Twitter est-il aussi un outil pédagogique ?

Par 18 août 2014 Laisser un commentaire
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Si Twitter n’est pas utilisé dans le cadre d’un apprentissage universitaire, c’est que les étudiants et les professeurs d’université n’utilisent pas Twitter avec le même dessein.

Les recherches sur les médias sociaux sont prolifiques et, concernant Twitter, se focalisent particulièrement sur ses conséquences relationnelles. Une récente étude britannique s’intéresse plutôt aux interactions entre des publics différents sur la plateforme. En effet, deux chercheurs de l’Edge Hill University, Charles Knight et Linda Kaye, comparent les usages de Twitter entre les universitaires et les étudiants pour comprendre la réticence générale à en faire un médium pédagogique à part entière. En effet, les raisons pour lesquelles les universitaires d’un côté, et les étudiants de l’autre, utilisent Twitter sont trop différentes pour en faire un vecteur d’apprentissage en tant que tel. Une majorité d’utilisateurs consomment passivement Twitter plus qu’ils n’y participent activement, et les étudiants sur lesquels porte l’étude sont dans cette catégorie. D’un autre côté, les professeurs d’université se sont appropriés Twitter comme un outil de communication personnelle. Réseau ouvert, Twitter est pour eux un moyen de travailler sur leur réputation en dehors du champ proprement universitaire. En revanche ils n’utilisent pas Twitter pendant leur cours comme ce peut être le cas pour Facebook (pour des travaux de groupes par exemple).

Twitter un complément pédagogique plus qu’un outil à part entière

Olivier Ertzscheid, chercheur en science de la communication, voit Twitter comme une « pièce de puzzle » parmi l’ensemble des outils auxquels on peut faire appel dans le cadre d’un MOOC. Ainsi Twitter reste pour l’instant un outil contingent au service d’un type d’enseignement précis, comme lorsqu’il est utilisé pour un cours de sociologie des réseaux. Mais les deux chercheurs britanniques s’intéressent à l’utilisation qui pourrait être faite de Twitter au coeur de la classe. Comme le rappelle Olivier Ertzscheid, au fur et à mesure que Twitter en France acquiert une audience plus large, constituée d’étudiants, les professeurs qui utilisaient jusqu’alors Twitter de façon anonyme et privée ont dû réguler leur tweets pour s’adapter à ce nouveau public. La moitié des universitaires britanniques ont utilisé Twitter pour y communiquer sur un événement auquel ils participaient. Une proportion qui tombe à moins de 10% chez les étudiants. Ceux-ci s’engagent dans des activités visant à accroître leur audience publique plutôt que de se restreindre à une utilisation redondante avec la salle de classe. Mais les universitaires sont finalement pris au piège de la célébrité car les étudiants suivent beaucoup plus massivement des personnalités « reconnues » que des universitaires (65% contre 15%).

L’utilisation massive de Twitter reste conflictuelle selon les acteurs

Lorsque l’on demande aux étudiants les raisons pour lesquelles ils utilisent Twitter dans le cadre universitaire, elles diffèrent de celles que les universités et les professeurs pensent être utiles. En proposant aux étudiants de hiérarchiser les différentes activités sur Twitter menées par l’administration, les chercheurs se sont aperçus de l’antagonisme qui existe par rapport au rôle que ce réseau social pourrait tenir. En effet, les étudiants souhaiteraient en grande majorité être informés des détails pratiques des cours par Twitter, quand l’administration s’interdit encore d’utiliser ce canal pour ce type d’informations. Inversement, les événements universitaires sont largement repris par Twitter malgré le désintérêt massif des étudiants. Oliver Ertzscheid confirme la tendance qu’ont les universités françaises, depuis un ou deux ans à systématiquement créer des hashtags pour chaque événement. Plus largement, la communication « corporate » des universités françaises a apprivoisé Twitter au point d’en faire, plus ou moins rapidement, le coeur de sa communication « corporate ». Pour mieux comprendre le lien qui peut naître entre les professeurs et leurs élèves, il faut distinguer les étudiants selon leur degré d’implication, ou leur niveau d’étude. C’est seulement après la licence, indique Olivier Ertzscheid, que les étudiants utilisent le réseau au même niveau que les professeurs, et s’y traitent comme des "pairs". C’est le cas des séminaires animés et pris en charge par les étudiants de troisième cycle qui interagissent sur le même pied d’égalité avec les universitaires. De là à faire endosser le statut d’outil pédagogique à Twitter, il y a de la marge.

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