Twitter au service de l’aménagement urbain

Par 07 janvier 2015
Twitter au service de l'urbanisme

Deux scientifiques espagnols se sont servis de Twitter pour mettre en lumière les lieux où se regroupent les citadins, en fonction de l’horaire et de l’activité pratiquée. Une alternative intéressante aux sondages, qui permet aussi d’intégrer pleinement la vie nocturne dans les problématiques urbaines.

Et si le selfie pris dans le dernier bar branché à l’aide de votre Iphone, puis posté sur Facebook, ou encore le tweet publié à l’occasion d’une soirée servait le bien-être de la collectivité ? Cette idée a priori saugrenue part pourtant d’un simple constat : les innombrables contenus publiés chaque jour par les utilisateurs des réseaux sociaux constituent un formidable accroissement de la quantité d’informations disponibles et utilisables par tous. Avec la démocratisation des smartphones et tablettes (1,28 milliards de smartphones vendus dans le monde en 2014), ce chiffre s’est encore accru, avec un élément supplémentaire : les publications géolocalisées. Une nouveauté qu’Enrique et Vanessa Frias-Martinez, deux chercheurs en informatique, respectivement à Telefonica Research et à l’Université de Maryland (Etats-Unis), ont eu l’idée d’exploiter pour l’urbanisme. Leurs recherches se sont notamment portées sur Twitter, qui, avec 500 millions de comptes d’utilisateurs actifs, constitue une formidable base de données numérique librement accessible.

Comment les citadins utilisent l’espace ?

« Si l’utilisateur le désire, Twitter indique la longitude et la latitude du tweet. Parmi les applications possibles, nous avons constaté que ce réseau pourrait être parfaitement adapté pour améliorer l’aménagement urbain, en particulier pour identifier la manière dont l’espace est utilisé. » explique ainsi Enrique Frias-Martinez, dont les propos sont rapportés sur le site Technobahn. Pour cela, les deux chercheurs ont mis au point une technique qui indique automatiquement les différentes densités de population qui se forment dans une ville, en fonction du moment et de l’activité pratiquée. Leurs recherches se sont jusqu’ici portées sur trois villes : Manhattan, Madrid et Londres. Pour les deux premières, ils ont distingué quatre usages différents de l’espace : résidentiel, pour affaires, loisirs en plein jour et vie nocturne. A Londres, s’y ajoute les activités industrielles. Ces résultats ont été validés par des sources d’Open Data.

Intégrer la vie nocturne aux problématiques urbaines

Selon Enrique Ferias-Martinez, cette technique pourrait remplacer les sondages traditionnellement employés pour l’urbanisme : « Vous pouvez obtenir des informations sur la manière dont l’espace urbain est utilisé, de manière plus efficace et pour un bien plus grand nombre de personnes qu’avec des questionnaires. De plus, ces derniers (…) sont très coûteux et peuvent poser des problèmes dus au manque de précision des réponses. » Pour le chercheur, cette nouvelle méthode compte également un autre atout : « L’un des apports les plus intéressants de l’étude est l’identification des lieux de vie nocturne. En effet, ceux-ci ne sont que rarement inclus dans les plans urbains, en dépit des soucis de bruit, de sécurité et du besoin de nettoyage qu’ils engendrent. » L’innovation pourrait ainsi permettre aux municipalités d’allouer plus efficacement les forces de police et les équipes de nettoyage, de repenser la manière dont les bars et boîtes de nuit s’articulent avec les habitations. Bien sûr, la méthode n’est pas infaillible : la géolocalisation demeure optionnelle sur Twitter, et tout le monde ne publie pas systématiquement ses allées et venues. 

 

Cette carte illustre dans quels lieux se concentre les activités d’affaire, de loisir et de vie nocturne à Madrid. Les parties non colorées correspondent aux zones d’habitation. L’étude enseigne également que la vie nocturne Madrilène est particulièrement dynamique le week-end, contrairement à celle de Manhattan, concentrée sur les jours de semaine. Source : V. et E. Frias-Martinez

 

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