile d’un point de vue administratif de monter une entreprise, que ce soit en France, où j’ai monté ma première société, ou à l’étranger. Pour le reste, le fait de démarrer une société, les challenges à la création d’entreprise restent les mêmes.

Le bon entrepreneur doit être endurant. Passion et patience sont deux qualités primordiales, au même titre que l’acceptation des hauts et des bas qu’il traverse. Il ne doit pas oublier que ce qu’il a entrepris jusqu’alors n’est rien par rapport à ce qui l’attend. En 2015, comme il y a 25 ans, un entrepreneur heureux est un entrepreneur qui n’est jamais satisfait !

Le fait d’être un entrepreneur français influe-t-il sur la réussite de son projet entrepreneurial dans la Silicon Valley ?

Certainement plus maintenant ! À l’époque où j’ai créé ma première entreprise aux États-Unis, cela avait probablement un certain impact car très peu de Français s’étaient alors rendus à San Francisco pour monter leur start-up, et encore moins des femmes. J'étais donc un animal assez rare ! Commencer un business technologique, en lien avec les bases de données, semblait peu compatible avec l’image d’une personne très féminine, habillée très à la mode que je renvoyais.

Par ailleurs, depuis la fin des années 80, la Silicon Valley a elle même énormément évolué. Alors que San Francisco n’était qu’une ville provinciale et très américaine, elle est devenue cosmopolite. Que l’on vienne d’Inde, de Chine, du Brésil ou d’Albanie n’a aucune espèce d’importance à mon sens. Dans la Vallée, les américains sont aujourd'hui en sous nombre. L’accent français n’est donc plus un problème, comme il pouvait l’être il y a encore 25 ans !

Comment un entrepreneur peut-il se donner toutes les chances de voir son projet avancer dans la Vallée ?

Quand on arrive dans la Vallée, il faut prendre conscience d’une chose : il existe un nombre impressionnant de gens aussi intelligents que soi ! L’intelligence est la chose la mieux partagée dans ce monde. Un entrepreneur français tout juste débarqué doit ainsi apprendre l’humilité. En effet, l’idée géniale qu’il a développée à Montluçon peut avoir été pensée n’importe où ailleurs dans le monde. On est rarement le seul à avoir une bonne idée !

Par ailleurs, la concurrence est tellement rude qu’il est préférable d’avoir un très bon produit. Il faut maîtriser parfaitement ce qu’on fait d’un point de vue technologique. Il est aussi nécessaire d’être assez avancé dans le développement du produit : avoir déjà quelques clients qui le valident.

En un sens, pour les étrangers, la barre est peut-être placée un peu plus haut. En effet, s’il existe des réseaux français et francophiles qui se sont fortement développés ces dernières années, ils sont sans commune mesure avec la portée des réseaux sociaux et professionnels des écoles américaines. Il faut ainsi en premier lieu avoir en tête que lorsqu’on se présente dans la Baie, on est finalement peu de choses. Etre prêt à prendre son bâton de pèlerin et à recommencer chaque jour à zéro, ne jamais s’installer dans l’idée qu’on est déjà arrivé.

Vous avez préfacé et traduit en français les écrits de Guy Kawasaki, un des premiers directeurs Marketing d'Apple. Ce dernier traite notamment de l’évangélisme technologique. Quel est le rôle de cet évangélisme dans les entreprises aujourd’hui ?

Il s’agit d’une notion relativement récente. Une des premières personnes à avoir évoqué ce terme d’évangélisme technologique a été Guy Kawasaki lorsqu’il s’est fait le porte parole de la beauté, de la puissance et de la magie du Macintosh. Lorsque je l’ai rencontré pour la première fois, j’ai été surprise par ce terme d’évangélisme, que je trouvais trop religieux. Je m’y suis habituée en entendant Guy Kawasaki parler. J’ai compris la puissance de la communication, l’art de transmettre son expérience utilisateur, sa passion pour un produit, qui n’a rien à voir avec le discours très normé, calibré, presque neutre que peuvent avoir les chargés de relations publiques, par exemple... L’évangélisme technologique, c’est communiquer une expérience directe, interpersonnelle.

En ce sens, il se rapproche de ce qu’est devenu aujourd’hui le social media. Ce n’est d'ailleurs pas un hasard si le père de ce concept est aussi une personne très influente sur les réseaux sociaux aujourd’hui ! Il est indispensable pour les entreprises d’avoir leurs évangélistes car cela leur permet de rappeler à leurs employés qu’ils doivent vivre les produits qu’ils vendent, peu importe leur échelon dans la hiérarchie. L’évangéliste dans une entreprise permet à tous les autres employés de comprendre leur mission personnelle, qui consiste à défendre les valeurs de la société, à être le porte parole de ce qu’on aide à créer. On ne saurait oublier que tout repose sur l’expérience qu’on propose à ses clients.

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1 Commentaire

Excellente introduction aux changements radicaux qui ont bouleversé la Californie: il ne s'agit plus seulement d'expliquer ou de convaincre, mais de créer un lien émotionnel entre le produit/service et la communauté des clients potentiels... et en moins de 140 caractère ou 15 secondes.

Merci (encore) Marylène :-)

Soumis par John Forge (non vérifié) - le 10 novembre 2015 à 20h48

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