Tour des tendances du SXSW : la place de l’homme au coeur des technologies

Par 25 mars 2016
cahier de tendances du dernier SXSW

L’édition 2016 du SXSW aura été marquée par le boom de la réalité virtuelle, la digitalisation du secteur public américain, les solutions de mobilité qui s’intègrent dans la smart city et les avancées technologiques en matière d’intelligence artificielle.

Créé en 1987, le South by South West (SXSW) brille aujourd’hui au firmament des plus grands évènements tech des États-Unis. Ce sont chaque année 35 000 visiteurs qui se bousculent à Austin au Texas pour assister aux conférences de la partie Interactive, centrée sur les nouvelles technologies, rencontrer les start-ups internationales du Trade Show, écouter les concerts de la partie SXSW Music, et se rendre dans les salles noires du SXSW Film. Ces trois composantes, technologique, musicale et cinématographique, forgent l’identité unique du SXSW, festival qui, à l’occasion de son édition 2016, a plus que jamais souligné l’importance de penser le place de l’humain face aux technologies. Retour sur les tendances clés du SXSW Interactive 2016, qui s’est déroulé du 11 au 16 mars dernier.

Au coeur du SXSW 2016

La réalité virtuelle, omniprésente et transversale

Impossible d’ échapper à la réalité virtuelle au SXSW cette année ! Lors de la partie Interactive du festival, plus de 190 évènements ont été liés de près ou de loin à la thématique (conférence, meet-ups, et autres installations comme le studio IBM , le lab McDonalds, l’espace Samsung, le stand Google Fiber, ou l’évènement Krush...).

D’après les estimations, 24 millions d’hardwares de réalité virtuelle seront vendus en 2018 (2.5 millions en 2015). En 2015, à l’échelle mondiale, les start-ups de réalité virtuelle et et de réalité augmentée ont levé 658 millions de dollars pour 126 marchés conclus (52 en 2014). La réalité virtuelle n’est donc plus seulement limitée aux jeux vidéos, elle est devenue une technologie complètement transversale. L’édition 2016 du SXSW s’est attelée à nous démontrer que peu importe l’industrie touchée par cette révolution technologique, cette dernière est au service d’une expérience humaine enrichie. Dans le cas du retail, la grande distribution comme l’e-commerce pour les tests de produits et l’industrie de la mode pour le visionnage des défilés (ce que fait la marque Rebecca Minkoff depuis déjà un an déjà) ont déjà commencé à faire usage de la réalité virtuelle, le tout au service d’une expérience client augmentée. Torsten Wingenter, directeur de l’innovation digitale de Lufthansa commentait, à juste titre, dans le cas de l’industrie du voyage, que « voyager n’a plus rien à voir aujourd’hui avec le fait de se rendre d’un point A à un point B mais que tout repose sur les expériences vécues ». En effet, les consommateurs ne sont pas en quête du simple produit ou service, mais ils recherchent bel et bien une expérience, ce qui semble faire écho à la promesse de la réalité virtuelle. Reste à savoir si cette technologie a le potentiel d’être un véritable levier de croissance des ventes.

Elle s’invite en tout cas aussi dans le secteur de la santé et du bien-être avec des acteurs comme Guided Meditation VR (présente à la Health & MedTech Expo de l’évènement) qui offre la possibilité de suivre des cours de méditation en pleine nature, où que vous soyez. Pour les médias, comme l’explique la Knight Foundation dans son rapport, là encore, la réalité virtuelle a un rôle à jouer et offre des opportunités de « storytelling » démultipliées et une capacité d’engagement des lecteurs avec le contenu jusqu’alors limitée.

Google, avec son Expeditions Pioneer Program, qui revisite le concept de la classe verte, nous montre qu’au-delà des médias, le caractère immersif de la réalité virtuelle laisse présager des applications prometteuses en matière d’éducation.

Les installations de réalité virtuelle au SXSW 2016

Gouvernement 2.0 ou la digitalisation du secteur public

Juste derrière la réalité virtuelle qui aura définitivement marqué cette édition 2016, la deuxième marche du podium des tendances du SXSW est, à n’en pas douter, occupée par la digitalisation du gouvernement fédéral ainsi que des gouvernements locaux (états et municipalités).

Barack Obama a officiellement ouvert les festivités de la partie Interactive du SXSW, le vendredi 11 février lors de son interview face à Evan Smith, CEO et rédacteur en chef du journal The Texas Tribune. Indéniablement, sa venue et son intervention sont un signe fort. Il s’agit en effet historiquement du premier président américain à se rendre au SXSW. Et cela entre en résonance avec les positions fortes du Président Obama sur le digital. « À l’heure où je suis sur le point de quitter la Maison blanche, il me tient à coeur à faire en sorte que mon successeur soit aligné avec ma vision du digital et que le gouvernement soit en progrès constant sur ces sujets », a expliqué le Président lors de son entretien.

En avril 2015, il nommait d’ailleurs Jason Goldman - ancien chef de produit chez Google puis chez Twitter ayant, aux côtés des co-fondateurs de l’oiseau bleu, Ev Williams et Biz Stone, contribué à l’émergence, entre autres, de Medium - au poste nouvellement créé de « Chief Digital Officer » de la Maison Blanche, une première. Sur les thématiques de santé, le gouvernement a également réalisé un grand pas en avant avec la « Precision Medicine Initiative », dans lequel il a investi plus de 200 millions de dollars en 2015, avec la vocation de révolutionner la manière dont on soigne les patients.

Si la présence de Barack Obama a annoncé la couleur de ce SXSW 2016, ce sont ensuite environ 200 sessions qui se sont succédées portant sur les efforts du gouvernement, et du secteur public en général, pour faire usage du big data en temps qu’outil décisionnel et vecteur d’engagement des citoyens. Les efforts des gouvernements locaux, à commencer par les municipalités locales, ont été d’ailleurs cités en exemples. Ce fut le cas de Kansas City, dans le Missouri qui a mis en place depuis plusieurs années un sondage en ligne de satisfaction des citoyens dont les résultats sont passés au peigne fin. Comme l’a expliqué Sly James, maire de Kansas City, « le système d’étude de satisfaction n’est pas nouveau, il date de 2005. En revanche, cela fait peu de temps seulement que nous analysons véritablement les données qui en ressortent. Nous avons également développé des outils d’analyse détaillée de notre performance en interne ».

La technologie est aussi utilisée dans les villes pour mieux répondre à leurs challenges comme la lutte contre les disparités. Ainsi, afin de résoudre le problème des déserts alimentaires présents dans certains quartiers de Baltimore dans le Maryland, la municipalité a développé sa propre application de livraison de nourriture. Comme l’a relevé Stephanie Rawlings-Blake, maire de la ville, à l’occasion d’une conférence, « dans certaines zones urbaines difficiles, les supermarchés refusent de s’implanter. Nous devions remédier à cela ».

Le big data est aussi envisagé comme un moyen d’engager les citoyens dans une logique de smart city. La mairie de Tacoma dans l’état de Washington, située à 30 km au sud de Seattle, fait également figure d’exemple pour la gestion de crises. Suite à la récession, la mairie avait dû couper son budget de 50 %, une situation délicate à gérer à laquelle pourtant, la mairie a offert une réaction des plus habiles. Ils ont en effet créé une plateforme en ligne pour inviter les résidents à voter pour les postes de dépenses qu’ils souhaitaient préserver, choix que la municipalité a réellement pris en compte par la suite.

Il est intéressant de relever que les initiatives lancées par les gouvernements locaux mis en avant lors de ce SXSW ne font manifestement pas usage d’une technologie très poussée. Et à l’échelle des États-Unis, il reste encore beaucoup de progrès à réaliser en matière d’utilisation des données par les mairies.

D’ailleurs, un récent rapport de la Bloomberg Philanthropies révèle que 70 % des villes américaines de taille moyenne se sont certes engagées à utiliser les données pour appuyer leurs décisions mais que seulement 28 % d’entre elles modifient les programmes municipaux en fonction de l’analyse de ces données. De la même manière, 64 % des villes de taille moyenne possèdent un programme de mesure de la performance pour évaluer les progrès réalisés en fonction de leurs objectifs, budgétaires par exemple. Cependant, seules 30 % d’entre elles disposent d’outils et de procédés pour analyser cette progression.

La « Smart City » et la « Smart Mobility » unies pour faire face au challenge démographique

Au SXSW, on a pensé la « smart car » et la « smart transportation » comme des tendances venant servir la ville intelligente. La smart city devient ainsi la ville qui sait optimiser ses ressources (les transports en commun préexistants par exemple), qui maximise notre qualité de vie à titre individuel (en réduisant le temps de trajet des habitants) et collectif, car elle améliore le vivre ensemble, le tout en tirant profit des solutions de mobilité intelligente.

Cette vision s’est en effet fortement ressentie lors des nombreuses conférences sur la mobilité du futur, à commencer par la keynote de Dirk Ahlborn, CEO d’Hyperloop. « Si les villes des États-Unis se sont concentrées pendant des décennies à s’étaler et ainsi développer leurs banlieues, le pays en revient aujourd’hui au cœur de ces villes », a commenté Dirk Ahlborn. Et la croissance démographique des villes et ses challenges - à commencer par les problèmes de congestion dans les villes américaines où les réseaux de transport publics sont faiblement développés, ont évidemment également fait partie des discussions. La population de New York, à titre d’exemple, devrait passer de 8.2 millions d’habitants en 2010 à 9 millions en 2025. Et des scénarios similaires se déroulent à Chicago et Los Angeles, les deux villes les plus peuplées des États-Unis après New York. « Chaque heure, 10 nouvelles personnes emménagent à New York. Nous devenons un pays de plus en plus urbain, 1 Américain sur 3 habite dans une des trois plus grosses villes du pays », détaille Daniel Levy, fondateur et CEO du projet East River Skyway. Selon les Nations Unis, la population urbaine mondiale qui s’élevait à 746 millions de personnes en 2050, devrait représenter plus de 6 milliards en 2045 (soit augmentation de 53,8 % par rapport à 2014).

Dirk Ahlborn, patron d'Hyperloop, durant sa keynote

Dirk Ahlborn, patron d'Hyperloop, durant sa keynote 

Hyperloop, lancée en 2013 par Elon Musk, entend proposer une réponse à la densité du trafic urbain. « La technologie sur laquelle repose Hyperloop, qui n’est pas nouvelle d’ailleurs, pourrait nous permettre d’effectuer 1 km en 3 secondes (...) On pourrait imaginer des plateformes offshore que les passagers rejoindraient depuis les ports des villes par bateau ». Optimiser le flux de personnes entrants et sortants des villes, et ainsi contribuer à décongestionner les centres urbains, voilà les ambitions d’Hyperloop. On pourrait pourtant reprocher au projet de ne pas s’intégrer complètement aux transports urbains préexistants quand d’autres s’attaquent directement à la question du dernier kilomètre. C’est notamment le cas d’East River Skyway à New York, qui par le biais de véritables bus dans le ciel constitue un alternative aux transports au commun traditionnels. Le gondola lift ou télécabine consiste en un système de transport par câble, qui est à la fois porteur et tracteur. On a déjà pu voir se développer ce système dans certaines villes émergentes comme La Paz en Bolivie ou Rio de Janeiro au Brésil. Londres avait même développé un système similaire pour les Jeux Olympiques de 2012.

Retrouvez ici notre Silicon Carnet dans L’Atelier Numérique du 19 mars sur les solutions de mobilité au service de la smart city au SXSW

Si la technologie n’est donc pas nouvelle (pensons aux stations de ski), elle a pourtant fortement progressé : aujourd’hui, les voitures suspendues peuvent contenir jusqu’à 35 personnes, elles sont ultra rapides en contexte urbain et de surcroît, le système s’intègre pleinement aux réseaux de transports préexistants. En plus d’être complètement écologique, il est aussi rentable selon les propos de Daniel Levy, fondateur et CEO du projet East River Skyway. Un dernier point qui n’est pas sans intérêt quand on connaît le casse-tête que représente la rentabilité des lignes de métropolitain pour les entreprises en charge des réseaux. Pour ce qui est d’East River Skyway, il s’agit d’abord de relier Brooklyn et Manhattan en une trentaine de minutes comparées au 55 minutes actuelles et par la même désengorger les lignes de métro à l’heure de pointe. À terme, le projet aimerait s’étendre tout au long de l’East River.

L’intelligence artificielle progresse

L'intelligence artificielle, avec l’arrivée des assistants virtuels, nous fait envisager l’émergence d’une méta-intelligence. Et les récentes avancées technologiques en matière d’intelligence artificielle tout comme les opportunités qu’elle dessine et les changements qu’elle risque d’induire dans différentes industries pour nos sociétés et pour toutes les industries ont été des sujets phares du SXSW 2016. Selon Kevin Kelly, fondateur du magazine Wired, intervenu à l’occasion du SXSW, les entreprises s’arrachent les technologies d’intelligence artificielle en premier lieu car elles sont jugées indispensables à l’automatisation des procédés internes aux entreprises. Les avancées technologiques les plus traitées durant les différentes sessions ont été l’analyse d’images et le « deep learning », tout ceci avec une seule idée en tête: la quête du cerveau humain. Les technologies d’analyse d’images de plus en plus puissantes voient le jour.

D’après George Hotz, CEO de comma.ai, en 2010, il y avait, sur la banque d’images ImageNet, environ 30% d’erreurs, sur la reconnaissance d’images. En 2014, les chiffres plafonnaient à 5% ; en 2015, ils parvenaient à descendre à environ 3%, soit l’équivalent des capacités du cerveau humain. Un niveau de précision, indispensable pour l’intelligence artificielle et ses applications telles que la conduite autonome. En réponse à une des questions posées par le public : « Les clés de la voiture autonome de Google arriveront-t-elles dans les mains des conducteurs dans plus ou moins de 3 ans ? », Chris Urmson, patron du projet Google Car, avançait : « Un peu des deux ! Notre objectif est que la conduite de la voiture autonome soit meilleur que celle des humains. Les Google Cars ne seront pas sur le marché tant que ce but ne sera pas atteint ». George Hotz aborde un point similaire dans sa keynote concernant son projet de construction d’une voiture autonome. Selon lui, le concept d’autonomie de la voiture intelligente sera pleinement réalisé le jour où la conduite de cette même voiture deviendra aussi prévisible que celle des humains. De la même manière qu’un conducteur adapte son comportement de conduite à celui des autres et apprend de la conduite d’autrui, la voiture autonome sera elle aussi en apprentissage permanent.

Austin en fête durant SXSW

Les facultés d’analyse du cerveau humain, ses modèles de fonctionnement, dont la génération des émotions, constituent aujourd’hui l’inspiration première des chercheurs. La fondatrice de la start-up Jibo l’a d’ailleurs souligné pendant la session « A robot companion : human’s best friend ? » : « L’intelligence émotionnelle comme le nouvel axe de recherche au sein de l’intelligence artificielle ». Le robot spécial « smart home » développé par Jibo est doté d’une intelligence capable de reconnaître et d’analyser les sentiments d’une personne et peut ainsi stimuler certains comportements et émotions chez l’utilisateur.

Malgré des avancées technologiques phénoménales qui offrent de grandes possibilités pour toutes les industries, une question reste dans toutes les bouches: qu’en est-il du futur du travail ?

D’après les propos de George Hotz, « la productivité, c’est pour les robots ! » et Kevin Kelly de compléter : « L’intelligence artificielle et la robotique permettront à long terme de remplacer plus de la moitié des emplois, tels qu’on les connaît aujourd’hui ». On parle en premier lieu des emplois routiniers dont les tâches sont répétitives et prévisibles, au sens où on est capable de les séquencer en micro-actions. Bonne ou mauvaise nouvelle ? On s’inquiète de la possible accentuation des inégalités que l’on connaît déjà aujourd’hui. Selon les intervenants, l’humanité pourrait profiter de ce progrès technologique pour dégager davantage de temps pour d’autres activités et pour se concentrer davantage sur la réflexion et la création.

Retrouvez ici notre analyse des tendances du SXSW lors de L'Atelier Numérique du 19 mars !

En somme, lors de l’édition 2016 SXSW, qu’il s’agisse de la réalité virtuelle, de la technologie au coeur du gouvernement et du secteur public, des solutions de mobilité intelligente ou encore de l’intelligence artificielle, toutes ces grandes tendances ont été pensées et abordées, selon une approche « human-centric », intégrées à un écosystème et un environnement, ce qu’on ne peut évidemment que saluer !

Par Agathe Foussat et Pauline Canteneur

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