"Sur le terrain de l'innovation, les applications technologiques vont recréer du lien social"

Par 12 août 2010
Mots-clés : Smart city

L'innovation sociale permet aux entreprises de gagner en légitimité en mettant leur compétence au service de la société. Pour être efficace, ce concept impose aux structures une reconfiguration des méthodes de travail.

Entretien avec Damien Roussat, gérant de la société Interhack et président de l'association InformEthic.
L'Atelier : Quel lien existe-t-il entre l'innovation sociale et la collaboration?
Damien Roussat : L'innovation sociale consiste, pour des structures de natures variées à s'accorder sur des marchés communs. Elle diffère de la collaboration telle qu'elle était comprise auparavant, avec des partenariats principalement politico-financiers. Désormais, il s'agit d'ajouter à cela la dimension technique. Une ONG va par exemple gagner en efficacité si elle parvient à concilier l'action de son équipe sur le terrain avec celle de l'équipe technique qui pourra se charger d'administrer l'alerte d'une catastrophe. Dans ce croisement des disciplines, la collaboration impose de maîtriser de nouveaux langages.
Quel est le rôle des nouvelles technologies dans l'innovation sociale? Et en quoi cette innovation diffère-t-elle du traditionnel co-working ?
Aucune branche de métier n'a de solution de communication taillée pour son secteur. Les nouvelles technologies vont devoir s'adapter à cet environnement pour devenir de nouveaux canaux de communication sociale. Les applications technologiques peuvent de fait récréer du lien social. Dans ce sens, elles ne constituent pas une fin mais un moyen. Pour plus d'efficacité, leur utilisation doit être calibrée. L'objectif est de pouvoir trouver une alchimie entre des individus qui ne sont pas habitués à travailler ensemble, car n'appartenant pas au même secteur. Le co-working est une manière de communiquer, de s'entourer et de développer ces réseaux. Il y a une dimension communautaire dans l'innovation sociale qui impose d'adopter cette technique de travail. C'est-à-dire de trouver l'environnement approprié pour que l'idée sociale d'une entreprise devienne concrète.
Comment les entreprises doivent-elles intégrer l'innovation sociale dans leur discours et leur action?
La responsabilité sociale des entreprises laisse penser que les compagnies sont aussi des acteurs socio-économiques. Et que l'innovation sociale peut également conduire à des retombées en termes d'activité et de communication. Concevoir des problématiques sociales n'est pas la fonction première des entreprises. Aussi doivent-elles s'allier avec des acteurs de cet environnement. Par ailleurs, les start-up qui se lancent dans ce domaine d'action vont devoir orienter leur produit pour se créer une niche. Face à d'autres acteurs bien installés, elles vont devoir se trouver un territoire d'application et une audience.
L'innovation sociale est-elle une tendance qui, comme le concept "d'entreprise citoyenne" en son temps, est destinée à s'imposer ?
Il y a longtemps que l'innovation sociale existe mais pour des raisons de compétitivité économique, elle n'a jamais été reconnue. Elle s'est ancrée dans la société avec l'émergence du concept de RSE. Cependant, il va falloir créer un climat favorable à son émergence. Car si l'Etat propose des aides à l'innovation, il s'agit surtout d'un soutien pour des projets d'innovation technique.

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