#TNWC : "L'entreprise doit être une valeur ajoutée de la smart city"

Par 27 mai 2016
Mots-clés : Smart city, business, Europe
Business in a smart city

Quand tout devient digital, que se passe-t-il ? C'est la question à laquelle a voulu répondre Rashik Parmar, directeur du Cloud Advisor chez IBM Europe, lors de sa présentation à l'événement The Next Web Conférence d'Amsterdam les 26 et 27 mai.

La transformation digitale de notre société est en cours, mais une fois que tout le monde est devenu digital, que se passe-t-il ? Quelles sont les nouveaux défis du business digital ? Qu'est-ce que l'intelligence digitale et comment la transposer à la smart city ? Rashik Parmar a répondu à ces question lors de l'événement The Next Web Conférence les 26 et 27 mai derniers à Amsterdam.

Photo de Rashik Parmar

Rashik Parmar a construit toute sa carrière à IBM : d'abord ingénieur distingué, il est devenu en 2014 le directeur du Cloud Advisor pour l'Europe et a été un temps président de l'Académie Technologique d'IBM. Expert de la smart city et des datas, il a confié son analyse du "what's next" à L'Atelier.

Le sujet de votre présentation à l’événement The Next Web Conference était « quand tout devient digital, qu’est ce qu'il se passe? ». Alors dîtes-nous : que se passe-t-il, quelle est la prochaine étape ?

La prochaine étape est de donner du sens aux données et de les appliquer à des problématiques qui comptent vraiment pour la société, les individus, les entreprises et les villes. Il ne faut plus penser aux données seulement comme un produit à vendre ou acheter, mais commencer à le voir comme le début d’une chaîne de valeur, à différents niveaux, là où les interactions convergent.

C’est un nouveau défi pour les entreprises ?

Oui, car la plupart des entreprises veulent gagner de l’argent en proposant un produit ou service, mais très peu pensent à réellement créer une expérience. Je parle de l’expérience entière, pas seulement un petit morceau. Les données peuvent vraiment aider à comprendre les besoins de la société et des individus.

Si on collecte vos tweets par exemple, les mots que vous utilisez dans vos publications vont permettre de comprendre qui vous êtes, votre personnalité ce qui vous importe, quel est votre passé et quels sont vos besoins. Ce choix des mots est un indice très important pour l’entreprise ! Mais beaucoup d’entre elles s’éloignent de cette profusion d’indices et n’essayent pas de les assembler pour qu’ils fassent sens.

L’industrie digitale n’est pas suffisamment tournée vers l’humain selon vous ?

Les entreprises se concentrent toutes sur des aspects différents de la chaîne de valeur du digital. Beaucoup d’entre elles travaillent sur la création de nouvelles données et très peu sur l’expérience grâce à ces données. Ces derniers sont par exemple Google ou Amazon, qui offrent un service et travaillent en même temps sur la façon de replacer le business « traditionnel » dans le business digital. Je pense que c’est un début. Vous savez, on ne sait pas encore tout du business digital !

C’est pour ça qu’une chaîne de nouveaux profils et de nouvelles compétences sont indispensables en entreprise. Nous avons besoin de collecteurs, de visionnaires, de théoriciens, d’ingénieurs et de justificateurs. Le « collecteur » cherche l’innovation dans la façon de capter et d’écrire les données. Le visionnaire comprend comment ces données peuvent changer la vie des individus. Le justificateur garantit la légitimité et l’éthique du projet. Ces profils sont essentiels pour comprendre comment les datas se transforment en potentiel pour la société.

Image d'une table ronde à la Next Web Conference

Les cinq nouveaux profils nécessaires à l'exploitation des datas, selon Rashik Parmar.

Finalement, pour se différencier, une entreprise aujourd’hui doit se re-concentrer sur l’humain et ses véritables besoins ?

Exactement : pour se différencier, il faut revenir aux sources, faire ce qui importe vraiment aux gens. C’est très facile à dire et très compliqué à faire. Il faut comprendre ce qui importe aux individus que l’on veut servir en utilisant tous ces petits indices qu’ils envoient, les assembler ensemble et pouvoir dire « ok, voilà ce qu’on va faire ». Ensuite, c’est de l'expérimentation. Il faut se remettre en question et faire plusieurs tentatives, car vous n’allez pas réussir du premier coup. Plus vous multiplierez les tentatives et plus vous deviendrez précis et tomberez juste. Une fois que vous êtes tombé juste, vous pouvez proposer votre service. Et c’est là que la croissance arrive.

Comment définissez-vous l’intelligence digitale et quelle différence faite-vous avec le business digital ?

L’intelligence digitale, c’est comprendre les données et les remettre en contexte pour en tirer du sens. Le business digital, c’est très simple : dans le business traditionnel vous achetez des produits, dans le digital vous achetez des données, sous de nombreuses formes. Ces datas servent les choses qui ne sont pas optimisées, pas appropriées, pas bonnes pour un individu quel qu’il soit.

Vous êtes expert en smart city et vous demandez “Quand tout devient digital, qu’est ce qu’il se passe ?” Est-ce que le “qu’est-ce qu’il se passe” ne serait pas l’engagement du business dans la smart city ?

Tout d’abord, je ne dis pas “smart city”, mais “smarter city”. Une ville plus intelligente. Je suis très pointilleux là dessus parce qu’il n’y a pas de fin à l’intelligence de la ville. Le terme “smart” indique que vous êtes intelligent ou non-intelligent, alors qu’être “smarter”, c’est un long chemin. Vous comprenez, dans une ville d’1,2 millions d’habitants par exemple, vous n’aurez jamais tout bon. Vous devez conforter la majorité, mais également être capable de vous adapter aux individualités.

Qu’est-ce qu’il se passe dans un contexte commercial ? Le business est là pour faire de l’argent et produire un service. Les entreprises font partie de l’écosystème de la ville, ils doivent distribuer des services qui importent aux citoyens, d’une manière qui intéresse les citoyens et qu’ils aiment. Mais en plus, les entreprises stimulent l’innovation dans la structure sociale elle même ! Elles rendent la ville plus attractive, lui apporte de la valeur ajoutée, donc elles doivent s’insérer dans les objectifs du futur de la ville. Ne pas prêter attention qu’à leur futur, mais aussi au futur des individus et de l’ensemble de la ville.

Quelle est et quelle devrait être la place du business digital dans la smart city ?

J’ai travaillé sur une initiative citoyenne. La question était “quel est le futur des gouvernements locaux ?”. Dans le passé, le gouvernement était là pour assurer la sécurité des citoyens à tous les niveaux : aider quelqu’un qui aurait perdu son emploi, proposer une couverture médicale, etc. Cependant, avec les coupes budgétaires d’aujourd’hui, un fossé réside entre ce dont nous avons besoin et ce qui est possible. Qui va combler ce fossé ? Les entreprises sociales, cette nouvelle catégorie du business qui émerge. Et si vous regardez en arrière, les entreprises qui ont connu les plus grand succès sont celles qui ont investie dans le business social. Celles qui ont soutenues la société.

Aujourd’hui, les entreprises sont tournées sur elles-mêmes, leur profit et leurs actionnaires. Ce que je vois pour le futur c’est le business dans une smarter city, qui s’intéresse à la ville en en soutenant tous les aspects. Pas seulement faire de l’argent grâce à la ville, mais la rendre plus sûre et soutenir les besoins futurs des individus autant que les individus qui s'attellent déjà à cette tâche

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