Un système de Bonus/Malus pour affiner la fiabilité du crowdsourcing

Par 19 octobre 2012
crowdsourcing

Pour améliorer les contributions sans avoir à toutes les vérifier forcément, un moyen est de proposer à des parrains de recruter des participants et de rétribuer les deux parties. Mais si une réponse est ponctuellement vérifiée et considérée fausse, une forte pénalité sera attribuée.

Si les initiatives de crowdsourcing se répandent largement, elles méritent encore parfois d'être affinées pour continuer à gagner en efficacité. Une première amélioration est de rendre la base de contributeurs plus large. Pour cela, une solution est de passer par les réseaux sociaux, pour promouvoir une demande. Le problème, souligné par l'université de Southampton, qui se base sur l'initiative du Darpa Network Challenge, lancé en 2009 notamment par l'organisation*, c'est que les contributions ne sont pas forcément fiables. En effet, des ballons météorologiques avaient été dispersés dans le pays, et qu'il fallait retrouver. En raison de l'immensité des territoires à explorer, les équipes de participants s'étaient tournées vers les réseaux sociaux, pour faire des appels à témoins de ces ballons, contre récompense. Problème : si les participations avaient été nombreuses, celles non crédibles l'étaient aussi, qui obligeaient à un recoupement important des équipes. La solution, pour l'université de Southampton ? Passer par un système de recrutement identique, qui propose une rétribution. Mais celle-ci sera accordée à la performance, sur le principe du Bonus/Malus.

Des pénalités éventuelles fortes

Leur modèle propose donc aux individus de recruter plus de participants parmi leurs contacts sur les réseaux. Si les réponses fournies ensuite par ces "recrutés" sont fiables, ils toucheront un pourcentage. Le but étant de décourager l'envie de recruter un nombre important d'individus pour toucher une récompense, sans se préoccuper de la qualité de leur travail. En effet, si les réponses ne sont pas bonnes, le contributeur et son parrain, se verront appliquer une pénalité. Pénalité assez forte pour pousser le parrain à ne recruter que des personnes fiables mais aussi à vérifier, tout du moins au début, que les réponses sont justes. Une approche intéressante, selon Klaus-Peter Speidel, co-fondateur d'Hypios et enseignant à Sciences-Po Poitiers, pour qui le recrutement multiple crée une pyramide qui fait grandir la communauté. "Même comme simple système de recrutement, et en dehors de la question de la fiabilité, il s'agit donc d'un système intéressant", explique t-il à L'Atelier.

Une nouvelle forme de hiérarchie ?

Selon lui, l'incitation financière incite à des recrutements de qualité puisque l’on ne peut gagner de l'argent que lorsque les gens recrutés font un travail de qualité. "Toutefois dans la mesure où le recruteur connaît les personnes recrutées, le sabotage reste envisageable", ajoute-t-il. Reste que, selon lui, le but même du crowdsourcing est de supprimer toute forme de hiérarchie. Or, ce système de recrutement réintroduit justement une hiérarchie a priori qui distingue entre recruteurs (qui vérifient) et recrutés (qui sont vérifiés). "Sauf si l’expert émerge à force de contributions", souligne t-il, "c'est différent". En fait, cette approche est utile dans des cas où une réaction si rapide est nécessaire que l'on ne peut pas vérifier à chaque fois la fiabilité des informations collectés. Dans d'autres cas, où des reports multiples sont possibles, un statut d'expert (ou utilisateur fiable) peut émerger même lorsque les phénomènes à reporter changent. Pour Klaus-Peter Speidel, l’avantage de cette approche est la proximité relative du recruteur qui selon lui peut faciliter la vérification. "On peut opérer même lorsqu'on n'a pas le temps de laisser émerger les experts ou rapporteurs fiables", conclut-il.

 

 

*Defense Advanced Research Projects Agency

Mentions légales © L’Atelier BNP Paribas