Le tout technologique modifie-t-il la capacité de l'homme à ressentir ?

Par 02 avril 2009

La question est posée par l'université de Washington, pour qui la généralisation d'une nature dite technologique fait perdre le rapport qu'a l'homme avec l'écosystème biologique. Et pourrait dégrader ses facultés à communiquer et interagir.

Pour reposer son esprit, mieux vaut regarder un coin de verdure par la fenêtre que regarder ce même paysage sur un écran. Voilà ce qu'annonçait il y a quelques mois l'université de Washington, qui publiait un rapport sur les limites du tout technologique. Elle récidive aujourd'hui, en s'intéressant à la perte du rapport avec la nature que la surabondance de technologies provoque. Le constat de l'équipe est simple : les techniques modernes empiètent sur les connexions qu'ont les individus avec l'environnement naturel. Et provoquent un déplacement important : pour les personnes, l'univers technologique qui les entoure devient la norme. Une intrusion capable, selon les chercheurs, de provoquer un appauvrissement de l'espèce humaine. En effet, l'interaction de l'homme avec la machine n'atteint pas la qualité de celle qu'il peut avoir avec un être vivant.
Des interactions dégradées
Pour démontrer cette théorie, l'équipe a étudié comment des enfants interagissaient avec le robot chien Aibo. Conclusions : sur certains aspects, les jeunes traitaient les robots comme un véritable chien. Mais ces interactions restent superficielles. Le problème, c'est que "robots et animaux virtuels sont en train de remplacer les rapports que les enfants peuvent avoir avec de véritables animaux", souligne Jolina Ruckert, qui participe au projet. Et d'ajouter : "Il y a du coup des risques que ces rapports avec une nature dite technologique deviennent pour les personnes la référence de l'expérience que l'homme a de la véritable nature et des êtres qui la représentent". Selon la chercheuse, ce déplacement risque de provoquer ce qu'elle appelle une amnésie environnementale générationnelle.
Un appauvrissement de l'espèce ?
C'est-à-dire la perception de la situation qu'ils vivent comme la norme. Et donc l'oubli de ce qu'est le véritable état de nature. Etat déjà en partie dégradé ne serait-ce que par l'urbanisation. Le problème de cette situation étant que si chaque génération estime vivre dans un environnement naturel, il deviendra de plus en plus difficile de revenir en arrière. "Les gens pourraient croire que si la technologie est bonne en partie, cela leur suffira pour exister", explique Peter Kahn, auteur principal de cette nouvelle étude. "Mais elle ne suffit pas. Or ce qu'il risque d'arriver, c'est que de génération en génération, cette perception de la technique passe de plus en plus de 'assez bien' à 'satisfaisant'". Et de conclure : "Si nous n'en changeons pas le cours, cela risque de nous appauvrir sur le plan psychologique".

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