La troisième révolution des êtres humains est-elle en marche ?

Par 06 mars 2006

S'est tenue, le 1er mars dernier, la première nocturne de l'Observatoire du Véhicule d'entreprise (OVE), avec en invité Jean-Michel Billaut, fondateur de l'Atelier, interviewé pour l'occasion par Jean de Chambure...

S'est tenue, le 1er mars dernier, la première nocturne de l'Observatoire du Véhicule d'entreprise (OVE), avec en invité Jean-Michel Billaut, fondateur de l'Atelier, interviewé pour l'occasion par Jean de Chambure.
 
Ce compte-rendu, initialement paru sur ce blog, a été exécuté à partir de notes lacunaires. Il se veut une transcription fidèle, à défaut d'être exhaustive, des propos échangés, mais demande probablement à être complété, notamment au niveau des sites et des personnes citées.
 
Jean-Michel Billaut étudie "l'épopée des homo-sapiens", partis d'Afrique pour conquérir le monde. Il y aurait eu depuis les origines entre 100 et 110 milliards d'individus sur la planète. Une ère marquée principalement par deux grandes révolutions.
 
Il y a 8 000 ou 10 000 ans, la révolution agricole fait de l'homo sapiens, jusqu'ici nomade, un sédentaire. Viennent ensuite les guerres, les armées et la féodalité, constituantes nécessaires d'une société dans laquelle il est nécessaire de protéger ses cultures et ses biens. La seconde révolution, il y a environ 250 ans, est industrielle : elle voit les gens des campagnes rejoindre les usines. C'est le début de la production de masse.
 
Entre ces deux révolutions, guère d'évènement notable, si ce n'est l'invention de l'imprimerie par Gutenberg, "dans un bled paumé"...
 

Jean-Michel Billaut, Jean de Chambure
 
Selon Jean-Michel Billaut, nous sommes à l'orée de la troisième révolution et cette dernière va s'articuler autour de groupes de technologies convergentes.

les nanotechnologies
les robots humanoïdes
les énergies renouvelables
les biotechnologies, ou biologie synthétique

 "Et Internet dans tout çà ?", demande Jean de Chambure. La Toile aura dans cette troisième révolution le même rôle que l'imprimerie en son temps : permettre de capitaliser les savoirs et d'augmenter la masse de connaissances.
 
Les nanotechnologies
 
Comme leur nom l'indique, le champ des nanotechnologies est de l'ordre du nanomètre (10-9 m). Nous sommes à l'échelle des atomes. La manipulation des atomes va permettre d'inverser le sens de la production. Pour le papier par exemple : actuellement, nous partons de l'arbre pour arriver à la feuille de papier, dans une logique up-down. Les nanotechnologies permettent d'inverser cette production : partir de l'atome (bottom) pour aller vers la feuille (up), en procédant à une réorganisation de la matière. Les scientifiques travaillent déjà à l'élaboration de machines moléculaires capables d'effectuer un tel assemblage.
 
Les robots humanoïdes
 
Jean-Michel Billaut a rapidement présenté Jean-Christophe Bailly, développeur de systèmes d'exploitation utilisés pour contrôler des éléments mécaniques ou des robots, accompagné d'un exemplaire d'Aibo, le robot-chien dont Sony vient d'arrêter la production.
 
Tous deux soulignent l'effervescence importante et la fascination exercée par la robotique, avec le passage d'une conception utilitaire du robot à l'idée d'un "robot-compagnon". Aibo, par exemple, est autonome et fait ce qu'il veut. C'est l'interaction qu'on partage avec lui qui suscite des sentiments.
Les Japonais n'ont pas la même vision que les Européens de la robotique, a rappelé Jean de Chambure pendant que Jean-Michel Billaut diffusait un extrait vidéo de la présentation d'Asimo 2 au CES 2006.
 
Là-bas domine une culture animiste et l'idée qu'un robot puisse remplacer l'homme ne choque pas. Hans Moravec, l'un des plus grands chercheurs en robotique au monde, établit un parallèle entre la machine et l'homme, en termes de "puissance informatique". Il estime par exemple que la simulation de l'ensemble des fonctions du cerveau humain demanderait une puissance de calcul de l'ordre de 100 millions de MIPS (Millions d'Instructions Par Secondes). D'après certaines courbes comparatives, des machines économiquement rentables capables d'égaler – puis de dépasser – le cerveau humain devraient voir le jour dans quelques dizaines d'années.
 
Les énergies renouvelables
 
"Savez-vous que la Suède veut mettre fin à sa dépendance au pétrole d'ici 2020 ?", lance Jean-Michel Billaut. Les réserves en énergie fossiles s'épuisent. Il devient impératif de se tourner vers de nouvelles formes d'énergie, comme l'hydrogène ou le solaire.
 
Actuellement, le rendement pour l'énergie solaire (panneaux) est d'environ 15 %. Grâce aux nanotechnologies, nous devrions pouvoir atteindre un rendement de 30 %. Ainsi, 2 % du territoire métropolitain (soit un département) couverts suffiraient à couvrir les besoins de la France en électricité, affirme Jean-Michel Billaut, invitant à regarder l'interview de Thierry Leperq, réalisée dans le cadre du BillautShow.
 
D'importants progrès ont déjà été réalisé dans ce domaine, souligne-t-il en donnant quelques exemples : Konarka, qui fabrique un "power plastic" capable de fournir de l'électricité, ou Nanosolar, qui met au point des pigments nanotechnologiques capables convertir la lumière ambiante en énergie. Tout ceci devrait se généraliser dans les dix ou quinze années à venir.
 
Les biotechnologies, ou biologie synthétique
 
L'objectif des biotechnologies est de fabriquer de la matière vivante de matière synthétique. D'importants efforts sont entrepris dans ce sens. Ils bénéficient – entre autres – du récent soutien de Bill Gates.
 
Et Internet dans tout ça ?
 
Internet sera, comme l'imprimerie en son temps, l'un des moteurs du passage à une nouvelle ère, estime Jean-Michel Billaut. La recherche d'information est, comme la communication, un besoin primordial. Mais la troisième révolution ne sera pas la "révolution de l'information". Les changements induits seront bien plus importants. Internet, comme vecteur d'information, est un catalyseur : il permet de disséminer les savoirs et d'en augmenter la masse.
 
Les infrastructures
 
Trois grandes infrastructures sous-tendent notre société : les routes (gratuites, dans l'ensemble), les réseaux d'énergie (eau, électricité...) et les télécommunications. A chaque étape, depuis le télégraphe jusqu'à la télévision en passant par le téléphone ou la radio, la création d'une nouvelle infrastructure s'est révélée nécessaire.
 
Depuis une vingtaine d'années, on numérise et fait passer les informations par le réseau téléphonique, qui a demandé des investissements colossaux. D'autres, comme les Japonais, ont fait le pari de la fibre optique, par laquelle circulent des flux d'information bien plus importants. "Si tout le monde a de la fibre, on change tout le système économique, car on pourra recevoir tous les services chez soi".
 
En proposant des accès très haut débit symétriques, la fibre optique permet le développement de nouvelles applications : serveurs de vidéo à demande, salles de réunion virtuelles, jeux vidéo, 3D, TV haute définition (environ 22Mb/s par flux), édition de contenus. Alors que les opérateurs mobiles misent actuellement sur le HSDPA et que se préparent des offres de type Wimax, la bataille sera rude entre modèles basés sur des abonnements et paiements à l'acte... Entre FON (voir article), Google et ses ambitions dans le Wi-Fi… on ne sait pas encore comment les infrastructures vont évoluer.
 
L'on prévoit par contre d'importants chamboulements dans le système économique, dans la mesure où la position des intermédiaires va être amenée à évoluer.
 
Le système économique s'articule autour de trois grands piliers :

l'offre : ceux qui fabriquent
la demande : ceux qui veulent acheter
les intermédiaires : ceux qui font l'adéquation entre l'offre et la demande, avec une certaine valeur ajoutée.

Les intermédiaires se répartissent eux-mêmes en cinq catégories :

les commerçants
les médias, qui vendent de l'information par l'intermédiaire de son support
les financiers, qui servent d'intermédiaire par le biais des comptes bancaires, des cartes de paiement...
les opérateurs
les états, les élus, qui pratiquent l'intermédiation dans le cadre de ce que l'on appelle la "démocratie représentative".

Nombre de ces intermédiaires "ont acquis une mentalité d'empereurs", et "ne sont pas sensibles aux signaux faibles". Viennent maintenant "les barbares, les start-up, au premier rang desquelles on trouve toujours Bill Gates". Ces start-up, ces barbares, "sont capables de fournir plus de valeur ajoutée que l'ensemble de la chaîne d'intermédiation".
 
Pourquoi ? Prenez l'achat d'une maison : jusqu'ici, l'on devait passer par tous les intermédiaires. Les journaux pour les annonces, les banques pour discuter d'un prêt, l'agent immobilier puis le notaire, ainsi que la mairie pour signifier son changement d'adresse. Les procédures sont longues, fastidieuses et les marchés liés sont loin d'être transparent.
 
Aujourd'hui, sur Homestore, on vous propose de tout prendre en charge, de la recherche de la maison aux formalités administratives. Lorsque vous vous décidez et passez une transaction, c'est l'agent immobilier qui paie le service pour vous. Evidemment, c'est un succès aux Etats-Unis, mais... pour le moment, "les structures ne veulent pas changer en France", déplore Jean-Michel Billaut.
 
Les "jeunes", les barbares vont chambouler tout la chaîne des intermédiaires, estime-t-il, concluant par cette citation : "Un empire n'est fait que pour s'effondrer".
 
Alexandre Laurent, pour l'Atelier
 
(Atelier groupe BNP Paribas - 06/03/2006)

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