La télévision sur mobile : ça marche !

Par 23 mars 2007

Imaginez que votre télévision, en qualité numérique, vous suive partout dans vos déplacements. De longs trajets en transports en commun et vous sortez de votre poche votre télévision numérique pour passer le temps. Une petite pause au bureau et vous pouvez jeter un d'oeil sur la finale du match de football. Vous devez impérativement sortir de chez vous alors que vous étiez plongé(e) dans votre série préférée. Pas d'inquiétude, votre TV mobile est là et vous permettra de regarder tranquillement la fin de votre série pendant le trajet.

Ce qui pour nous, en France, relève de la techno-fiction représente aujourd'hui le quotidien tout à fait ordinaire des Coréens et des Coréennes. Depuis 2004 en effet, la Corée s'est donnée les moyens en lançant le satellite MB Sat puis en déployant sur 2 ans quelques 7 000 relais terrestres. Résultat : 95% du territoire est aujourd'hui couvert par la télévision mobile par satellite. Et 97,7% du territoire sera couvert dans un avenir proche. Le succès a été immédiat : un million d'abonnés en seulement vingt mois pour accéder à ce nouveau service qui, et cela doit être souligné, est payant ! Du coup la télévision mobile en diffusion terrestre, l'équivalent de notre TNT française mais "version mobile", a été lancée dès l'année suivante, en 2005. L'argument de choc a été de proposer tous les programmes en accès gratuit. Ainsi, malgré une qualité moindre, il s'est vendu quelque 2,65 millions de récepteurs la première année (essentiellement des téléphones mobiles), soit près de 10 000 par jour, alors que le service n'est pour l'instant réservé qu'aux seuls habitants de Séoul et de sa région. Tous modes de diffusion confondus (satellite et terrestre), les projections tablent sur 21 millions d'utilisateurs en 2012 en Corée. Le 27 février 2007, L'Atelier a pu se rendre au siège de TU Media Corp. à Séoul pour mieux comprendre comment un tel succès était possible. TU Media est un consortium détenu à 33% par SK Telecom (le premier opérateur mobile de Corée), à 10% par EchoStar spécialiste dans la diffusion satellite et à 5,6% par Samsung. L'écran Faire tenir un écran de télévision dans un téléphone mobile est, a priori, une idée qui laisse dubitatif. C'est d'ailleurs un sentiment partagé par bon nombre de nos concitoyens qui considèrent déjà passer trop de temps devant la télévision. Les avis changent cependant du tout au tout lorsque l'on teste ce service. L'image Ce qui est surprenant, c'est que l'image est d'excellente qualité et ne se brouille pas, même en situation de grande mobilité. En diffusion satellite, l'image est théoriquement stable jusqu'à 300 km ! Le passage d'une chaîne à une autre est, quant à lui, assez fluide. Les terminaux Du côté des terminaux, la qualité des écrans s'est considérablement améliorée : les terminaux qui présentent de confortables diagonales n'en sont pas pour autant "mastoques" et l'angle de vision est généralement assez grand. Les utilisateurs Côté utilisateurs, les statistiques de TU Média sont fort intéressantes : 65% des clients sont des hommes, les 20-30 ans représentent 35% de l'audimat et 82% habitent en zone urbaine, bien que la couverture du service soit nationale. Les contenus Les contenus les plus prisés sont les vidéos (65% de l'audience). Les 35% restant étant des contenus audio (chaînes de radio numérique). Les programmes les plus populaires sont de très loin les séries et le sport. Au total, 15 chaînes vidéo et 19 chaînes audio sont disponibles. Et en moyenne, les abonnés passent plus d'une heure par jour devant ce "petit" écran. Il faut donc se rendre à l'évidence, regarder la télévision sur mobile, ça marche ! Le modèle économique Reste à savoir si cela rapporte ? L'investissement est en effet considérable : 500 millions d'euros ont été injectés par les actionnaires pour mettre en place le système de diffusion (satellite et relais terrestres) auxquels s'ajouteront bientôt 73 millions d'euros pour développer davantage encore le service. Les revenus sont pour 99% générés par les abonnés. Il faut compter environ 20 dollars pour ouvrir un compte et 11 dollars/mois d'abonnement. Des programmes au Pay Per View sont également disponibles pour environ 2 dollars. TU Média perçoit directement environ 50% de ces recettes. Les fournisseurs de contenus et les télécoms touchent 25% chacun. La publicité, la distribution de contenus et la fourniture de technologies ne génèrent que 1% des revenus pour le moment. TU Media souhaite faire monter ce type de services entre 5 et 10% de ses revenus dans les années à venir. Selon ce modèle économique, TU Media estime son seuil de rentabilité à 4,5 millions d'abonnés. Aujourd'hui, plus d'1 million de Coréens a pris le pli. A l'avenir, les Coréens pourront recevoir sur le même téléphone mobile la télévision en réception satellite (S-DMB) ainsi qu'en réception terrestre (T-DMB). De quoi multiplier les choix de programmes. Pour l'instant, le coût de production d'appareils bi-modes est à un prix trop élevé pour envisager leur commercialisation. Malgré un système de diffusion satellite qui par définition n'autorise le transfert de données qu'en voies descendantes, l'interactivité devrait également se développer. En effet, TU Media utilise déjà le réseau de téléphonie mobile pour faire passer les données en voie montante et assurer ainsi de l'interactivité avec ses utilisateurs. Patrice Nordey Responsable Asie L'Atelier BNP Paribas Au sommaire : - La télévision sur mobile : ça marche ! - Corée : Plongée dans l'univers de CyWorld - La Corée paye le coût de la monoculture - Nos amis les robots >> Retour au dossier  

Mentions légales © L’Atelier BNP Paribas