Tiens, qui ne c'est qui green ?

Par 04 mars 2009 2 commentaires

Global Equities & Commodity Derivatives avec une réduction générale de la consommation électrique d'un facteur de 190.  Explications : je viens de recevoir un communiqué de presse de la maison mère de L'Atelier (ce qui me fait penser à un twitt d'un internaute qui disait récemment Atelier = BNP paribas. Oui oui, et ça fait trente ans que cela dure).

Parenthèses après les parenthèses : je mets parfois plus de temps à comprendre ce que font les filiales de BNP Paribas qu'à appréhender le contenu technique de ses communications. Il me faudrait toujours un Philippe Torres en face de moi... Pour revenir au fond, cette activité de la banque d'investissement de BNPP a décidé de changer de plate-forme de calcul destinée à gérer ses portefeuilles composés d'instruments financiers complexes. Je confirme, pour le complexe.

Tout en écrivant ce post, je navigue sur Wikipedia, sur des sites financiers, et je ne comprends toujours pas, et toujours pas (non plus) de Philippe Torres. Il ne s'agit pas là de faire trois additions dans la journée, mais plutôt de traiter mille milliards d'opérations par seconde (Teraflops, soit FLoating point Operations Per Second). Pour cela, ils se sont adressés à Nvidia.

Pour moi, ce Californien était surtout très bon pour faire des cartes graphiques pour joueurs acharnés. Raté, il produit aussi des systèmes pour du calcul intensif. Dont un intriguant "personal supercomputing at your desk", qui va 250 fois plus vite qu'un PC classique mais qui, patatras, n'est pas vraiment destiné à un usage type écriture des dépenses domestiques dans un fichier Excel. Revenons à CIB (soit Corporate and Investment Banking).

Ce faisant (i.e. en s'adressant à Nvidia), ils ont remplacé plus de 500 coeurs de processeurs traditionnels - consommation électrique de 25 kW - par deux NVIDIA Tesla S1070 - consommation 2 kW. D'où le réduction générale de la consommation électrique d'un facteur de 190 du début de post. CQFD. Dernier petit coup de fil à Philippe, histoire de finir le post dignement en expliquant le dessous de Global Equities & Commodity Derivatives, mais pas de réponse.

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2 Commentaires

Next Time Send Me An Owl !

[Cher Kirikou,

J’ai bien reçu ta lettre qui m’a fait grand plaisir ! C’est sympa de pouvoir se donner des nouvelles comme ça, de temps en temps, grâce à Ton Internet. C’est vrai que le téléphone c’est peu fiable finalement. (Est-ce toi cette petite voix que j’entend dire « has been » quelque part ? Ou est-ce celle de Louis ? .

J’en profite pour ajouter un petit comment à ton post en réponse aux « questions » que tu poses.]

R&D bancaire

Investiment banking, Banque d’Investissement en Français, est un des trois grands pôles d’activités des banques généralistes (les deux autres sont la Banque de Détail (Retail Banking), qui gère nos comptes, nos moyens de paiement etc. et la Gestion d’Actifs (Asset Management), celle qui gère notre épargne, l’assurance vie etc.

CIB signifie Corporate & Investment Banking, que l’on traduit par Banque de Financement et d’Investissement. C’est en gros la partie de la banque qui s’occupe des grandes entreprises (le côté corporate), notamment celles de l’industrie qui ont d’énormes besoins de financement pour se développer, et des marchés financiers (le côté investment).

L’activité Global Equities & Commodity Derivatives est située côté marchés financiers. Equity c’est le capital. Commodity c’est les matières premières. Derivatives c’est les produits dérivés, sous entendu dérivés de produits financiers. Par exemple un dérivé d’actions (Equity derivative) est un produit financier créé à partir de la valeur d’une ou plusieurs actions (qui sont elles mêmes des produits financiers). Le résultat peut donner l’équivalent d’un produit d’assurance pour ses investissements par exemples. Ces produits sont eux mêmes mis en vente sur les marchés financiers etc. C’est le côté complexe que tu confirmes - à juste titre - dans ta parenthèse. Sur le même principe il existe des produits financiers qui dérivent de la cotation des matières premières (Commodity Derivatives). Même objectif : investir différemment ou assurer ses investissements dans les matières premières.

Le sujet est tellement complexe qu’il est au cœur de la R&D bancaire. Il nécessite des ressources humaines de haut niveau en Mathématiques Appliquées (à la Finance, l’Economie, la Gestion de Risque etc). Mais il demande également des ressources de haut niveau en informatique.

Des processeurs et des images

nVidia est créée au début des années 1990s, dans la Silicon Valley par des anciens d’AMD, de Hewlett-Packard et Sun Microsystems. Ils conçoivent et font produire des micro-processeurs spécialisés dans l’affichage vidéo. Ils exploitent l’idée que pour répondre aux besoins de traitement de l’image numérique il est nécessaire d’avoir un processeur dédié, en quelque sorte un ordinateur dans l’ordinateur, qui « passe son temps » à supporter la production et l’affichage des images. Ils fabriquent donc les processeurs graphiques qui vont équiper les fameuses cartes vidéo qui deviendront vite des objets de cultes pour gamers. Ces processeurs vidéo dédiés illustrent le concept informatique de calculs en parallèle, puisqu’ils ont pour but de traiter les opérations liées à l’Image en même temps que sont traitées celles liées aux autres fonctions de l’ordinateur, donc en réduisant les « files d’attentes » entre opérations qui seraient sinon traitées successivement.

Le Temps, plus ou moins réel

Quand on est obligé de traiter l’information en « live » (typiquement le calcul d’une image de synthèse pour un jeu vidéo interactif) on a en gros deux possibilités. La première consiste à augmenter le nombre « d’opérations par secondes » effectuées par le processeur. C’est ce qui conduit à augmenter la « cadence » (fréquence d’horloge) des machines, procédé qui augmente également la consommation électrique nécessaire pour faire « tourner » des processeurs de plus en plus vite (et pour les refroidir parce que plus ça tourne vite et plus ça chauffe). L’autre possibilité consiste à faire le plus possible de calculs « en même temps », sans nécessairement augmenter la consommation électrique, ou du moins de manière moins « bestiale ». Alors que l’augmentation de la fréquence d’horloge est une façon très « physique » ou « hardware » de résoudre la question de la puissance de calcul des processeurs, les calculs en parallèle sont une approche plus « intelligente » plus « software » qui fait appel à des algorithmes d’optimisation des opérations à traiter et une bonne connaissance parfois des programmes à exécuter (donc c’est complexe également). Depuis la création de nVidia, la miniaturisation des processeurs a permis de créer de chips multi-cœurs, c'est-à-dire l’équivalent de plusieurs processeurs qui fonctionnent en même temps avec la fréquence d’horloge d’un seul processeur. Ca consomme moins d’énergie (que ce qu’il faudrait consommer en augmentant la fréquence d’horloge) et ça permet de calculer plus vite (à condition que le terrain d’application se prête aux calculs en parallèle).

De l’IT dans l’innovation bancaire ?

La question du temps réel ou quasi réel est un point commun entre la vidéo numérique et l’informatique des salles de marchés. Ces deux activités ont besoin de programmes qui s’exécutent à des vitesses proches « de la réalité ». Pour la vidéo parce que le simulateur de vol ou le jeu interactif se jouent en live et pour les salles de marché parce que les marchés financiers réagissent quasiment en temps réel. Dans un cas comme dans l’autre les volumes de données numériques à traiter augmentent de manière très rapide et continue et les programmes qui les manipulent sont de plus en plus complexes. Il est vital d’utiliser ce qui se fait de mieux en terme de technologies pour supporter ces activités.

Que l’industrie de la Finance s’inspire de l’industrie du Cinéma ou du Jeu vidéo pour améliorer ses processus prouve que l’innovation bancaire ne se limite pas à la R&D bancaire (celle qui est cœur des métiers de la banque), mais qu’elle dépend aussi de l’innovation dans les NTIC en général. [Ton post en est un très bel exemple, Kirikou et tu ne peux pas savoir ce que ta lettre m’a fait plaisir !]

[PS. Sinon que penses-tu d’élever des chouettes qui viendraient nous apporter nos messages directement en salle de réunion quand on n’arrive pas à se joindre au téléphone ? ]

Soumis par PhT (non vérifié) - le 05 mars 2009 à 15h24

Merci Mr. Philps. Votre prochaine mission, si vous l'acceptez, est dans un post autodesctructible dans le site des parenthèses de L'Atelier dont le titre est presque aussi long que votre réponse érudite.

Avec toute ma cordialité, même si cela ne se dit pas.

Sachez que je suis fier d'être votre collègue de bureau du futur.

Soumis par admin - le 05 mars 2009 à 15h52

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