"La technologie doit s'effacer au bénéfice de l'usage"

Par 01 juin 2012
Saran Diakité Kaba

Le design permet d'assurer la bonne utilisation des plates-formes de différents terminaux en les rendant cohérentes. Il doit aussi et surtout faire en sorte que l'usager oublie la technologie.

Entretien avec Saran Diakité Kaba, Responsable de l'expérience utilisateur chez PSA Peugeot Citroën lors du WIF qui s'est déroulé du 29 au 31 mai 2012 à Limoges.

L'Atelier : Comment le design interactif peut-il assurer l'homogénéité d'utilisation sur différentes plate-formes ?
 

Saran Diakité Kaba: C'est une affaire de cohérence, dont le design est le garant. Du point de vue du processus, le design essaye de qualifier l'expérience, de la mettre en forme, et de l'expérimenter. Et il la déploie, en garantissant la bonne perception de l'expérience, c'est-à-dire que le design formalise l'approche de la marque. Un bon exemple serait Apple : quelque soit le produit ou le service (Mac, iPhone, iPod, Apple TV, etc.), l'expérience interactive est facilement reconnaissable. On pourrait en dire de même pour Mac Donalds ou Ikéa dont les packaging ou la posture d'image qu'est la convivialité familiale est identifiable. Mais les usages ne se définissent pas par les appareils. Ce sont les appareils qui accompagnent les usages, qui les aident. Les usages nécessitent d'être supportés par les appareils. Ce qui implique une difficulté : maintenir une cohérence globale dans différents contextes, en s'adaptant à ces nouveaux usages, tout en restant utilisable. Aujourd'hui, par exemple, la mobilité est le nouvel eldorado. Mais ça n'est pas toujours accessible, en matière de prix, d'ergonomie, de design. Ce qui nécessite des transformations.

Ce qui nécessite de la transformer ?

Oui, je crois que l'on a tout intérêt à faire disparaître tous les artifices. Pour prendre un exemple, les systèmes permettant les conférences sont très fastidieuses à utiliser et ne fonctionnent pas toujours. Donc la technologie doit s'effacer au bénéfice de l'usage, il faut faire disparaître les fils pour que l'individu fusionne pratiquement avec elle. Ma vision, de manière prospective, c'est le développement d'une technologie pour laquelle on n'a pas besoin de savoir comment ça marche mais qui fonctionne, naturellement, comme par magie. Que l'on pourrait utiliser sans avoir à procéder à des réglages, à la recharger ; pour laquelle on serait davantage dans le bénéfice, et moins dans le process.  Car plus la technologie s'efface, plus on est happé par le bénéfice. Déjà, la technologie est devenue transparente, parce qu'on y est habitué, surtout les personnes qui sont nées avec. Mais nous n'en sommes qu'au début.

N'y a t-il pas des difficultés à mettre en place ces technologies ?

Il y a toujours des contraintes de connaissances, de coût de développement et de commercialisation. Et il faut prendre en compte la tolérance à cette technologie. Globalement, le design interactif doit respecter trois critères. L'utilité, c'est à dire la pertinence d'une nouvelle interface, par exemple : 'est-ce que cela sert ou non ?' Ensuite, l'utilisabilité, à savoir l'accès. Ce qui répond à la question 'comment on s'en sert, est-ce pratique, utilisable ?' Et enfin, l'acceptabilité. 'Est-ce qu'il y a toujours une émotion lorsque j'utilise mon interface au quotidien ou est-ce que cela finira dans le placard ?',  auquel cas c'est un gagdet.    

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