Sur la toile, les profiteurs sont plus utiles que dans la réalité

Par 18 avril 2011 1 commentaire
Mots-clés : Smart city, Amériques, Europe
Passager clandestin

Les électrons libres n'ont pas le même niveau de nuisance dans une communauté réelle que dans une communauté virtuelle. Ils pourraient même être des moteurs poussant les personnes actives à produire.

A en croire Max Planck*, les individus qui pensent que leurs pairs sont susceptibles d'agir de manière égoïste vont générer des comportements non coopératifs à leur égard. Cela peut par exemple induire un cercle vicieux dans les communautés, en l'occurrence urbaines. Qu’en est-il au sein des communautés en ligne ? Pour Bertrand Duperrin, consultant chez NextModernity, "il faut différencier ce qui tient de la collaboration traditionnelle de ce qui relève de la collaboration plus informelle, notamment sur les réseaux sociaux", explique t-il. Avant d'ajouter : "Si elle est informelle, il y a une légitimité quant à profiter d’un bénéfice collectif ". Ce qui n’est pas forcément le cas, dans une communauté où l’argent de contribuables est mis en jeu.

Tous perdants ?

Dans une communauté urbaine, la détérioration des biens publics amène les habitants à penser que les standards sociaux ne sont pas appliqués et la perte de visibilité de ces standards engendrera davantage de réactions égoïstes que d’action collective, et la totalité des individus pourra être considérée comme perdante. A la différence de la Toile car "si dans une collaboration virtuelle certains ne font que consommer, l’essentiel est que l’ensemble des individus aient un minimum de bénéfice, et notamment les 10 % des personnes investies et qui produisent du contenu", rajoute Bertrand Duperrin. Ce dernier précise que dans le cas d’une entreprise, ce n’est pas tant un problème si un individu profite du travail des autres, tant que cela est positif pour la structure.

Dilemme social

Max Planck induit également l’idée de l’existence de dilemme social dans une communauté, en s’appuyant sur une expérience de jeu où quatre joueurs disposent de 20 jetons avec, au choix, la possibilité de les investir dans la collectivité ou de les garder. Pour chaque jeton investi, chaque joueur reçoit 0,4 jeton. Autrement dit, si trois joueurs investissent tous leurs jetons, c’est le quatrième qui en aura le plus à la fin car il aura conservé ses 20 jetons initiaux. Les joueurs sont donc ici confrontés à un paradoxe social et optent souvent au final pour un comportement individualiste. Mais pour Bertrand Duperrin, les électrons libres agissant ainsi doivent être considérés avec importance dans les réseaux collaboratifs car "70 % des collaborateurs apprennent des autres. Les collaborateurs passifs ne sont donc pas inutiles dans un réseau social virtuel, ou même réel, car leur regard peut motiver les personnes plus actives et les pousser à continuer". Ce dilemme pourrait donc trouver cette résolution: dans tout type de collaboration, le regard des autres peut inciter une minorité à agir.

Haut de page

1 Commentaire

Intéressant article, mais qui malheureusement cache la complexité des relations humaines au sein de communautés.
Le jeu que vous mentionnez a des règles un peu plus élaborées que celles que vous citez, et vient en appui d'une notion appelée "punition altruiste": lorsqu'un comportement négatif peut être pointé du doigt (puni), le comportement des membres d'une communauté ne vire pas à l'individualisme, mais conduit plutôt à une forme de sacrifice collectif au bénéfice de la communauté. Cette notion a été mise en évidence par l'économiste suisse Simon Gächter ( http://archives.lesoir.be/sociologie-la-punition-altruiste-guide-la-cooperation-d_t-20020111-Z0LDHP.html )
Ce n'est pas le regard des autres qui incite à davantage de participation, mais une attitude consciente à l'égard de cette passivité qui renforce la cohésion des membres actifs au sein du groupe.

Soumis par Thierry de Baillon (non vérifié) - le 18 avril 2011 à 15h35

Mentions légales © L’Atelier BNP Paribas