[Turquie] "Socialement, il est devenu acceptable d'être entrepreneur !"

Par 21 février 2013
Cem Sertoglu

L'envie d'entreprendre ne naît pas de rien, mais du succès des "pionniers" du pays, de l'apparition de cursus dédiés... L'aspect culturel aussi est important: lancer son entreprise est désormais vu comme socialement valorisant.

Entretien avec Cem Sertoglu, qui a ouvert à Istanbul la branche Europe de l'est d'EarlyBird Venture Capital avec Evren Ücok.

L'Atelier : On voit que le pays est en pleine transition au niveau du digital, avec un écosystème en train de se structurer, et déjà très compétitif. Qu'est-ce qui facilite l'entrepreneuriat ?

Cem Sertoglu : Déjà le contexte ! Nous sommes à un moment où toute activité est en train d'être impactée par la technologie. Deuxièmement, ces dix dernières années, unmodèle d'innovation s'est diffusé depuis la Silicon Valley, qui impacte toute la chaîne.Nous avons du coup vu de plus en plus d'universités modifier leurs cursus pour y inclure une préparation à l'entrepreneuriat, puis des incubateurs. Et enfin, sont apparus les apporteurs de capital, des business angels, des fonds dédiés à l'amorçage, des Capital Venture. Les acteurs autour de cet écosystème sont aussi en train d'émerger, comme les mentors, les avocats. Bien sûr il y a encore beaucoup de progrès à faire, mais la différence est impressionnante comparé à il y a une dizaine d'années.

Qu'est-ce qui a provoqué ce virage ?

Eh bien, plusieurs de ceux que l'on peut appeler les pionniers ont réussi, ont bouclé de belles sorties, et sont devenus des modèles à suivre.Il y a dix ans, si vous vous rendiez dans une université pour discuter avec les étudiants, leur but était de devenir chercheurs ou de travailler dans de grandes entreprises.Les succès des premiers entrepreneurs, les relais presse de ces succès, ont peu à peucommencé à les sensibiliser. Socialement, il est aussi devenu plus acceptable d'être entrepreneur, auprès de sa famille, de ses proches, en général. On a aussi commencé à observer une inversion du fameux "braindrain" : la bonne santé économique, la vie culturelle active, ont fait d'endroits comme Istanbul des places désirables et danslesquelles les gens qui avaient le choix voulaient s'installer. De nombreux Turcs qui étudiaient ou travaillaient à l'étranger sont revenus.

Un écosystème dynamique, donc, mais qu'on accuse souvent de rester cantonné à des initiatives déjà vues ailleurs et encore non existantes sur le marché intérieur.

C'est vrai, mais je trouve qu'en général le débat sur les clones n'a pas vraiment de sens.L'entrepreneuriat, c'est détecter un problème et trouver une solution. Je crois que s'il n'ya pas encore beaucoup d'initiatives disruptives, c'est parce le marché intérieur présenteencore beaucoup de "problèmes" à régler, de solutions à apporter. Il y a aussi le fait que même si beaucoup de projets sont bons, tous ne réussissent pas! Nous avons quand même de belles entreprises qui se développent à l'international,comme le réseau social Grou.ps, l'éditeur d'images BeFunky, Udemy, spécialisé dansl'enseignement en ligne, ou Koding.

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